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Liban

Guerre des communiqués autour du décès de Hassan el-Diqqa

Prisons

La procureure près la cour d’appel du Mont-Liban et le directeur des FSI s’en lavent les mains et démentent les allégations de laxisme et de torture.

14/05/2019

La controverse autour du décès énigmatique samedi dernier de Hassan el-Diqqa, un dédouaneur de 43 ans, détenu depuis plusieurs mois à la prison de Roumieh pour une affaire de narcotrafic, s’est poursuivie hier sur fond d’accusations lancées par la famille du défunt visant les Forces de sécurité intérieure et la procureure près la cour d’appel du Mont-Liban Ghada Aoun, dont la responsabilité est également mise en cause.

Hier, le père du défunt, Toufic el-Diqqa, qui venait d’enterrer son fils, a tenu une conférence de presse pour tirer une nouvelle fois à boulets rouges sur les FSI, mais aussi sur la juge Ghada Aoun, qu’il accuse de laxisme et d’avoir refusé à son fils un suivi médical alors que sa santé se détériorait.

La veille, Toufic el-Diqqa avait affirmé que son fils est décédé des complications survenues suite à des « violences et tortures » infligées lors d’un interrogatoire par le service de renseignements. Paralysé à la jambe après s’être plaint de maux de dos insupportables, Hassan el-Diqqa a été hospitalisé en urgence quelques jours avant son décès.

Selon le père, il devait être opéré sur-le-champ, mais la procureure aurait persisté dans son refus de lui fournir les soins nécessaires, l’accusant de « fabriquer des mensonges à propos de sa condition physique », assure Toufic el-Diqqa, avocat de formation.

Il l’accuse également d’avoir rejeté à plusieurs reprises sa requête pour qu’un médecin légiste soit désigné pour établir un rapport confirmant les violences que son fils aurait subies. Le père a fini par obtenir à l’arraché deux rapports de deux médecins différents, dont un d’entre eux, N.M., a été arrêté il y a quelques jours par les FSI, pour « falsification de rapports ». « La question est de savoir pourquoi le second médecin légiste, qui a livré le même rapport que le premier faisant état de la détérioration de la santé du prisonnier, n’a pas été inquiété ? » s’interroge une source proche du dossier.

Hier, la juge Ghada Aoun est sortie de son mutisme pour déclarer qu’elle n’a « jamais refusé de désigner un médecin légiste pour examiner le détenu ». « J’ai donné l’ordre de transférer le détenu à l’hôpital et j’ai désigné un comité médical pour l’examiner. Il n’y a qu’à poser la question au père. La décision est consignée dans le dossier », a-t-elle indiqué.


(Lire aussi : HRW réclame une "enquête impartiale" après le décès d'un Libanais en détention)


Osman se défend
Le directeur des FSI, le général Imad Osman, est passé lui aussi à l’attaque, déclarant à la presse que les interrogatoires effectués par le service de renseignements de l’institution qu’il dirige « sont transparents et sont fondés sur les méthodes les plus modernes ». Selon lui, toutes les accusations dirigées contre les FSI « sont destinées à porter atteinte à la crédibilité » de l’institution sécuritaire. L’officier a saisi l’occasion pour suggérer que soit amendé le code pénal, de sorte à permettre aux avocats d’assister dorénavant aux interrogatoires, afin de « mettre un terme une fois pour toutes aux accusations de torture véhiculées ».

Les FSI avaient publié dimanche soir un communiqué dans lequel elles réfutent les allégations de torture qui lui sont imputées. Elles expliquent que « dans tous les lieux où il a été détenu, l’individu a subi des contrôles médicaux ».

Lors de sa conférence de presse, le père du défunt a mis en exergue une contradiction entre le rapport des FSI et celui de la justice concernant la date de l’arrestation de son fils. « Alors que les FSI situent la date de l’arrestation au 3 novembre (2018), la justice affirme qu’il a été arrêté le 1er novembre. J’aimerai bien savoir où se trouvait mon fils durant ces deux jours manquants », s’est interrogé Toufic el-Diqqa.

Il a aussi démenti les affirmations des forces de sécurité qui avaient indiqué la veille qu’elles n’avaient « interrogé Hassan el-Diqqa que pendant 48h, après quoi l’interrogatoire a été clos et l’individu remis aux autorités judiciaires compétentes ». « Pourtant, le même communiqué des FSI précise qu’il est resté dans leur centre de détention pendant six jours, ce qui est en contradiction totale avec leurs allégations », précise Toufic el-Diqqa à L’Orient-Le Jour.


(Lire aussi : Polémique autour de la mort suspecte d’un détenu)


Interrogées, des sources judiciaires insistent sur deux éléments qui « décrédibilisent » les propos du père. Tout d’abord, « le fait qu’il ait eu recours à un rapport médical de complaisance. En second lieu, le fait qu’il ait refusé qu’une autopsie soit effectuée sur le corps du défunt pour déterminer les véritables causes du décès. Des maux de dos ne peuvent provoquer la mort d’une personne », commentent ces sources. Et de faire remarquer que lors de sa comparution devant le juge d’instruction, « le détenu n’a pas mentionné avoir subi des violences durant l’interrogatoire, alors qu’il en avait la possibilité ».

L’ancien député Ghassan Moukheiber, qui a suivi de près les développements de cette affaire, note pour sa part « des irrégularités de procédures à tous les niveaux ». M. Moukheiber, qui tiendra aujourd’hui une conférence de presse pour témoigner de certaines violations, dénonce notamment le fait que le détenu ait comparu la première fois devant le juge d’instruction « sans avocat de la défense. Cette seule bévue devrait suffire pour annuler la procédure », dit-il, ironisant sur l’argument avancé par la justice selon lequel « l’accusé se serait désisté de ses droits ».


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AU LIBAN IL FAUT CHERCHER LA JUSTICE EN PLEIN JOUR ENSOLEILLE UNE LANTERNE ALLUMEE A LA MAIN TOUT COMME DIOGENE QUI CHERCHAIT L,HOMME A ATHENES DANS L,ANTIQUITE !

Sarkis Serge Tateossian

Un homme ne meurt pas comme ça, par un vent providentiel.
Un homme quelque soit les accusations contre lui mérite le respect de ses droits élémentaires que la loi et la constitution lui réservent.

Pourquoi de laver les mains et ne pas reconnaître une négligence ou une erreur d'appréciation ?

C'est en reconnaissant ses propres erreurs que l'on sort grandi.

Cadige William

Je suis heureux de trouver un commentaire de blames de la part d’une lectrice qui n a pas froid aux Yeux pour dénoncer des violences fortement reprimendees par HRW.
Généralement quand il s’agit d’un scandale de ce genre ou d’une affaire mettant en cause certains abus volontaires ou pas de certains pontes de la justice ou des membres des forces de securite armees, le silence est de rigueur chez toutes les grandes gueules de la plume.
Couardise oblige.
LIBAN NOUVEAU ET FORT... ? UTOPIQUE !

Irene Said

Avez-vous remarqué que nos hauts-responsables de la justice...!!!...et des FSI,
sont champions "du lavage de mains" dans tous les cas difficiles, et de contradictions dans leurs communiqués ?
Le plus important pour eux: que personne ne soit blâmé !

La "Justice à la libanaise" très élastique et adaptable, comme tout le reste dans notre

LIBAN NOUVEAU ET FORT !

Irène Saïd


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