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À La Une - Reportage

Au Sri Lanka, l'amère réouverture d'un hôtel de luxe endeuillé

Avec à peine dix chambres occupées sur 500, le Cinnamon éprouve tout particulièrement la désaffection des voyageurs après les attaques jihadistes qui ont fait 257 morts le 21 avril.

Des soldats srilankais dans la lobby de l'hôtel Cinnamon, à Colombo, au Sri Lanka, le 1er mai 2019. AFP / ISHARA S. KODIKARA

À l'hôtel Cinnamon Grand de Colombo, qui vient de rouvrir ses portes au public après un attentat suicide le dimanche de Pâques, le silence n'est pas seulement ce silence feutré des établissements hauts de gamme. C'est surtout le silence du vide.

Avec à peine dix chambres occupées sur 500, contre près de 300 normalement à cette période de l'année, le Cinnamon éprouve tout particulièrement la désaffection des voyageurs du Sri Lanka après les attaques jihadistes qui ont fait 257 morts le 21 avril.

Ce jour-là, vers 09H10 du matin, le lieu a été le théâtre du dernier attentat suicide de la vague qui a visé des églises chrétiennes en pleine messe et des hôtels de luxe. Un kamikaze s'est fait exploser au buffet du petit-déjeuner de l'un de ses restaurants, tuant 20 personnes dont cinq employés.

Pour accéder au vaste lobby au sol de marbre du Cinnamon, il faut désormais passer deux lourds barrages de sécurité. Un scanner à rayons X tout juste installé ausculte les sacs. Il y a plus de soldats armés que de clients.

Au bar de l'entrée, Chaminda Perera revient pour la première fois depuis les attaques revendiquées par le groupe jihadiste État islamique (EI) dans cet hôtel où il a ses habitudes, à l'instar d'une partie de l'élite fortunée de la capitale sri-lankaise.

"On se sent très seul en entrant. Le Cinnamon Grand est l'un des meilleurs hôtels de Colombo. Les gens viennent toujours ici, normalement en journée c'est très difficile d'avoir une place", décrit ce directeur d'une entreprise d'agrochimie, sirotant avec un ami des verres de vin rouge. Autour, les banquettes et fauteuils sont tous libres.

Bart van Dijk, un Hollandais de 29 ans habitant à Colombo depuis deux ans, est venu en voisin acheter son café à la boulangerie de l'hôtel. En temps normal, il aurait également amené son linge sale à laver. "Dans les autres pays, un hôtel est juste un endroit où les gens dorment pour le travail ou en faisant du tourisme. Ici, vous avez 14 restaurants dans ce bâtiment, une blanchisserie, une salle de sport... Vous entrez presque dans tout un écosystème", explique ce responsable d'un portail de commerce en ligne.



(Lire aussi : Au Sri Lanka, les catholiques se serrent les coudes)



"Nous allons revenir"
Des panneaux invitent le client à afficher sur les réseaux sociaux son retour à l'hôtel avec le mot-dièse #BackatCG.

"C'était toujours si affairé. Le lobby voyait passer des gens de toutes races et nationalités. Des gens qui venaient pour toutes sortes de raisons: pour un mariage, pour un dîner ou juste pour être vu et prendre une tasse de café", déclare à l'AFP le gérant de l'établissement, Rohan Karr.

"Maintenant c'est...", hésite-t-il, cherchant le mot approprié. Avant de se reprendre: "mais nous allons revenir ! Nous allons retrouver vite notre gloire !".

De nombreux pays déconseillent à leurs ressortissants de se rendre au Sri Lanka à la suite des attentats, jugeant que la situation sécuritaire n'est pas encore stabilisée. Le gouvernement s'attend à une baisse de 30% des touristes cette année et estime que le secteur pourrait mettre jusqu'à deux ans pour retrouver ses niveaux normaux.

Suivant un mode opératoire aussi appliqué par ses complices qui ont frappé les hôtels voisins Shangri-La et Kingsbury, le kamikaze avait pris une chambre au Cinnamon la veille de l'attaque. Il n'y a cependant pas dormi, les images de télésurveillance le montrant sortir de l'établissement dans la soirée.

Il n'y est revenu que le lendemain matin, avec un sac armé d'une bombe. Il s'est alors rendu une première fois dans le restaurant, où il a probablement jugé qu'il n'y avait pas encore assez de clients présents. Lorsqu'il y est retourné quelques minutes plus tard, il a cette fois-ci actionné ses explosifs.

Si le Cinnamon a d'ores et déjà rouvert quatre de ses restaurants, il n'a en revanche toujours pas récupéré les clés de celui dévasté par la déflagration. Les étrangers qui s'y affairent actuellement sont des voyageurs d'une tout autre catégorie: des enquêteurs d'Interpol et du FBI.



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