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Moyen Orient et Monde

Le CHP peut-il mettre fin à l’ère Erdogan ?

Turquie

Lors du scrutin du 31 mars en Turquie, le parti de l’opposition a réussi à challenger le pouvoir de l’AKP en gagnant les élections municipales des 4 plus grandes villes turques : Istanbul, Ankara, Izmir et Adana.

23/04/2019

Dimanche, le Parti républicain du peuple (CHP) a organisé une manifestation monstre à Istanbul pour célébrer la victoire d’Ekrem Imamoglu, son candidat à l’élection municipale de la grande métropole. Imamoglu avait été proclamé mercredi dernier vainqueur de l’élection municipale à Istanbul par l’autorité électorale, infligeant une humiliante défaite au parti du président Recep Tayyip Erdogan qui continue de se battre bec et ongles pour faire invalider le scrutin. Dans une allocution, il a promis d’être « au service des 16 millions de personnes et non pas d’une personne, d’un groupe ou d’un parti ». « C’est le début d’une nouvelle ère pour Istanbul. Je serai le maire le plus démocratique au monde », a-t-il ajouté.

La rhétorique brutale du président turc menée pendant la campagne n’a pas gagné les voix stambouliotes qui ont opté pour le visage plus rassembleur d’Ekrem Imamoglu, candidat unique des partis d’opposition CHP (social-démocrate) et IYI (nationaliste). Imamoglu a obtenu, selon les résultats définitifs, une courte avance de 13 000 voix sur son rival sur les quatre millions d’électeurs que compte la ville. Lors d’un entretien accordé à l’AFP, le maire élu a affirmé que « la société a depuis peu érigé un mur autour de ceux qui sont déjà connus en politique ». Une tendance qui s’est confirmée lors des scrutins des différentes villes du pays, où l’alliance de la nation ralliant le CHP et le parti IYI a obtenu un taux de vote proche des 38 %. Le parti remporte aussi la capitale, Ankara, où Mansur Yavas a battu le candidat de l’AKP, Mehmet Ozhasek, avec 50,9 % des voix contre 47 %. Mouvement kemaliste, le CHP est le principal parti d’opposition en Turquie depuis 2002. Le parti laïc et historiquement social-démocrate est le plus actif et le plus menaçant pour le président turc. Le CHP avait déjà renforcé son influence à Istanbul depuis les élections législatives turques en 2015, où il avait obtenu 25 % des voix. Le parti entendait rassembler les oubliés de la république sous son étendard et avait entraîné la perte de la majorité absolue de l’AKP au Parlement. « À chaque élection le CHP a pu soulever des espoirs d’alternance », déclare Guillaume Perrier, journaliste et spécialiste de la Turquie. « Mais les gens votent pour le CHP par défaut, c’est une façon de s’allier autour du principal candidat non lié au pouvoir », affirme-t-il à L’Orient-Le Jour.

« Un vote utile », analyse, quant à lui, le professeur à Sciences-po Grenoble, Jean Marcou, contacté par L’OLJ, qui remarque que le parti regroupe un éventail d’électeurs aux profils variés qui partagent « l’impression d’être sous-représentés et méprisés ». Il est apparu pour les opposants comme le parti le plus apte à transmettre un message de contestation du pouvoir centralisé de l’hyperprésident turc, renforcé depuis les purges politiques menées par Recep Tayyip Erdogan à la suite de la tentative de coup d’État de 2016. Comme un dernier moyen d’expression libre dans le pays, ces élections municipales sont une ultime stratégie visant à s’allier autour du principal parti d’opposition à Erdogan. La défaite de l’AKP a été précipitée par la contestation des classes moyennes des grandes villes, suffisamment conscientes de la situation économique et politique en Turquie, selon Jean Marcou. « Ce ralliement autour du CHP est un mouvement d’inquiétude sur la montée en force du pouvoir d’Erdogan. Les gens sont inquiets et profitent de ce vote pour sanctionner l’AKP, lui adresser des avertissements, en raison de la radicalisation du régime et de la détérioration de la situation économique. »


(Lire aussi : Qui est Ekrem Imamoglu, le nouveau maire d’Istanbul ?)


Le points faibles du CHP
Le CHP a dû cependant accepter une coopération avec d’autres partis pour faire le poids face au parti d’Erdogan. « Le fidèle socle kemaliste, aux valeurs laïques et sociales-démocrates, ne représente en réalité que 25 ou 30 % de l’électorat », révèle à L’OLJ Guillaume Perrier. « L’alliance de la nation » convenue avec le parti IYI soutenait les candidats du CHP dans 12 villes et 16 districts, et les candidats du parti IYI, à la ligne nationaliste et à la laïcité rigide, dans 10 villes et 11 districts. Mais si Istanbul et Ankara ont été gagnés par le CHP, c’est principalement car le Parti démocratique populaire (HDP), qui possède une base à prédominance kurde et qui a subi une forte répression du gouvernement depuis 2015, a joué un rôle décisif lors des dernières élections locales en votant aussi pour les candidats du CHP. Paradoxalement, les deux partis possédaient des revendications diamétralement opposées il y a encore quelques années. L’ancien président général du CHP, Deniz Baykal, menait une politique autoritaire et nationaliste à l’égard de la communauté kurde et des minorités non musulmanes, alors que la défense du droit des minorités est un point majeur de la politique du HDP, lui-même kurde.

M. Erdogan refuse cependant de concéder la défaite à Istanbul, où il a lui-même commencé sa carrière politique comme maire, et dénonce des « irrégularités » massives et commises, selon lui, de manière « organisée ». Le CHP est certes arrivé en tête des élections, mais la réalité politique ne se situe pas dans les urnes pour Guillaume Perrier : « Erdogan ne laissera pas le CHP gouverner Istanbul et Ankara. Erdogan reste le maître du pays, il garde la majorité au niveau des districts. Dans les assemblées municipales, il y aura toujours une majorité de blocage qui lui permettra d’empêcher l’opposition de gouverner », déclare-t-il. Il est ainsi peu envisageable de voir un jour émerger un réel contre-pouvoir en Turquie, dont le régime autoritaire est recouvert d’un voile démocratique.



Pour mémoire
« Erdogan a été victime de sa propre stratégie »


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Jean abou Fayez

Le CHP "social démocrate". Le CHP kémaliste est un parti historiquement fasciste, à l'image de la Turquie, parti kémaliste responsable de toutes les génocides, à tel point que nombre d'Arméniens et de Kurdes s’obstinent à voter Erdogan même après que celui s'est montré tout aussi fascisant.

ON DIT QUOI ?

A chaque maladie son remède.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,APPRENTI MINI SULTAN ERDO DOIT PARTIR POUR QUE LA TURQUIE NE SOMBRE PAS DANS LE FANATISME ISLAMIQUE ET NE PERDE PAS LES ACQUIS D,ATATURK.

Sarkis Serge Tateossian

Erdogan fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher une quelconque alternative, c'est normal, car il s'agit d'un dictateur criminel au pouvoir depuis plus de 20 ans. Il suffit de voir son bilan sur le plan des droits de l'homme, les crimes contre les kurdes et les minorités (ce qu'il en reste) son soutien aux islamistes, et son soutien au terrorisme en Syrie et en Irak.

Au classement RSF (reporters sans frontière 2019), ce pays, la Turquie est placée au 157ème sur 180 pays ...et son petit frero l'Azerbaidjan 166/180.

Quelle classe ou plutôt quelle honte ces deux-là !

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