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Liban

Histoires d’amour, de séparation et de souffrance (16) : le deuil (suite)

La psychanalyse, ni ange ni démon
21/02/2019

Dans L’Orient-Le Jour du 24/01/2019, nous avons vu l’importance que prend le deuil dans le passage de la préhistoire à l’histoire, de la préhumanité à l’humanité. Avec le tabou du totem et l’instauration de l’exogamie, l’enterrement des morts apparaît comme le troisième signe qui indique ce passage. Sur le plan anthropologique et partout dans le monde, les anthropologues s’accordent à reconnaître que le tabou du totem, l’exogamie et l’enterrement des morts désigne le passage à l’humanité. Mais que s’est-il passé avant ?

Freud a cherché à répondre à cette question. Dans la mesure où avant il n’y avait pas de traces décelables anthropologiquement, Freud a construit un mythe. Sans preuves matérielles comme celles reconnues par les anthropologues et qui désignent le passage à l’humanité, le mythe n’en est pas moins vrai. Freud part de la notion de « horde primitive » qu’il emprunte à Darwin. Cette horde primitive est un groupe dont le chef a droit de vie et de mort sur les membres, en échange de leur protection contre les dangers extérieurs. Doté d’une force sans pareil, le chef accapare toutes les richesse et possède toutes les femmes, ne laissant que des miettes aux autres mâles. Il fait régner la terreur sur la horde et exerce son pouvoir de manière totalitaire.

Frustrés de n’avoir rien à posséder, les autres mâles décident d’assassiner le chef et de le manger comme c’était encore le cas dans certaines coutumes anthropophages. Avec l’espoir que chacun prenne la place du père de la horde, ils commettent le meurtre et mangent le père. Là, ils sont frappés de culpabilité. Au lieu de prendre la place du père et de faire comme lui, ils s’interdisent désormais de l’imiter. Personne ne pourra plus faire comme lui, à savoir posséder toutes les femmes et les richesses. Les femmes sont à chercher en dehors de la horde, c’est l’instauration de l’exogamie par opposition à l’endogamie. De même, il est interdit de tuer le père et de le manger. Un totem remplacera le père (un animal quelconque) et ce totem deviendra tabou. Personne ne peut le tuer ni le manger comme les fils l’ont fait en tuant le père. Le totem devenu tabou rappelle ainsi qu’il est désormais interdit, tabou, de tuer le symbole du père et de le manger.

L’enterrement des morts a pour fonction de les empêcher d’être mangés. Ainsi est refoulée la pratique du cannibalisme. Voilà comment est née la première société humaine avec des règles imposées aux membres, règles qui en ont fait la première société démocratique qui s’oppose à l’anarchie de la préhistoire.

Si Freud a construit un mythe impossible à prouver anthropologiquement, les traces qu’on a vues plus haut et qui sont la preuve anthropologique du passage à l’humanité donnent rétrospectivement une certaine vérité au mythe freudien. Cette vérité réapparaît par ailleurs lorsque qu’il y a une régression sociale à ce stade. Comme par exemple en temps de guerre civile où les groupes formés, comme les milices, ont tendance à régresser au stade de la horde primitive.

On retrouve ces régressions également dans les « sectes » où le chef a le statut du père de la horde. Certains chefs de secte ont poussé les membres au suicide collectif. De même, certains dictateurs démontrent qu’ils occupent la place du père de la horde. La soumission totale qu’ils imposent à leurs vassaux témoigne d’une régression au fonctionnement en horde primitive.

Le mécanisme basique est la suggestion hypnotique qui donne au chef la place d’un père de la horde qui a annihilé toute autre volonté que la sienne.

On voit bien que le mythe freudien du meurtre du père de la horde primitive trouve des expressions véridiques autres qu’une preuve anthropologique impossible à obtenir.


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