La commission ad hoc réunie le mardi 2 avril 2019 sous la présidence de Saad Hariri. Photo Dalati et Nohra
C’est une importante séance que le Conseil des ministres tiendra cet après-midi à Baabda, sous la présidence du chef de l’État, Michel Aoun. Consacrée à l’examen du plan de l’électricité élaboré par la ministre de l’Énergie, Nada Boustani (Courant patriotique libre), la séance fait suite à l’échec de la commission ministérielle ad hoc, chargée de plancher sur ce projet, à le faire adopter par toutes les composantes de l’équipe ministérielle. Elle intervient aussi à l’heure où le dossier de l’électricité apparaît comme un enjeu majeur de la lutte pour le leadership chrétien entre le CPL et les Forces libanaises.
Les débats au sein de la commission ont buté sur la nécessité de former le conseil d’administration d’Électricité du Liban (EDL) et de créer l’autorité de régulation du secteur de l’énergie, deux réformes demandées par la communauté internationale dans le cadre de la conférence de Paris dite CEDRE (avril 2018). L’ambassadeur de France à Beyrouth, Bruno Foucher, est revenu à la charge à ce sujet samedi, exhortant le Liban à remplir ses engagements pris dans le cadre de CEDRE.
Mais ce qui bloque surtout est le nœud articulé autour de la partie autorisée à organiser les appels d’offres pour la construction des centrales de production du courant électrique, les Forces libanaises insistant pour que cela relève de la compétence de la Direction générale des adjudications (DDA). En face, pour ses adversaires, le CPL tente de court-circuiter cette instance au profit du ministère de l’Énergie et de la commission ad hoc, en arguant de la nécessité d’appliquer le plan dans les plus brefs délais. Une position qui n’est pas sans susciter des interrogations dans la mesure où le parti de Gebran Bassil se veut le fer de lance de la lutte contre la corruption.
Il est vrai que les FL ne sont pas les seules à s’opposer au plan Boustani. Il y a aussi les Marada, le tandem Amal-Hezbollah et le Parti socialiste progressiste. Il n’en demeure pas moins que ce dossier n’en finit pas d’envenimer les rapports entre les deux partis chrétiens majoritaires. Cela fait dire à certains observateurs que la question de l’électricité est éminemment politique. Il s’agit d’un enjeu de la lutte pour le leadership chrétien, ajoute-t-on dans certains milieux politiques. C’est cette impression qui se dégage des accusations lancées par les aounistes contre le parti de Samir Geagea « d’entraver le progrès en matière d’électricité pour des motifs politiques », pour reprendre les termes du chef du CPL, Gebran Bassil, en tournée à Zghorta, hier.
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Alain Aoun, député CPL de Baabda, ne mâche pas ses mots : « Dire que nous voulons outrepasser la DDA est un mensonge », lance-t-il dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour. Et d’expliquer : « Nous n’avons aucun problème à ce que le projet passe par la DDA, comme l’avait déclaré à plusieurs reprises la ministre Boustani. » « La querelle avec les FL n’est qu’une manipulation médiatique. Il s’agit d’une façon pour elles de s’attribuer le mérite de l’adoption du plan de l’électricité prévoyant le recours à la DDA », souligne-t-il, assurant que le projet sera adopté lors de la séance gouvernementale prévue cet après-midi, mais sans expliciter ce qui bloquait jusqu’ici.
Pour ce qui est de la nomination de l’autorité de régulation du secteur, Alain Aoun explique que cela requiert, en amont, un amendement de la loi 462 (2002) portant sur le secteur de l’électricité, alors que « les autres veulent que l’autorité soit mise sur pied immédiatement ».
Quoi qu’il en soit, les FL ne semblent pas vouloir modifier leur position. « Nous souhaitons que le Conseil des ministres parvienne à adopter le plan de réforme de l’électricité à la faveur d’un consensus général, dans la mesure où il s’agit d’une question technique qui devrait être réglée à la lumière de CEDRE », explique un cadre FL à L’OLJ. Il s’empresse toutefois de préciser que son parti est toujours attaché à la nécessité d’impliquer la DDA dans l’exécution du plan, et de nommer le conseil d’administration d’EDL et de l’autorité de régulation du secteur.
Toujours dans le cadre du volet technique, le ministre du Travail, Camille Abousleiman (représentant des FL au sein de la commission ad hoc), a confié, dans une interview à la chaîne MTV, ne pas comprendre « pourquoi cette insistance à éviter la DDA, à l’heure où celle-ci n’occulte pas le rôle du ministère ». « J’espère que la question ne sera pas soumise au vote en Conseil des ministres », a-t-il ajouté, assurant que sa formation ne « crée pas les problèmes, mais cherche des solutions ». Et le ministre de se féliciter du fait que les remarques formulées par les FL ont été prises en considération.
Si M. Abousleiman a évité d’alimenter la polémique politique avec le CPL, Antoine Habché, député FL de Baalbeck-Hermel, n’a pas mâché ses mots. Dans une interview accordée à la chaîne al-Jadeed, il a déclaré : « Nous n’entravons pas (l’action du) CPL. Mais nous n’allons pas le laisser mener le pays vers l’inconnu. » Et d’ajouter : « Discuter ne signifie pas entraver. Celui qui crée les obstacles, c’est celui qui refuse de débattre. Et le peuple peut examiner les faits et demander des comptes. »
À l’instar des FL, le PSP campe sur sa position traditionnelle : la mise à exécution du plan devrait passer par la DDA. À l’heure où le leader du PSP, Walid Joumblatt, estimait sur Twitter que « le plan de l’électricité continue de faire face à de violentes tempêtes », Bilal Abdallah, député joumblattiste du Chouf, affirmait de son côté, également sur Twitter : « Il y a deux conditions à même de rassurer les Libanais quant au projet de réforme de l’électricité : la nomination de l’autorité de régulation et le recours à la DDA. »
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Solutions médianes de Hariri ?
Du côté du courant du Futur, le Premier ministre, Saad Hariri, semble conscient des retombées politiques négatives de l’adoption d’un projet auquel s’oppose l’écrasante majorité des composantes gouvernementales. Il semble donc déployer des efforts en faveur d’une solution médiane qui mêlerait DDA et commission ministérielle, croit savoir une source proche de la Maison du Centre contactée par L’OLJ. Le Futur est favorable à toute solution qui pourrait accélérer l’application du plan. Mais la querelle observée actuellement est une pure perte de temps. Mieux vaut recourir au vote en Conseil des ministres, ajoute la source.
En attendant l’issue de la séance, Michel Pharaon, ancien ministre et député, s’est posé, via Twitter, la question de savoir pourquoi l’on passe outre la loi sur le partenariat entre les secteurs public et privé (en vigueur depuis septembre 2017), « à l’heure où il s’agit d’un accomplissement et d’une réforme, tant pour les institutions que pour CEDRE, afin de garantir la transparence ». « Cette loi a été votée pour accompagner le gouvernement dans la définition des critères, et la DDA dans les projets liés à l’électricité », a rappelé Michel Pharaon.
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11 h 49, le 08 avril 2019