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En Syrie, danse et agneau grillé pour célébrer la victoire imminente contre l'EI

Reportage

"C'est un jour de fête, le cauchemar est fini".

OLJ/Tony GAMAL-GABRIEL/AFP
20/03/2019

Les brochettes d'agneau grillent, les combattants effectuent une dabké improvisée au rythme de la musique crachotée par la radio d'une camionnette. Dans l'Est syrien, la victoire contre le groupe Etat islamique (EI) n'a pas encore été annoncée, mais les forces antijihadistes célèbrent.

Dans le village de Baghouz, sur une position des Forces démocratiques syriennes (FDS), l'alliance arabo-kurde à l'assaut contre l'EI, ils sont une centaine à avoir appris l'heureuse nouvelle, à leur retour du front. La bataille touche à sa fin, et ces combattants venus en renfort vont rentrer plus tôt que prévu, pour une permission d'environ dix jours, avant de rejoindre leurs postes d'affectation ailleurs en Syrie.

Devant une élégante bâtisse transformée en position militaire, le commandant prend part à des célébrations improvisées. Un combattant entonne un chant kurde à sa gloire, sous les hourras, les applaudissements et les sifflements de joie de ses camarades. Les sacs sont déposés un peu partout. Les combattants se placent en rond, épaule contre épaule, se lançant dans une dabké, danse levantine traditionnelle. Au premier étage, luxe ultime, un combattant découpe méthodiquement de la viande d'agneau qui sera embrochée et mise à griller sur le feu.

"C'est un jour de fête, le cauchemar est fini,", se réjouit d'emblée le combattant Majid Hejjo, 23 ans et la peau très mate, en uniforme et casquette vissée sur la tête. Originaire de la province de Hassaké (nord-est), il est d'ordinaire stationné à Raqqa (nord), l'ex-capitale de l'EI en Syrie. Depuis décembre, il est régulièrement envoyé afin d'aider à combattre l'EI dans son dernier bastion dans l'Est, qui s'est progressivement réduit face à l'offensive des FDS.



(Lire aussi : Sous les bombardements à Baghouz, les jihadistes courent puis disparaissent)


"Joie double"
Aujourd'hui, le jeune combattant a hâte de rentrer retrouver son épouse, enceinte de leur premier enfant. Sa permission, il ne l'attendait pas avant encore cinq jours, dit-il. Comme lui, une centaine de combattants partiront, mardi ou mercredi. "Notre joie est double. On va rentrer voir notre famille, et on a vaincu l'EI", s'enthousiasme ce combattant qui, il y a quelques jours encore, tirait des roquettes RPG sur les jihadistes. A ses côtés, son demi-frère Mohanad, 21 ans, vérifie une dernière fois ses affaires dans sa valise verte à roulette. En venant à Baghouz, il n'a pas oublié d'emporter la tasse jaune dans laquelle il boit du thé.

Soutenues par une coalition internationale emmenée par Washington, les FDS ont annoncé mardi avoir pris le campement jihadiste, où se terraient les ultimes combattants de l'organisation radicale. Mais des combats continuent d'opposer mercredi par intermittence les FDS aux derniers jihadistes jusqu'au-boutistes, acculés dans un petit bout de terre sur les bords du fleuve de l'Euphrate.

Ratissant les positions conquises, les forces arabo-kurdes estiment à portée de mains la victoire contre les jihadistes, mis en déroute après une montée en puissance fulgurante en 2014 avec la conquête de vastes territoires en Syrie et en Irak voisin.



(Lire aussi : Les FDS resserrent l'étau sur l'ultime réduit de l'EI en Syrie)



"Pas un seul"
Mohamed Hallouche, 24 ans, a déjà son sac à dos sur les épaules. Lui aussi se prépare à rentrer à Hassaké pour voir sa famille, profitant d'une permission de dix jours, avant de regagner son poste initial à Raqqa. "Ça fait 11 jours que je suis là. la bataille est finie, la guerre est finie", se réjouit le jeune homme élancé, bonnet gris sur le crâne, arborant une légère barbe noire. Cela fait un mois que ce cadet de quatre enfants n'a pas vu ses proches. "Ces vacances ne sont pas comme les précédentes. Cette fois-ci on rentre de Baghouz, le dernier fief de l'EI, vers la maison", lance le jeune combattant. Impatient de mettre un terme à l'interview, il confie sa kalachnikov à un camarade pour rejoindre la dabké.

Cagoule noir dissimulant son visage et kalachnikov à l'épaule, Deliar Kobané va rentrer à Raqqa retrouver sa femme et leurs trois enfants. "Aujourd'hui ils nous ont dit qu'on allait rentrer dans nos régions", se félicite le trentenaire. "Il n'y a plus de terrorisme". "Les jihadistes nous attaquaient avec tout type d'armes qu'ils avaient. On les a combattus, on n'en n'a pas laissé un seul".






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