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Le tourbillon de l'exil d'un des derniers derviches de Damas

Syrie

L'art des derviches tourneurs est né au XIIIe siècle, lorsque le poète soufi Jalal al-Din Roumi, venu de Tashkent, créa l'ordre des mevlevis à Konya, au sud de la Turquie actuelle. Immuables, les gestes spécifiques à cette pratique mystique ont traversé les âges.


OLJ/AFP/Christophe CHEYNIER
17/03/2019

Hatem Al Jamal, rare derviche tourneur de Syrie à pratiquer encore, tournoie sur les scènes mondiales, diffusant avec quelques confrères son art de Paris à New York, loin des mosquées de Damas qu'il n'a plus revues depuis 2015 et son exil d'un pays en guerre. "A Damas, nous ne sommes plus que quelques familles, peut-être une vingtaine, une trentaine d'individus, et autant à Alep", a déclaré à l'AFP l'un des plus anciens derviches de Syrie, âgé de 59 ans. Hatem Al Jamal et son fils ont retrouvé le week-end dernier à Paris un troisième compagnon de leur confrérie des mawlawiyyas de Damas, exilé lui à Khartoum.

Afin d'exécuter leur tournoiement perpétuel à la Philharmonie, devant plus de 2.000 spectateurs totalement captés par l'esthétique unique de cette danse extatique, dont la finalité est d'entrer en connexion avec le divin dans un élan mystique: "Sois avec Dieu, et Dieu sera avec toi". "Pour perpétuer cette pratique, cette tradition transmise par nos parents, nos grands-parents, c'est plutôt pour nous une opportunité d'avoir du monde qui vienne nous voir", confie Hatem Al Jamal, qui se produisait déjà en dehors de son pays avant que la guerre n'y éclate.

L'art des derviches tourneurs est né au XIIIe siècle, lorsque le poète soufi Jalal al-Din Roumi, venu de Tashkent, créa l'ordre des mevlevis -- dont les derviches sont l'émanation -- à Konya au sud de la Turquie actuelle. Immuables, les gestes spécifiques à cette pratique mystique des membres d'une confrérie qui est un courant du soufisme, ont traversé les âges.


(Pour mémoire : Plus de sept siècles après sa mort, Roumi fait toujours tourner des têtes)


Entre ciel et terre
"La gestuelle principale est la main droite tournée vers le ciel et la gauche vers le sol, et le visage dirigé vers le ciel dans le prolongement du bras droit", explique Jamal Al Roumi. Par ce geste, nous signifions que nous cueillons ce que nous donne le seigneur, sa bénédiction et sa générosité, et le donnons à ses créatures terrestres".

Mais pas de mouvement sans chant ni musique. "Les mouvements sont tous inspirés du chant spirituel, le inshad -chant religieux-", souligne Hatem El Jamal. Tout spectacle derviche commence ainsi toujours par une longue introduction et le chant, une invocation du divin. "Notre tournoiement est très lié à ce qui est chanté, confirme Hatem Al Jamal. Quand le nom de dieu est cité, on lève le doigt pour le montrer, quand il y a une prière, on tend les mains vers l'avant, quand il est question de modestie devant Dieu, on replie les bras sur les épaules..."

Ce ballet religieux prend aussi une dimension esthétique et visuelle très forte par le costume que portent les derviches. Avec leur longue jupe blanche qui se déploie lorsqu'ils entament leurs pirouettes mystiques, et leur interminable coiffe conique, leur ronde ressemble alors à celle de toupies géantes que l'on aurait lancées sur une table. Captivant ! "La robe, si elle peut être plus rarement verte ou noire, et la tunique sont principalement blanche pour signifier la pureté. Le chapeau, lui, évoque par sa forme la première lettre de l'alphabet qui est aussi la première lettre du nom Allah, et la pierre tombale musulmane", détaille Hatem Al Jamal. "Il est en poil de chameau pour symboliser l'endurance et la longévité, et sa couleur marron pour rappeler la couleur de la terre d'où nous venons et où nous retournerons".

"Nous tournoyons comme tournent les planètes, comme tournent les pèlerins autour de La Mecque, comme tournent les anges autour du trône du seigneur, dans l'obéissance et la citation du nom de Dieu et les louanges du prophète", poursuit-il. Pour le plus grand bonheur de ceux qui portent "un tel message de paix et d'amour que même nos ennemis finissent par nous aimer". Et de ceux qui les regardent.



Pour mémoire

Quand Samia Baroudi dialogue avec Jalal el-Din el-Roumi





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