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Dans leur "califat" qui brûle, les derniers jihadistes de l'EI s'accrochent

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"A chaque fois, on est surpris, on se dit +il ne reste plus beaucoup de jihadistes+ (...) et alors ils sortent de sous terre", explique Salah el-din, un combattant qui revient du front.

OLJ/AFP/Tony GAMAL-GABRIEL
14/03/2019

Un énorme nuage de fumée enveloppe leur campement. Seul le vrombissement des avions et le crépitement des mitrailleuses brise le silence. Leur "califat" est en feu, mais les irréductibles du groupe Etat islamique (EI), acculés dans un petit bout de terre en Syrie, s'accrochent. 

Personne ne connaît leur nombre exact, mais les jihadistes parviennent encore de leur réduit désertique de Baghouz, parsemé de tentes et de palmiers, à lancer des contre-attaques sur les Forces démocratiques syriennes (FDS).

"Ils ont attaqué sur deux axes, depuis l'Euphrate, et depuis la colline", explique le commandant cheikh Al-Jabal, sur la terrasse d'une petite villa de deux étages qui fait office de position militaire, à un kilomètre seulement du campement jihadiste. Il montre du doigt le fleuve, aux confins orientaux de la Syrie, mais la fumée est dense et on ne voit, pour ainsi dire, pas grand-chose. Devant lui, s'étend un vaste terrain vague qui marque le début du campement jihadiste, où les FDS ont déjà progressé. Voitures, camionnettes, camions citernes gisent, calcinés. 

Mercredi, les jihadistes ont lancé aux moins deux contre-attaques à l'aide de kamikazes et de leur artillerie pour stopper l'avancée des forces adverses. 

"Ils utilisent des tunnels. Ils ont des tireurs embusqués expérimentés", reconnaît le commandant Cheikh al-Jabal, talkie-walkie à la main, un autre à la ceinture. Derrière lui, un immense nuage noir stagne au-dessus du réduit jihadiste. Plusieurs dépôts de munitions, touchés par les bombardements, continuent de brûler, explique le commandant. Le vent poussiéreux et étouffant du désert attise le feu. "L'EI a récupéré des armes et des munitions sur le terrain conquis en Syrie et en Irak, et tout ça a été transféré à Baghouz", lâche-t-il. "Ils ont des mitrailleuses, des snipers, des obus". "Jusqu'à maintenant ils n'acceptent pas l'idée qu'ils ont perdu leur rêve d'Etat".


(Lire aussi : Les forces antijihadistes pilonnent le dernier bout de terre de l'EI en Syrie)



"Poulets à vendre" 
Après une montée en puissance fulgurante en 2014, l'EI avait proclamé un "califat" sur un territoire grand comme le Royaume-Uni, instaurant sa propre administration, collectant des impôts et multipliant les exactions. De cela, il ne reste plus que des tentes au milieu d'un paysage monotone de ruines. 

Soussa, al-Chaafa, Baghouz. Dans ces villages de la fertile vallée de l'Euphrate arrachés à l'EI, c'est la même succession de bâtisses aplanies et à moitié écroulées, des tas de décombres où on trouve parfois des obus non explosés et rouillés. Les routes sont parsemées de profonds cratères, creusés par les frappes aériennes de la coalition internationale emmenée par Washington, qui soutient les combattants antijihadistes des FDS. Sur un mur, des inscriptions rappellent le quotidien d'autrefois : "Poulets à vendre", "Fabrique de glaçons"...

Ces derniers jours, les combats se déroulent de nuit avec des frappes aériennes et une progression au sol. Au petit matin, une accalmie permet aux jihadistes qui veulent se rendre et à leurs familles de quitter le réduit. 
"A chaque fois, on est surpris, on se dit +il ne reste plus beaucoup de jihadistes+ (...) et alors ils sortent de sous terre", explique Salah el-din, un combattant qui revient du front. "Ils ont des mitraillettes, des missiles, des obus, des ceintures explosives", ajoute ce trentenaire courtaud.


(Lire aussi : État islamique : étrange fin de partie à Baghouz)


"Fatigués" 
Sur une autre position des FDS dans Baghouz, Massino Kobané revient du front, les yeux rouges et fatigués, après une nuit de combats. Engagé depuis 2014 avec les Unités de protection du peuple (YPG), la milice kurde qui domine les FDS, cela fait trois ans que ce jeune de 21 ans n'a pas vu sa famille. Il leur parle au téléphone quand il peut. "Je me suis mis en tête de ne pas rentrer tant que l'EI ne sera pas éliminé", confie ce Kurde à la silhouette frêle, qui s'excuse pour son arabe maladroit.

Dans une villa occupée par les FDS, l'EI a laissé ses marques. Sur les murs, des tags à la peinture bleue : "L'Etat du califat va rester". 

"Au début, les combats étaient violents, les jihadistes étaient nombreux", indique le jeune homme, pull gris enfoncé dans un pantalon militaire bouffant. A Baghouz depuis trois mois, il a notamment combattu pour défendre sa ville natale, Kobané, dans le Nord syrien. L'une des premières et des plus ardues batailles pour les Kurdes, et une défaite symbolique pour l'EI. "Souvent, je pensais qu'on n'allait pas pouvoir reprendre Kobané", avoue-t-il. "Mais les camarades l'ont reconquis". Il reconnaît toutefois que "les camarades" sont "un peu fatigués après toutes ces batailles". Son rêve une fois l'EI vaincu ? Revoir sa famille et trouver un travail. A Kobané.

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