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Entre espoirs et doutes, des écrivains algériens face à la crise

Algérie

Ils ont 48, 64 et 69 ans, sont internationalement connus, habitués des prix littéraires: Kamel Daoud, Yasmina Khadra et Boualem Sansal, écrivains francophones, multiplient les interventions depuis le début de la crise.

OLJ/Cécile FEUILLÂTRE/AFP
13/03/2019

De tribunes assassines en interviews coup de poing, pleins d'espoirs et d'angoisses, de célèbres écrivains algériens prennent fait et cause pour la rue et la jeunesse algériennes, admiratifs d'une contestation qu'ils n'ont souvent pas vue venir.

Ils ont 48, 64 et 69 ans, sont internationalement connus, habitués des prix littéraires: Kamel Daoud, Yasmina Khadra et Boualem Sansal, écrivains francophones, multiplient les interventions depuis le début de la crise.

Après l'annonce lundi du report de l'élection présidentielle et du renoncement du président Abdelaziz Bouteflika à briguer un 5e mandat, Boualem Sansal a salué "une nouvelle merveilleuse". Pour ajouter immédiatement, dans un mail à l'AFP: "elle change quoi? Le système que les manifestants voulaient voir disparaître est toujours là. Il faut voir ce que que l'armée, les services secrets et les grandes clientèles de Bouteflika vont décider : qui va gouverner la transition, élaborer la nouvelle constitution, organiser la conférence nationale, le référendum et les élections, etc. Les questions ne manquent pas".

Kamel Daoud, lui, s'est enflammé depuis le début pour la contestation, exaltant le côté festif des manifestants protestant contre un 5e mandat de Bouteflika, l'invisible, malade et silencieux président algérien de 82 ans, au pouvoir depuis 20 ans. Et a dénoncé, dans une tribune au quotidien Le Monde, "la kadhafisation lente du pays", "l'encanaillement généralisé de l'Etat" et son palais rempli "de courtisans, de clans, de clowns et de courtiers".

D'autres écrivains algériens, moins connus, plus jeunes, célèbrent aussi la contestation sur les réseaux sociaux. Mais ces auteurs plus médiatiques sont emblématiques d'une génération ayant traversé -pour les plus âgés- l'indépendance, le FLN (Front de libération nationale, au pouvoir), le "printemps" avorté de libéralisation en 1988, et la guerre civile des années 90 après l'annulation du premier tour des législatives remportées par les islamistes.


(Lire aussi : Les étudiants de retour en masse dans la rue contre la "ruse" de Bouteflika)

'Je culpabilise'

Pour ces écrivains ayant connu les horreurs de la "décennie noire" (1992-2002), la vision de centaines de milliers de manifestants défilant pacifiquement dans les villes algériennes suscite l'admiration.

"Je culpabilise par rapport à cette génération qui a fait ce que nous n'avons pas su faire, parce que nous étions trop marqués par la guerre civile", confiait M. Daoud il y a quelques jours, sur France Inter. "Pendant des années, j'ai écrit que l'Algérie avait renoncé. C'est un vrai bonheur aujourd'hui de m'apercevoir que je me trompais", déclarait de son côté Yasmina Khadra au quotidien Le Parisien. Le "peuple algérien est sorti de sa convalescence (...) je suis resté admiratif devant son courage, sa sérénité", a-t-il dit lundi à la chaîne de télévision France 3.


(Lire aussi : « Nous sommes devenus une monarchie malgré nous »)


Auteur d'un livre sur "Algérie, les écrivains de la décennie noire", le sociologue Tristan Leperlier se dit frappé par la différence avec la situation en 1988, quand l'armée réprima dans le sang des émeutes, tout en engageant des réformes mettant fin au parti unique. "A l'époque, les écrivains (...) sont restés relativement en retrait", explique M. Leperlier à l'AFP. "D'abord, ils faisaient majoritairement partie de l'élite sociale. Ensuite, il y avait encore l'idée que le FLN proposait une histoire à venir euphorisante, en particulier l'idée d'une libéralisation progressive. Et, enfin, ils avaient un poids très fort au niveau international" et répugnaient à mettre en cause le FLN, parti de l'indépendance. "Aujourd'hui ces éléments ont complètement changé. Les écrivains font moins partie de l'élite sociale, il n'y a pas d'histoire euphorisante à venir, et surtout, il y a ce sentiment d'humiliation sur la scène internationale", estime le chercheur. Ils soutiennent un mouvement dont les jeunes constituent le fer de lance. Pour Yahia Ouaret, architecte de 24 ans récemment installé à Paris et membre fondateur du collectif Algérie debout, créé après le début de la crise, "Daoud, Sansal, etc.. ont toujours été contre le régime, ce sont de grands noms, on compte sur eux". "C'est aussi l'ancienne école", ajoute-t-il.

"Je crois que le rôle des intellectuels, et des écrivains en particulier, va être très important", assure M. Sansal. "En ce qui me concerne je continuerai de militer pour le triomphe de certaines valeurs" comme la laïcité et l'égalité entre les hommes et les femmes, ajoute-t-il.


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