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Nos Lecteurs ont la Parole

Bipolaires : une insertion sociale utopique ?

par Jean-Vladimir EL-KHOURY, Marcelle HRAOUI, Rita TABIB, William JABBOUR
OLJ
23/02/2019

La bipolarité reste de nos jours un trouble assez mal compris par la communauté scientifique et la société. Au XXIe siècle pourtant, elle est sous le feu des projecteurs hollywoodiens, plusieurs stars s’étant ouvertes sur leur situation, à l’instar de Catherine-Zeta Jones, Jim Carrey, Demi Lovato, Loana, Sting ou encore Amy Winehouse et Robin Williams.

Ce trouble bipolaire, autrefois appelé « psychose maniacodépressive », n’a été officiellement reconnu comme tel qu’en 1980 grâce à son introduction dans la troisième édition du manuel de diagnostic de l’Association psychiatrique américaine. Caractérisé par une alternance d’épisodes maniaques et dépressifs, le trouble est divisé en sous-types dont le diagnostic diffère. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il touche plus de 1 à 2 % de la population mondiale, donc plus de 80 à 160 millions de personnes et a de graves conséquences sur le patient : les troubles du sommeil et les envies suicidaires en phase dépressive à titre d’exemple ou encore une hyperactivité et une hypersexualité en phase maniaque.

Défini à la fin du XIXe siècle, ce trouble est toutefois considéré comme la « maladie du siècle » vu l’intérêt que lui portent les médias qui le banalisent jusqu’à ne plus considérer ces personnes atteintes comme souffrantes. Paradoxalement, ces « victimes » sont souvent jugées et stigmatisées par la société. Leur supplice est souvent minimisé voire ridiculisé par l’opinion publique qui fait du trouble un simple saut d’humeur. Ainsi, un enfant qualifie aisément sa mère en colère de « bipolaire » ou de « folle » sans prendre en considération la discrimination envers les personnes atteintes du trouble. Le terme a donc perdu sa dimension médicale et psychologique pour devenir une étiquette humiliante qu’on lance à tort et à travers.

Par ailleurs, dans la vie du patient, la situation n’est pas toujours plaisante. En effet, il est difficile de gérer ses relations personnelles et professionnelles. Plusieurs employeurs ont licencié leurs salariés atteints du trouble en raison de leurs difficultés à s’adapter aux normes de l’entreprise. Trop de chefs d’entreprise ne se rendent pas compte de l’impact positif que peuvent avoir ces millions de personnes sur leur business.

Les phases d’hypomanie, retrouvées cycliquement chez les individus touchés par la bipolarité, sont caractérisées par une hyperactivité. En effet, ces derniers ne dorment que trois heures par nuit et ont en tête des projets à n’en plus finir. De plus, s’ils suivent leurs traitement et thérapies, leurs épisodes maniaques sont moins intenses ce qui réduit les excès éventuels. Ils deviennent très productifs et déterminés à réaliser ces projets.

On a souvent cité Nietzsche, Napoléon, Winston Churchill, Virginia Woolf, Edvard Munch, Robert Schumann ou encore Vincent Van Gogh comme étant bipolaires. Pourtant, vu les difficultés à diagnostiquer ce trouble, il est presque impossible d’être assertif. On sait seulement qu’ils avaient à plusieurs degrés des symptômes cliniques relevant de ce trouble. Le génie et la créativité sont des traits plus communs chez les individus appartenant à cette catégorie que chez le reste de la population. C’est la force créatrice de ces artistes durant le désordre de certaines phases de leur vie qui a permis de les lier à la bipolarité.

Dans le monde du travail, le schéma idéal serait de pouvoir assurer un ajustement de la situation professionnelle pour une meilleure adaptation à la fois à l’employeur et à l’employé. Par conséquent, il faudrait leur créer un horaire de travail plus adapté au déclenchement des épisodes, d’autant que durant ces phases, la personne bipolaire est très peu productive. L’entreprise pourrait profiter des phases productives en proposant des journées de travail plus longues qui pourraient compenser les phases dépressives dans lesquelles les journées de travail gagneraient à être raccourcies. Finalement, les congés maladie auraient une conception différente au niveau de leur quantité et leur rémunération.

Finalement, il serait judicieux de ne pas ignorer l’impact bénéfique qu’ont eu ces célébrités atteintes de bipolarité et que peuvent avoir des milliers d’autres personnes diagnostiquées comme telles sur la société et d’assurer leur intégration tout en prenant en compte leur douleur et leur besoins spécifiques. Une simple adaptation de certaines conditions de travail et de vie suffirait pour assurer une insertion respectueuse de ces individus.

Jean-Vladimir EL-KHOURY,

Marcelle HRAOUI,

Rita TABIB,

William JABBOUR

Dans le cadre des épreuves de TPE du baccalauréat, nous avons reçu ce texte d’élèves en classe de première du Collège Notre-Dame de Jamhour.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

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