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Moyen Orient et Monde

Bras de fer entre Damas et Washington au sujet des Kurdes

Syrie

Les États-Unis ont mis en garde les FDS contre tout rapprochement avec Damas.

19/02/2019

La main tendue de Damas aux Kurdes sera non négociable. C’est ce qu’a fait clairement comprendre Bachar el-Assad dimanche, s’exprimant pour la toute première fois sur le sujet depuis l’annonce du retrait des troupes américaines déployées en Syrie, en décembre dernier. Pronostiquant la défaite prochaine des jihadistes du groupe État islamique (EI), le président Donald Trump avait annoncé dès décembre le retrait à venir des quelque 2 000 soldats américains déployés dans le pays en guerre.

Après plus de trois ans de coopération entre Washington et les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de combattants kurdes et arabes dominée par la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), la nouvelle avait pris tout le monde de court et clairement mis en danger cette minorité, qui n’a pas pris parti pendant le conflit syrien. « Les Américains ne vous mettront pas dans leur cœur ou dans leurs bras. Ils vous mettront dans leur poche, pour que vous soyez un outil dans leur troc », a joué sur les mots le président syrien, en leur suggérant de ne pas compter sur Washington. « Rien ne vous protégera si ce n’est votre État. Personne ne vous défendra si ce n’est l’armée arabe syrienne », a-t-il encore martelé. La lutte contre le groupe jihadiste étant en passe d’être achevée, les Kurdes sont confrontés au dilemme d’une guerre avec la Turquie ou d’un accord avec le régime, ce qui dans les deux cas serait probablement synonyme de la fin de l’autonomie tant espérée.


(Lire aussi : Washington met en garde les FDS contre tout rapprochement avec Assad)


À la faveur du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011, les Kurdes sont en effet parvenus à instaurer une autonomie de facto dans les régions sous leur contrôle, des territoires dans le nord et le nord-est qui représentent près de 30 % du pays. Le départ des soldats américains offre une opportunité en or à Ankara qui menace depuis des mois de lancer une offensive pour déloger les YPG de sa frontière. Ankara considère les YPG comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui livre une sanglante guérilla à l’État turc depuis 1984. Pour se protéger d’une offensive, les Kurdes ont choisi d’amorcer un rapprochement avec Damas et tentent de négocier une solution politique.


Se contenter de miettes

Le conseil militaire des FDS a tenu une réunion de routine dimanche au cours de laquelle ses membres ont discuté de « l’avenir des relations avec le gouvernement syrien », soulignant la « spécificité » des FDS et la nécessité d’une « reconnaissance » de l’administration semi-autonome kurde. Un projet de décentralisation que rejette en bloc Bachar el-Assad qui espère conquérir les derniers bastions qui lui échappent. « Le dialogue est nécessaire, mais il y a une différence entre les propositions qui créent un dialogue et les autres qui créent une partition, et nous devrions nous concentrer sur les choses communes », a-t-il martelé, restant fidèle aux fondements idéologiques baasistes d’une unité territoriale. Il a toutefois nuancé ses propos en soulignant le rôle des administrations locales au regard de la loi 107, datant de 2012 et qui prévoit d’accorder davantage de prérogatives aux municipalités. Autrement dit, les Kurdes devront se contenter de ces miettes ou s’en remettre à leur destin. « Si vous ne vous préparez pas à défendre votre pays et à résister, vous ne serez rien d’autre que des esclaves chez les Ottomans », a lancé le président syrien, en référence à la Turquie, soutien des rebelles. Le conseil militaire kurde a auparavant évoqué « la volonté de trouver par le dialogue une solution aux problèmes avec l’État turc, dans le cadre de relations de bon voisinage et de respect mutuel ». Au-delà des déclarations de part et d’autre, et des appels du pied de Moscou au dialogue, les pourparlers entre Damas et les Kurdes sont au point mort.


(Lire aussi : Les Etats-Unis ne protégeront pas ceux qui parient sur eux, met en garde Assad)


Washington essaie par tous les moyens d’éviter que les Kurdes ne s’en remettent au régime, avec qui il a coupé tout lien depuis le début du conflit, en témoigne la mise en garde, dimanche, du commandant américain de la coalition anti-EI. « Les États-Unis devront cesser toute assistance aux FDS si celles-ci s’allient aux forces de Bachar el-Assad ou à la Russie », a déclaré le général américain Paul LaCamera. Le message de Washington est le suivant : tant que les Kurdes resteront ses partenaires, il continuera à les entraîner et à les armer. Les États-Unis ont notamment demandé à leurs alliés européens de constituer une « force d’observateurs » dans le nord-est du pays pour garantir la sécurité des Kurdes, proposition aussitôt rejetée vendredi lors de la conférence sur la sécurité de Munich. « Ces pays ont des engagements politiques et moraux vis-à-vis des Kurdes qui en combattant l’EI ont contenu l’expansion de la menace terroriste vers l’Europe », a averti un haut responsable kurde syrien, Aldar Khalid, dans une interview à l’AFP dimanche soir à Paris. Si elles n’obtiennent pas gain de cause auprès des Occidentaux, les YPG se tourneront vers Damas. « On sera obligé de s’entendre avec le régime pour qu’il envoie ses forces militaires sur les frontières et les protège », avertit l’influent responsable kurde.


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Raminagrobis

Salade de situations cornéliennes sans issues.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE QUI VEUT DIRE QUE LE JOB EXECUTE CONTRE L,E.I. PAR LA COALITION ET LES KURDES IRAIT AU PROFIT DU REGIME SYRIEN... QUI EN REVE COMME LE TURC... SI LES AMERICAINS SE RETIRAIENT SANS AVOIR AU PREALABLE CLARIFIER LA SITUATION EN FAVEUR DES FDS !

PAUL TRONC

Bon on va la faire autrement pour mériter d'être publié.

En termes plus simples , on dira aux kurdes que vous êtes à un tournant de votre Histoire , faites le bon choix avec ce QUI vous est présenté sur le terrain.

Les américains ont toujours vendus leurs plus proches alliés après les avoir utilisés, surtout qu'ils vous font chanter avec la Turquie de erdo , et l'axe de la résistance est celui qui tient la route comme vous pouvez le constater en ce moment .

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