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Rami Béchara, ou l’excellence de la recherche

DISTINCTION

La chancellerie des Universités de Paris a récompensé, par le prix Régnier, la thèse en immunologie du jeune chercheur libanais.

Carole AWIT | OLJ
16/02/2019

Enfant, Rami Béchara rêvait de suivre la même voie professionnelle que ses parents enseignants et s’amusait, avec son frère et ses jeunes cousins, à jouer au maître d’école. Adolescent, il s’intéresse aux sciences médicales et souhaite suivre des études de pharmacie qui lui permettraient de faire carrière dans le milieu des sciences pharmaceutiques. « Après une formation solide et riche en stages officinaux et industriels, j’ai obtenu mon doctorat d’exercice en pharmacie de l’Université Saint-Joseph en 2013. Aujourd’hui, même si je ne pratique pas mes fonctions de pharmacien au quotidien, je suis heureux de pouvoir écouter et conseiller mes proches sur les traitements qu’ils suivent », raconte Rami Béchara.

L’enseignement étant chez lui une passion, le jeune homme choisit de devenir enseignant-chercheur. Encouragé par la professeure Hayat Azouri, toxicologue et chef du centre antipoison à l’USJ, Rami obtient, en 2014, un master 2 en immunologie de l’Université Paris-Sud. « Je me suis intéressé à l’étude du système immunitaire, qui assure notre défense contre les pathogènes, car, au cours de mes années d’études en pharmacie, cette science a connu une grande révolution surtout avec la biothérapie et l’immunothérapie », explique le jeune homme. Par la suite, il est admis en tant que doctorant à l’Université Paris-Sud, en cotutelle avec l’USJ, dans le laboratoire du professeur Marc Pallardy, un pionnier dans le domaine de l’immunotoxicologie. « Cela a été l’occasion idéale pour moi d’approfondir mes connaissances en immunologie, et d’étudier plus particulièrement les interférences des produits chimiques et des médicaments avec le système immunitaire », précise Rami. Après trois années de recherche, il soutient sa thèse en immunologie le 15 décembre 2017 à l’Université Paris-Sud devant un jury composé de cliniciens et de chercheurs libanais, français, allemands et britanniques, experts en immunologie.

Un travail de longue haleine récompensé

Dans sa thèse intitulée « Étude de la coopération entre les cellules dendritiques et les lymphocytes T dans les allergies aux produits chimiques et aux médicaments », dirigée par les professeurs Hayat Azouri (USJ) et Marc Pallardy (Université Paris-Sud), Rami Béchara s’intéresse aux allergies qui représentent un problème majeur de santé publique. « Mon objectif global était de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans les allergies aux produits chimiques et aux médicaments, en prenant comme exemple les métaux allergisants et la pénicilline. Mon travail a permis de mettre en évidence par quelles voies les allergènes activent les cellules dendritiques et leurs conséquences sur la réponse lymphocytaire. C’est un travail mécanistique qui permet d’expliquer la physiopathologie des réactions allergiques et qui pourrait, dans le futur, faciliter leur diagnostic », ajoute le pharmacien-chercheur.

Les nombreux efforts déployés par le jeune homme lui valent de remporter, tout au long de ses années de recherche, plusieurs prix récompensant son travail. Ainsi, en 2015 et 2016, il obtient le prix du meilleur poster lors de la Journée de l’école doctorale à la faculté de pharmacie de l’Université Paris-Sud. En 2016 également, Rami Béchara reçoit le prix du meilleur poster lors du congrès annuel de la Société française de toxicologie in vitro et celui de la meilleure présentation orale lors du congrès annuel de la Société américaine de toxicologie aux États-Unis. En novembre 2018, le jeune homme reçoit à Lille le prix de thèse 2018 de la Société française de toxicologie (SFT). Le 4 décembre 2018, la chancellerie des Universités de Paris remet à Rami Béchara, au cours d’une cérémonie organisée dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à Paris, le prix Régnier. Le chercheur remporte ainsi la somme de 10 000 euros qui récompensent l’excellence de la valeur universitaire et scientifique de sa thèse de doctorat. « Cette distinction est attribuée par un jury composé de professeurs d’université et de membres de l’un des grands corps de l’État et de l’Institut de France. C’est une belle surprise et un immense honneur de recevoir ce dernier prix ainsi que tous les autres qui me réconfortent dans la voie que j’ai choisie et me donnent le courage et la force de persévérer dans mon travail », affirme avec enthousiasme le jeune homme.

Sacrifices

Le brillant doctorant a eu l’occasion, au cours de ses deuxième et troisième années de thèse, de dispenser, en tant que moniteur, des enseignements dirigés à des étudiants en 3e année de pharmacie à l’Université Paris-Sud. « Ces activités ont permis mon recrutement en tant qu’attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) à la faculté de pharmacie de l’Université Paris-Sud de septembre 2017 jusqu’en août 2018 », ajoute Rami Béchara. Et parce que ses ambitions l’appellent sous d’autres cieux, le jeune homme s’est installé depuis septembre 2018 aux États-Unis, en Pennsylvanie, pour travailler avec une équipe de chercheurs dirigée par la professeure Sarah Gaffen à l’Université de Pittsburgh, dont les travaux de recherche portent sur les études des mécanismes des pathologies auto-immunes. « Je pense rester aux États-Unis pour trois ans environ. Ceci me permettra de constituer mon propre réseau et d’acquérir de vastes connaissances qui vont me permettre par la suite d’évoluer pour essayer d’être un chercheur indépendant. Je souhaite monter un jour mon propre laboratoire de recherche… pourquoi pas au Liban ? » confie le jeune homme.

À 27 ans, Rami Béchara est conscient qu’il n’y a pas de réussite et d’excellence sans sacrifices et engagement. « Être formé par la recherche, c’est trouver des solutions pour tout imprévu, apprendre à gérer un projet dans toutes ses conditions et travailler en équipe tout en gardant son autonomie. C’est une véritable expérience de vie. Il ne faut pas avoir peur de se lancer dans de longues études et de déployer des efforts pour exercer le travail que nous aimons. Et comme le dit Jean-Jacques Rousseau, il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat. »


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