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Liban

Quand un gouvernement sollicite la confiance... des siens

Parlement

Aucun suspense n’est attendu dans cet exercice de pure forme du moment que le cabinet est formé de la quasi-totalité des formations représentées à la Chambre.

Yara ABI AKL | OLJ
13/02/2019

C’est l’histoire d’un mini-Parlement qui sollicite la confiance du... Parlement. Le gouvernement de Saad Hariri, qui regroupe en son sein la quasi-totalité du spectre politique représenté à la Chambre, réussira donc sans surprise à bénéficier d’une confortable majorité lors du vote de confiance prévu aujourd’hui. Vues sous cet angle, les longues séances parlementaires consacrées au débat de confiance qui s’étalent sur deux jours ne sont ainsi qu’un exercice futile servant de faire-valoir à plus de soixante députés qui ont demandé la parole, et qui, sans doute, ne l’auraient pas fait si le débat, ou plutôt ce qui tient lieu de débat, n’était pas retransmis en direct.

Ces députés, qui comptent ainsi être vus à l’œuvre par leurs électeurs, s’attellent à la tâche de dénoncer la corruption dans le pays, en feignant d’oublier qu’ils appartiennent dans leur écrasante majorité aux formations politiques dont le gouvernement est composé. De plus, ces formations politiques ont déjà fait partie de plusieurs cabinets qui s’étaient tout aussi bien engagés à mener la bataille contre la corruption… sans aucun résultat concret jusqu’ici. Toujours est-il que cette fois-ci, le Premier ministre et la majorité des blocs parlementaires se disent plus déterminés que jamais à lutter contre ce fléau, ne serait-ce que pour faciliter le chantier de réformes économiques auxquelles s’attend la communauté internationale, dans le cadre du processus lancé par la conférence dite CEDRE tenue à Paris, en avril dernier. Quelques députés se distinguent de la masse en annonçant d’ores et déjà qu’ils n’accorderont pas la confiance au gouvernement. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit essentiellement des Kataëb et de quelques « marginaux » non représentés au sein du cabinet. Le bureau politique Kataëb, réuni lundi sous la présidence de Samy Gemayel, ayant pris la décision de refuser de voter l’investiture du gouvernement, comme l’a confié Élias Hankache, député Kataëb du Metn, à la Voix du Liban (100,3 et 100,5) avant la tenue de la réunion, place de l’Étoile. Soulignant que la nouvelle déclaration ministérielle est identique à celle adoptée par l’ancienne équipe, M. Hankache a déclaré que « le rôle des Kataëb est de pousser les responsables à rendre des comptes ».

Jamil Sayyed, député de Baalbeck-Hermel élu sur la liste du Hezbollah, a lui aussi déclaré qu’il n’accordera pas sa confiance au cabinet, de même que le secrétaire général de l’Organisation populaire nassérienne, Oussama Saad, député de Saïda. Quant à Paula Yaacoubian, députée de Beyrouth représentant la société civile, on s’attend à ce qu’elle aussi dénie la confiance à l’équipe gouvernementale.


(Lire aussi : Luttes d’influence politiques et diplomatiques au Libanle décryptage de Scarlett Haddad)



La séance matinale
La lutte contre la corruption était au cœur des interventions des huit députés qui ont pris la parole durant la séance matinale. Sur ce plan, les propos de Hassan Fadlallah (Hezbollah, Bint Jbeil) sont particulièrement significatifs. Dans une volonté manifeste de prouver la sérieuse détermination du parti chiite à s’engager activement dans ce combat, M. Fadlallah a présenté quelques chiffres à même d’illustrer la gravité de ce fléau. Il a ainsi affirmé que cinq mille fonctionnaires ont été embauchés avant les législatives, à l’heure où 500 personnes qui ont réussi le concours du Conseil de la fonction publique n’ont pas encore été recrutées. M. Fadlallah a par ailleurs évoqué la question des Télécoms. Il a indiqué sur ce plan que « les sociétés chargées de ce secteur dépensent 250 millions de dollars par an, sans aucun contrôle ». « Si certains documents étaient dévoilés, de hauts responsables finiraient en prison », a-t-il lancé. Il a d’autre part reproché aux responsables de refuser les aides proposées par l’Iran, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en électricité « qui serait de meilleure qualité et à moindre prix », estimant que cette attitude ne saurait être expliquée que par des motifs éminemment politiques. Et d’ajouter : « Certains ministres évoquent, loin des médias, des marchés (douteux) de près de 400 millions de dollars. » « Les appareils de sécurité surveillent et écoutent tout le monde. Qu’ils fassent de même avec les ministres quand ils discutent de marchés douteux avec les courtiers », a-t-il encore lancé, appelant à assurer l’indépendance du pouvoir judiciaire. De même, et à la faveur des appels lancés, via Twitter, par le leader du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, à une sérieuse lutte contre la corruption, notamment en matière de production de l’électricité, ces deux points étaient au centre de l’intervention de Hadi Aboul Hosn (PSP, Baabda). Tout en précisant que sa formation accorde sa confiance au cabinet, le député de Baabda n’a pas mâché ses mots : « Nous ne permettrons pas qu’il soit porté atteinte aux deniers publics. Nous serons intransigeants à l’égard des corrompus et corrupteurs. »

Sur l’électricité, le député joumblattiste a plaidé pour la tenue d’une séance parlementaire trimestrielle consacrée exclusivement à ce dossier épineux. L’occasion, selon lui, d’évaluer tout éventuel progrès sur ce plan.


(Lire aussi : Des Libanais manifestent à Beyrouth : "Pas de confiance au nouveau gouvernement")


La stratégie de défense et la distanciation
Outre la corruption, certains députés ont évoqué certaines questions d’ordre souverainiste, notamment le respect de la politique de distanciation par rapport aux conflits des axes régionaux, et la conformité aux textes constitutionnels. C’est dans ce cadre qu’il conviendrait de placer les propos tenus par Sethrida Geagea (Bécharré, Forces libanaises). Saluant l’armée libanaise, elle a exprimé le souhait que la troupe « monopolise le port des armes ». « D’autant qu’elle a prouvé sa capacité à défendre le Liban. »

Michel Moawad, député de Zghorta et allié du Courant patriotique libre, a, pour sa part, appelé le chef de l’État, Michel Aoun, à lancer sans tarder le dialogue autour de la stratégie de défense, « afin de trouver une solution à ce dossier polémique ». « Comment peut-on inclure la distanciation dans la déclaration ministérielle alors que dans un discours, le secrétaire général du Hezbollah affirme que si l’Iran entre en guerre, le Hezbollah ne restera pas les bras croisés ? » a-t-il lancé. Mais c’est surtout Chamel Roukoz, député CPL du Kesrouan et gendre de Michel Aoun, qui a créé la surprise en plaidant ouvertement pour la mise sur pied d’une stratégie de défense. Il a même appelé le gouvernement à renforcer et soutenir l’armée, conformément aux décisions des conférences internationales tenues à cet effet.

Plus tôt dans la journée, l’ancien Premier ministre Tammam Salam a dénoncé le « chaos politique et constitutionnel », déplorant « la tendance à former des gouvernements de coalition » regroupant toutes les parties politiques et estimant qu’elle « porte atteinte à la démocratie et au régime parlementaire ». M. Salam a appelé d’autre part à maintenir la solution de la crise des réfugiés syriens à l’écart de toute division politique interne et à ne pas « l’utiliser comme une arme de provocation confessionnelle et raciste ».


(Lire aussi : Gouvernement : les réformes économiques au cœur de la déclaration ministérielle)


La séance nocturne
Au cours de la séance nocturne, une querelle a apposé Jamil Sayyed au ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, bras droit de Nabih Berry. Le député de Baalbeck a affirmé que le ministère des Finances du gouvernement sortant a emprunté 600 milliards de livres libanaises à la Caisse nationale de Sécurité sociale et ce pour payer les salaires des fonctionnaires. M. Khalil a tout de suite réfuté les allégations du député : « Ces propos sont faux et dangereux », a-t-il lancé. « Vous nous avez dit que les réserves du budget étaient vides alors qu’elles contenaient 600 milliards de livres libanaises », lui a répondu Jamil Sayyed. « Ces propos sont inexacts », a rétorqué Ali Hassan Khalil. « Payez le blé et nous vous en serons reconnaissants. Les agriculteurs sont plus honnêtes que l’État », a repris le député de Baalbeck. Cette querelle entre les deux hommes va bien au-delà des fonds que M. Sayyed accuse M. Khalil de ne pas accorder aux agriculteurs. Elle en dit long sur les rapports particulièrement troublés – de longue date – entre cet allié du Hezbollah et le président de la Chambre.

« Si je trouve que d’ici à une certaine période le cabinet a changé son approche par rapport aux pratiques passées, nous lui accorderons la confiance du peuple à travers les médias », a ajouté M. Sayyed. Peu après 21 heures, Nabih Berry a levé la séance. Le débat se poursuivra aujourd’hui à 11 heures.


Lire aussi
Gouvernement Hariri III : les principaux points de la déclaration ministérielle

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Eleni Caridopoulou

Toute l'histoire que ce Mr. a parlé au parlement c'était pour l'Iran , l'aide des ayatollah etc. erc.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SUR QUELS BANCS ETAIT ASSISE LA CORRUPTION ?

Tina Chamoun

Rien de bon ne peut venir d'Israel et surtout pas le bon exemple! On peut par contre prendre exemple sur la Syrie qui a connu une vraie guerre, tiens comme nous et qui continue à fourir l'eau, l'électricité et les services basiques aux citoyens. C'est plus réaliste non? Et plus motivant!

AIGLEPERçANT

Surpris de ne pas avoir vu de poster géant de Mme geagix .

Voyons le verre à moitié plein cette fois ci , au moins ils bossent , s'invectivent et on constate que des " allies" n'hésitent pas à s'accrocher sur des sujets épineux.

Rome ne s'est pas faite en 1 jour, le Liban a besoin de calme et de sérénité, cest un pays attractif , son peuple est irrésistible et intelligent , il peut tout aussi bien s'auto détruire que se surpasser.

Et cerise sur le gâteau, on a une résistance déterminée à ne plus laisser faire les usurpateurs et leurs mercenaires wahabites. NOUS N'AVONS AUCUN EXEMPLE À PRENDRE D'EUX , SI CE N'EST DE TOUT PRENDRE OU DE NE RIEN PRENDRE . TOUT CE QUI BRILLE N'EST PAS OR .

Il n'y a plus que le travail qui paiera.

Irene Said

Rien ne changera jamais chez nous, même avec un "nouveau gouvernement" !

1) On entend et voit les mêmes s'accuser réciproquement de corruption...alors qu'ils trempent tous dedans jusqu'au cou

2) énumérer ce qui devrait être fait...depuis des décennies...alors que presque tous sont là...depuis des années et que rien n'a été fait

3) prendre la défense inconditionnelle de pays qui n'ont qu'un but: nous dominer, ou nouvelle mode, nous "aider"...pas par dévouement, mais pour leurs propres intérêts

4) sans oublier d'évoquer continuellement notre voisin Israël, usurpateur de terre, il est vrai, mais chez qui nous pourrions prendre pas mal d'exemples de démocratie et d'efficacité en ce qui concerne les services normaux comme: l'électricité, l'eau, les infrastructures, la propreté etc., et surtout...l'environnement assez identique au nôtre préservé !
Irène Saïd


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