Liban

Luttes d’influence politiques et diplomatiques au Liban

Décryptage
13/02/2019

C’est vrai que l’heureux événement, après neuf mois de tractations, mérite ce flot de visiteurs étrangers venus féliciter le Liban pour la naissance du gouvernement, mais les choses sont loin d’être aussi simples. Pendant de longs mois, le Liban avait été pratiquement boudé par les pays étrangers, de la région et au-delà, même lors de la tenue du sommet arabe pour le développement et l’économie. À l’exception, toutefois, des visites régulières de responsables américains venus plutôt pour influer sur le cours de la formation du gouvernement (David Hale, Marshall Billingslea, Joseph Votel...).

Mais depuis que celui-ci est né, c’est à qui viendra à Beyrouth pour présenter ses félicitations. Le premier visiteur a été le président du Conseil italien suivi par le ministre iranien des Affaires étrangères, le secrétaire général de la Ligue arabe, l’émissaire saoudien Nizar Alaoula et probablement la représentante de l’Union européenne Federica Mogherini et le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, entre les deux sommets auxquels le Liban doit participer, celui arabo-européen à Charm el-Cheikh les 24 et 25 février et le sommet arabe ordinaire à la fin mars à Tunis. Les Libanais devraient donc se sentir flattés de voir que leur pays est redevenus un lieu prisé par les visiteurs étrangers, mais, pour la première fois, ils auraient préféré ne pas faire l’objet de tant d’attentions.

C’est que ces visites qui suivent la formation du gouvernement et qui indiquent en principe la volonté de la communauté internationale de coopérer avec le nouveau cabinet interviennent à un moment précis critique pour la région et le monde. Dans cette période sensible, se tiennent aussi des rencontres importantes pour l’avenir de la région et pour les rapports des forces internationaux. Il s’agit notamment du sommet de Varsovie qui devrait commencer aujourd’hui et qui était initialement destiné à réunir des forces internationales et régionales contre l’Iran ; du sommet de Sotchi, qui doit réunir à partir de jeudi les présidents russe, iranien et turc dans l’esprit du processus d’Astana en Syrie ; et de la rencontre prévue par la suite entre le président russe et le Premier ministre israélien. Tous ces rendez-vous ne peuvent pas être dissociés les uns des autres et ils tournent autour d’un même point : la lutte d’influence entre les deux grands axes qui se partagent le contrôle de la planète et qui se concrétise essentiellement dans la région.

C’est donc dans le cadre de cette lutte d’influence que s’inscrivent les visites qui sont en train de se dérouler au Liban. Si les responsables américains avaient décidé de venir à Beyrouth avant la formation du gouvernement pour, en principe, fixer des lignes rouges et poser des conditions préalables, les Iraniens, eux, ont préféré venir après la naissance du cabinet pour proposer leur aide dans tous les domaines possibles, laissant le Liban faire le choix.

Selon une source diplomatique arabe, la visite du ministre iranien des Affaires étrangères à Beyrouth est donc une réponse directe aux démarches américaines visant à pousser le Liban à prendre ses distances avec l’Iran et à isoler le Hezbollah. Si cela s’avère impossible (il faut rappeler à cet égard que le secrétaire d’État adjoint David Hale avait exprimé l’opposition de son pays à l’octroi du ministère de la Santé au Hezbollah et le Premier ministre s’était excusé de ne pouvoir répondre à cette demande. Il y a donc eu une entente tacite avec le Hezbollah pour qu’il choisisse pour ce portefeuille une personnalité proche de lui, mais non un membre du parti), les Américains ont fixé au Liban des limites à toute ouverture sur l’Iran et sur l’axe dit de la résistance.

Dans ce contexte, la visite de Mohammad Jawad Zarif à Beyrouth était donc un défi lancé aux Américains et un message clair pour leur montrer que l’Iran a aussi une influence au Liban. Toutefois, dans le cadre de ses entretiens avec les responsables libanais, le ministre iranien s’est montré conciliant et compréhensif. Tout ce qui a été dit, en dehors du contexte officiel, sur des propositions iraniennes d’équiper l’armée libanaise, n’a pas été expressément évoqué dans le cadre des entretiens bilatéraux. Selon la source diplomatique précitée, les Iraniens sont parfaitement conscients du fait qu’il est difficile pour le Liban d’accepter une offre pour l’armée, qu’elle vienne de la République islamique ou même de la Russie. Cela correspondrait à un retournement total de situation. Mais après avoir laissé les médias évoquer de telles offres, il sera plus facile de faire accepter une coopération avec le ministère de la Santé. Celle-ci semble désormais acquise et si elle s’avère utile et efficace pour les citoyens, il sera ensuite plus facile de toucher à d’autres domaines. Les Iraniens, qui sont connus pour leur patience, préfèrent ainsi tisser lentement mais sûrement des liens avec le Liban, sans chercher à brusquer ce pays plein de contradictions et de divisions. Selon cette approche, la visite de Zarif au Liban aurait donc atteint ses objectifs.

Le ministre iranien parti, c’est un émissaire saoudien, conseiller au palais royal, Nizar Alaoula, qui devait arriver hier soir. Là aussi, il s’agit d’adresser un message à toutes les parties concernées sur le maintien de l’influence de Riyad au Liban. Cette influence semblait quelque peu en déclin après la participation spectaculaire de l’émir du Qatar au sommet arabe pour le développement et l’économie qui s’est tenu à Beyrouth le mois dernier. Mais les Saoudiens qui avaient promis de relancer des projets au Liban après la formation du gouvernement ont donc décidé de passer à l’action. Les milieux officiels précisent que cette visite était prévue depuis la naissance du gouvernement. Malgré cela, elle ne peut pas être dissociée du jeu des influences qui se déroule dans la région et au Liban en particulier.

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Honneur et Patrie

Téhéran persiste à nous protéger malgré nous. Le Liban n'est agressé par personne. Que le Hezbollah s'abstient d'enlever des soldats israéliens et de creuser des tunnels sous le territoire israélien ce qui oblige Israél à prendre sa revanche sur le territoire libanais. Toujours "les guerres des autres sur le sol libanais" (Ghassan Tuéni).
Cette neutralité positive ainsi que la politique de distanciation tous azimuts, dispensent notre pays a ne pas avoir besoin de protection de la part de qui que ce soit. Nous avons la brave armée libanaise pour nous protéger.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ARTICLE OBJECTIF EN GENERAL DE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD !

ON DIT QUOI ?

Le Liban restera cette jolie demoiselle espiègle admirée de tous et qui en fait baver plus d'un .

NAUFAL SORAYA

C'est clair... Et c'est dire aussi l'importance de ce petit pays, quoiqu'on en dise, et quoiqu'on en pense...

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