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Moyen Orient et Monde

Est-ce le début d’une nouvelle course aux armements ?

Défense

Le retrait des États-Unis du traité INF pose la question de l’avenir de la limitation officielle des armements stratégiques.

08/02/2019

Le compte à rebours pour une nouvelle course aux armements semble avoir été lancé. Après la sortie de la Russie du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), qui a suivi celle des États-Unis le 1er février, plus rien ne peut empêcher les deux pays de recourir librement à la fabrication d’armements tactiques et stratégiques.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a d’ailleurs, dans la foulée du retrait de Moscou, annoncé le développement d’un nouveau programme de missiles balistiques jusque-là interdits par l’INF. « Depuis le 2 février, les États-Unis ont cessé de remplir leurs obligations dans le cadre du Traité INF. Et, parallèlement, ils travaillent activement à la mise au point de missiles terrestres d’une portée supérieure à 500 km, allant ainsi au-delà des limites imposées par le traité. Pour cette raison, le président russe a donné l’ordre au ministère de la Défense de prendre des mesures réciproques. »

Certes le traité ne sera définitivement énterré que dans six mois, mais la suspension des participations russe et américaine à ce deal met à bas des années de négociations durant la guerre froide entre Moscou et Washington pour tenter d’apaiser les tensions dans un monde alors divisé entre l’Est et l’Ouest. L’INF, signé en 1987 par les présidents américain et soviétique Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, avait pour la première fois dans l’histoire vocation à véritablement démanteler certaines catégories d’armes nucléaires ou stratégiques, en l’occurrence des missiles de croisière et balistiques capables de porter une charge nucléaire et dont la portée varie entre 500 et 5 500 kilomètres. Les autres traités signés avant ou après ce deal (SALT I et II ou encore les accords START, SORT et NEW START) étaient davantage destinés à une limitation ou à une réduction des armements stratégiques. L’INF symbolisait ainsi à la fois la fin des tensions américano-soviétiques et un premier pas vers la fin de la guerre froide.

« Le retrait des États-Unis et de la Russie de ce traité n’est pas une surprise ni sur le fond, par le développement de systèmes militaires en violation et en contradiction avec l’INF de la part de la Russie et des États-Unis, ni sur la forme, avec le processus diplomatique au cours de l’année 2018 qui a été en cohérence parfaite avec ce que les Américains font depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche », explique Benjamin Hautecouverture, spécialiste des questions de désarmement à la Fondation pour la recherche stratégique, contacté par L’Orient-Le Jour. Ce n’était donc qu’une question de temps avant que celui-ci soit enterré. Au-delà de l’aspect symbolique, l’enterrement de l’INF marque également l’entrée dans une « nouvelle ère » sur le plan des relations stratégiques internationales.


(Lire aussi : La Russie se donne deux ans pour développer un nouveau missile)


Nouvelle ère stratégique
« La disparition du traité clôt l’après-guerre froide. Elle symbolise et révèle à la fois l’évolution du contexte international (montée en puissance de l’Asie), le désintérêt, pour des raisons différentes, de la Russie et des États-Unis pour les régimes contraignants de maîtrise des armements à capacité nucléaire, et bien sûr la dégradation des relations entre grandes puissances nucléaires », ont écrit plusieurs analystes dans un rapport écrit conjointement sur le site de la FRS. Depuis la dislocation de l’URSS, le modèle de guerre froide avec deux puissances dominantes à équivalence stratégique et contrôlant leurs armements via des traités a disparu.

Il y a depuis une vingtaine d’années une multiplication des possesseurs d’armes stratégiques, rendant lesdits traités obsolètes. C’est par exemple le cas de la Chine, de l’Iran, de la Corée du Nord, de l’Inde ou encore du Pakistan. Aucune puissance ne peut aujourd’hui prétendre « dominer » une nouvelle logique de contrôle des armements comme les États-Unis et l’URSS le faisaient lors de la guerre froide. Cette absence de limite officielle d’armements amène ainsi la multiplication et la modernisation des armements stratégiques et tactiques, y compris de la part du duo Washington/Moscou ainsi que de nombreux pays dans le monde. « Comme il n’existe pas de traité multilatéral qui limite ou empêche le développement tous azimuts de ces vecteurs, ce sont les états-majors qui doivent maintenant trouver des solutions qui ne seront pas diplomatiques mais militaires et qui permettent de répondre aux menaces à venir (…) C’est le début d’une nouvelle ère stratégique », dit Benjamin Hautecouverture. Peut-on néanmoins parler de nouvelle course aux armements similaire à celle connue sous la guerre froide ?


(Lire aussi : Après les Etats-Unis, la Russie suspend à son tour sa participation au traité INF et promet de nouveaux missiles)


Pas de retour à la normale
C’est en tous cas l’opinion du New York Times. « La décision de l’administration Trump (de se retirer de l’INF) pourrait provoquer une nouvelle course aux armements, non seulement avec la Russie mais aussi avec la Chine », estime le quotidien américain. Mais pour M. Hautecouverture, le geste du président américain s’inscrit davantage dans une logique de développement intensif des arsenaux tous azimuts entre les États-Unis et la Russie que dans une vraie course bilatérale aux armements. « Le terme de course aux armements est plus un abus de langage (…) Le développement des systèmes d’armements se fonde sur des tendances lourdes qui date des années 2000 et qui se traduit par une modernisation des vecteurs d’attaque et de défense pour la Russie, et par le développement de capacités antimissiles et de missiles de croisière pour les États-Unis. » Ce phénomène concerne également d’autres régions de la planète. Des pays comme l’Iran, la Corée du Nord ou encore la Chine ont grandement modernisé leurs arsenaux militaires ces dernières années.

« J’espère que nous serons capables de nous retrouver tous ensemble dans une grande et belle salle, et rédiger un nouveau traité qui serait bien meilleur », a toutefois relativisé Donald Trump par rapport à la signature d’un nouvel accord de contrôle des armements. Mais réunir l’Iran, la Chine, la Russie et tous les autres acteurs autour de la même table et les persuader de diminuer ou limiter leurs arsenaux militaires relève, en tout cas pour le moment, de l’utopie.

Selon le rapport de la FRS « Le “retour à la normale” est exclu » et « un “nouveau traité” est aujourd’hui inconcevable » compte tenu de la transformation du paysage stratégique. « Les clés des scénarios futurs se trouvent essentiellement à Moscou et au Congrès américain. Les Européens resteront, dans un premier temps, largement spectateurs », dit-il, ajoutant que « les déploiements de nouveaux missiles de croisière vont se multiplier (…), on s’achemine sans doute a minima vers une multiplication des missiles de croisière russes sol-sol à double capacité sur le territoire russe, et des missiles de croisière américains mer-sol nucléaires destinés à la protection de l’Asie de l’Est, voire de l’Europe ».


Lire aussi

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE TOUTE FACON LA COURSE AUX ARMEMENTS BAT SON PLEIN ... ILS ETAIENT DEUX... ILS SONT TROIS... POUR NE PAS DIRE QUATRE !

Sarkis Serge Tateossian

L'Amérique de Trump c'est quoi ?
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Décisions unilatérales et multiples ...

Désir farouche de bâtir des "murs" et couper les "ponts" avec ses alliées.

La montée de l'extrémisme et la xénophobie

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Abandon des programmes environnementaux pour sauver la planète...


La liste est encore longue.

Quel gâchis !

MIROIR ET ALOUETTE

De toute façon c'est un traité de dupe , d'abord il n'empêchait pas le fait que les armes existentes étaient déjà hyper destructrices , et ensuite limiter à 500km les distances de frappe n'y changeait rien à la réalité que des armes de l'OTAN plantées aux frontières des pays ennemis raccourcissaient ces distances .

Avec une course aux armements balistiques c'est plus clair au moins , bien que très risqué.

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