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Moyen Orient et Monde

Grande conférence sur la « Fraternité humaine » aux Émirats

Rencontre

Un prix a été décerné hier conjointement par le cheikh Mohammad ben Rached al-Maktoum, Premier ministre des Émirats et gouverneur de Dubaï, au pape François ainsi qu’au cheikh Ahmad al-Tayeb.

05/02/2019

C’est dans le somptueux décor de l’hôtel Emirates Palace à Abou Dhabi que les Émirats arabes unis ont décidé de réunir plus de 600 personnalités religieuses de différentes confessions, venant des quatre coins du monde, pour ouvrir un dialogue interreligieux sous le signe de la « Fraternité humaine ». Cette rencontre coïncide avec la visite historique du pape François aux EAU ainsi que celle du cheikh Ahmad al-Tayeb, grand imam d’al-Azhar, principale institution sunnite. Outre tous les patriarches catholiques d’Orient, cet événement a également été l’occasion de rassembler des religieux orthodoxes, juifs, sikhs, bouddhistes et autres.

« Cette visite et cette rencontre sont importantes par leur timing et leur contenu », déclare à L’Orient-Le Jour l’ambassadeur des EAU à Beyrouth, Hamad al-Shamsi. « Nous vivons dans une période où les conflits religieux et communautaires sont légion. Les Émirats voient comment les pays de la région sont déchirés par les guerres de religions ou sous couverture de la religion, alors que toutes ces religions qui sont nées au Moyen-Orient appellent à la paix et la tolérance », ajoute-t-il.

« Les Émirats, dirigeants et peuple, estiment que la paix et la prospérité des pays ont besoin d’ouverture, de tolérance et de respect de l’autre, quelle que soit sa religion. Dans cet esprit, les autorités émiraties multiplient les initiatives et les rencontres interreligieuses et interculturelles pour rapprocher les points de vue et les personnes de croyances différentes », explique l’ambassadeur.

Les EAU célèbrent l’année de la tolérance pour montrer leur attachement aux principes enseignés par le père fondateur de la fédération, le cheikh Zayed al-Nahyane. L’État a également créé en 2016 un ministère de la Tolérance. L’année suivante, il a fondé l’Institut international de la tolérance. Depuis, le pays a organisé plusieurs rencontres interreligieuses, dont le Sommet de la tolérance, en novembre dernier.

« Le cheikh Zayed a consacré la modération comme principe en politique et en religion. Il a ainsi instauré une culture de la tolérance et de respect de l’autre. Preuve en est, la présence de près de 200 nationalités de toutes les confessions qui vivent et travaillent aux Émirats », ajoute l’ambassadeur émirati.

Selon lui, les autorités locales œuvrent avec beaucoup de sérieux, dans le domaine politique et juridique, pour combattre l’extrémisme et encourager la tolérance. « Nous avons ainsi une base solide pour entamer ce dialogue. Notre but est de défendre l’être humain et sa dignité et lui procurer un environnement où il pourra vivre en paix. Pour ce faire, nous encourageons d’abord le dialogue entre les différents acteurs, les pays ou les religions. C’est un message important au monde, à l’être humain, aux pays de la région : semer les graines de la paix et de la tolérance », affirme Hamad al-Shamsi.


(Lire aussi : Raï à « L’Orient-Le Jour » : Il faut protéger le Liban et ce qu’il représente)


Le respect de l’être humain

L’être humain est en effet au centre des interventions de la conférence qui a clôturé hier ses travaux par l’annonce d’un prix pour récompenser une personnalité ou une association qui œuvre au rapprochement entre les peuples. Pour sa première édition, ce prix a été décerné conjointement par le cheikh Mohammad ben Rached al-Maktoum, Premier ministre des Émirats et gouverneur de Dubaï, au pape François ainsi qu’au cheikh Ahmad al-Tayeb.

Trois thèmes ont été abordés durant ces deux jours : les principes de la fraternité humaine, notamment comment créer une culture de la paix; la responsabilité conjointe pour accomplir cette fraternité, notamment le rôle des États, des ONG et des médias ; et enfin les défis et opportunités pour examiner le fanatisme religieux et la culture de la haine.

Ainsi, le patriarche copte-catholique d’Alexandrie, Ibrahim Isaac Sidrak, a mis en relief l’importance de l’homme en tant qu’être humain. « Il faut passer de la tolérance et l’acceptation au respect de l’autre » déclare-t-il. Même son de cloche pour le vicaire patriarcal syriaque-orthodoxe, Bartholomaus Nathanael, qui déclare à L’OLJ que « le fait de réunir tous ces gens autour d’un but commun, qui est l’être humain, pour bâtir ensemble des sociétés où tout le monde respecte l’autre, est appréciable ».

Le respect du choix de l’autre sur le terrain est également la préoccupation de Moshé Sebbag, rabbin de la Grande Synagogue de Paris, qui revient sur l’acceptation d’Israël par ses pays voisins. « Je pense qu’il faut accepter que les juifs puissent avoir le droit d’avoir un État, un pays, et j’espère que les imams pourront comprendre que ce peuple ait une terre, un pays », affirme-t-il à L’OLJ. « C’est dommage que le judaïsme et l’islam ne sachent pas s’entendre parler, d’autant que le problème entre les deux n’est pas aussi grand que l’on imagine. La différence entre nous ne doit pas créer la haine. Nous descendons tous d’Adam et les trois religions monothéistes sont toutes issues d’Abraham », ajoute le rabbin Sebbag.

Pour le sikh Mohinder Singh Ahluwalia, directeur du centre Guru Nanak Nishkam Sewak Jatha au Royaume-Uni, « l’intérêt de cette conférence est la présence d’un grand nombre de personnalités qui veulent œuvrer pour la paix, pas seulement pour lancer des paroles en l’air ». Pour lui, « le marathon commence par un premier pas. Et ces rencontres sont un premier pas pour atteindre ce but commun. » Il convient également aux médias de propager ce genre d’initiatives et de l’encourager, ajoute le religieux sikh qui travaille sur une importante charte axée sur le pardon et la réconciliation, qui sera annoncée en août. Selon lui, « pour faire la paix, il faut réconcilier, et pour y arriver, il faut savoir pardonner ».



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Sarkis Serge Tateossian

Un pape d'ouverture, de sagesse et d'union universelle.
Arrivera-t-il à changer le cours de l'histoire ? Le temps le dira.

Amère Ri(s)que et péril.

Je t'aime, moi non plus .

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