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À La Une - Syrie

Quel avenir pour Idleb ?

"Le retrait militaire américain aura quasi-certainement un impact négatif sur la situation à Idleb", assure Haid Haid, chercheur au centre de réflexion britannique Chatham House, qui évoque plusieurs scénarios possibles. Si le régime réussit à reprendre des territoires kurdes, "Idleb deviendrait automatiquement sa prochaine cible", estime l'expert.

Des combattants du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham s'entraînent dans la province d'Idleb, dernier bastion insurgé dans le nord de la Syrie, le 14 août 2018. AFP/Archives

Depuis près de quatre mois, la province d'Idleb fait l'objet d'un cessez-le-feu précaire qui a permis à l'ultime grand bastion insurgé de Syrie d'éviter une offensive du régime de Bachar el-Assad. Ces derniers jours, les jihadistes ont toutefois lancé un assaut contre les factions rebelles avec lesquelles elles cohabitent, ayant fait plus de 130 morts, et pris le contrôle de plusieurs dizaines de positions.

L'accord négocié par la Russie, allié de Damas, et la Turquie, parrain des rebelles, risque-t-il ainsi d'être menacé par les gains territoriaux des jihadistes ou, par ailleurs, le retrait des troupes américaines annoncé par Washington?

Quelle application de l'accord?

Le 17 septembre 2018, Moscou et Ankara ont dévoilé un accord sur la création d'une "zone démilitarisée" dans la province d'Idleb (nord-ouest) et ses environs. Cette initiative prévoyait la mise en place d'une zone tampon pour séparer les secteurs contrôlés par les insurgés dans la province d'Idleb et dans celles voisines de Hama (centre) et d'Alep (nord), des régions gouvernementales.

Si globalement la perspective d'une offensive à grande échelle du régime a été éloignée, des heurts sporadiques opposent rebelles et jihadistes aux forces prorégime dans la province d'Idleb, contrôlée en majorité par l'organisation Hayat Tahrir al-Cham (HTS), dominée par l'ex-branche syrienne d'el-Qaëda, et des factions rebelles.

"L'accord russo-turc est assez réussi. Maintenant la situation est calme à Idleb, au moins comparé au spectacle d'horreur qui aurait pu avoir lieu" en cas d'offensive, explique Aron Lund, expert du think-tank The Century Foundation.

En vertu de l'accord, les rebelles ont dit avoir retiré leur artillerie lourde de la future "zone démilitarisée". Mais les jihadistes, surtout le groupe HTS ne se sont pas retirés de la zone tampon, comme stipulé par l'accord.

Par ailleurs, deux autoroutes qui devaient relier avant fin 2018 les territoires aux mains du régime à Alep (nord) à Hama (centre) et Lattaquié (nord-ouest), en passant par la province d'Idleb n'ont pas été rouvertes au trafic.

(Lire aussi : Hay’at Tahrir al-Cham gagne du terrain sur les rebelles)


Quelle stratégie pour les jihadistes?

HTS domine déjà 60% de la province d'Idleb. Les territoires restants sont contrôlés par une coalition de groupes rebelles soutenus par Ankara, le Front national de libération (FNL).

A la faveur de son assaut lancé la semaine dernière, HTS a pu s'emparer de l'intégralité des territoires rebelles dans l'ouest de la province d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Les combats ont tué 68 jihadistes, contre 61 combattants du FNL et huit civils durant les huit derniers jours, d'après l'ONG.

"La stratégie de HTS, c'est d'apparaître comme un fait accompli qu'on ne peut plus vraiment contester, c'est-à-dire la force dominante, voire la force hégémonique", résume Thomas Pierret, chargé de recherches CNRS-IREMAM à Aix-en-Provence. L'objectif est de montrer aux "acteurs internationaux plutôt hostiles au groupe" qu'on ne peut "rien faire pour déloger" HTS d'Idleb, ajoute-t-il.

Pour des experts, il incombait à la Turquie de mettre au pas HTS. "Il y avait cette stratégie d'étouffement graduel", poursuit M. Pierret. Donc pour HTS, le "meilleur moyen de couper l'herbe sous le pied" à la Turquie, et "empêcher cet étouffement à moyen terme, c'est d'éliminer les forces rivales".

(Lire aussi : Les opposants au régime Assad en plein désarroi)


Quel avenir pour Idleb?

Déclenché en 2011, le conflit en Syrie qui s'est complexifié avec l'implication de puissances régionales et étrangères, a fait plus de 360.000 morts et poussé à la fuite des millions de personnes.

En décembre, le président américain Donald Trump a créé la surprise en annonçant le retrait des soldats américains déployées en Syrie pour aider les forces kurdes dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Le département d'Etat a ensuite assuré qu'il n'y avait "pas de calendrier" pour ce retrait.

L'annonce du retrait a cependant poussé les Kurdes à amorcer un rapprochement avec le régime Assad, qui pourrait à terme récupérer tous les territoires contrôlés par la minorité, dans le nord et le nord-est syrien.

"Le retrait militaire américain aura quasi-certainement un impact négatif sur la situation à Idleb", assure Haid Haid, chercheur au centre de réflexion britannique Chatham House, qui évoque plusieurs scénarios possibles. Si le régime réussit à reprendre des territoires kurdes, "Idleb deviendrait automatiquement sa prochaine cible", estime l'expert. La Turquie pourrait aussi être tentée d'accepter "un compromis" avec la Russie sur Idleb, si Moscou autorisait Ankara à chasser les forces kurdes de sa frontière.


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Depuis près de quatre mois, la province d'Idleb fait l'objet d'un cessez-le-feu précaire qui a permis à l'ultime grand bastion insurgé de Syrie d'éviter une offensive du régime de Bachar el-Assad. Ces derniers jours, les jihadistes ont toutefois lancé un assaut contre les factions rebelles avec lesquelles elles cohabitent, ayant fait plus de 130 morts, et pris le contrôle de ...
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