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Liban

Bassil exprime ses réserves au lendemain de l’adoption d’un pacte mondial sur les réfugiés

Liban-Syrie

Le ministre sortant des Affaires étrangères a envoyé une missive aux responsables onusiens « sans consulter le gouvernement », déplore un proche du Premier ministre.


19/12/2018

Le ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, n’a pas attendu pour réagir à l’adoption, lundi, par l’Assemblée générale de l’ONU, d’un pacte mondial sur les réfugiés que le Liban a pourtant signé.

Dans une lettre envoyée aux hauts responsables de l’ONU et que le gouvernement sortant n’a vraisemblablement pas avalisé, M. Bassil a tenu à réitérer ses craintes, mais aussi ses réserves à l’égard de ce nouvel instrument international qui n’est pourtant pas contraignant pour les États.

Le texte du pacte, qui a été adopté à une très grande majorité mais sans les États-Unis et la Hongrie, vise à favoriser une réponse internationale adéquate aux mouvements massifs de réfugiés en mettant l’accent sur la notion de responsabilité partagée. Il prévoit en outre d’alléger les pressions exercées sur les pays d’accueil, d’accroître l’autonomie des réfugiés et d’aider à créer dans les pays d’origine les conditions nécessaires au retour des réfugiés dans la sécurité et la dignité.

Dans sa missive, M. Bassil a mis en garde contre une quelconque « atteinte à la souveraineté » du Liban qui, dit-il, « prime sur toute autre considération » et contre « l’instrumentalisation » de la Déclaration de New York adoptée à l’unanimité en 2016 par les 193 membres de l’ONU (un texte dont s’est inspiré le nouveau pacte), craignant son utilisation « comme outil » devant servir à une « implantation déguisée ». Il a réitéré à ce propos l’impossibilité, comprendre le refus, du Liban, d’assurer les opportunités de travail aux réfugiés résidant sur son territoire, arguant que cela préluderait à un séjour prolongé des réfugiés.

« Le Liban ne peut s’engager à assurer des opportunités de travail ou à allouer les ressources de l’État et du peuple aux réfugiés, étant donné la crise dont pâtit le marché du travail, les faibles ressources et la déficience des services du pays. De tels engagements impliqueraient un séjour permanent des réfugiés dans le pays d’accueil », précise le ministre dans sa lettre. M. Bassil a enfin insisté sur la nécessité de « ne pas politiser la crise des réfugiés en l’utilisant comme une carte politique face à une partie déterminée ou dans l’intérêt d’une partie au conflit ».

Sur ce point, M. Bassil rejoint la position exprimée, en marge du vote, par le régime syrien qui a souligné qu’il ne fallait pas politiser le débat, demandant au « Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés davantage d’efforts pour le retour des réfugiés syriens ». Une requête également formulée, dans sa lettre, par M. Bassil qui a demandé aux responsables onusiens de ne « pas lier la question du retour à toute autre considération que celle des circonstances propices ».

Par ces propos, M. Bassil réitère une fois de plus son refus de lier le retour des réfugiés à une solution politique en Syrie, contrairement à la position de la communauté internationale qui estime prématuré un retour des réfugiés avant une solution politique. Il y a quelques semaines, le président Michel Aoun s’était, une fois de plus, prononcé lui aussi pour dissocier le retour des réfugiés syriens d’une solution politique au conflit syrien. Sa déclaration survenait quelques jours après que le chef de la diplomatie du Vatican, le cardinal Paul Richard Gallagher, eut déclaré, devant la délégation libanaise qui accompagnait le patriarche maronite, le cardinal Raï, à Rome, que le président syrien Bachar el-Assad ne voulait pas le retour des réfugiés, appelant les Libanais à faire preuve de réalisme.


(Lire aussi : La Syrie plus sûre que les pays hôtes des réfugiés, affirme l'ambassadeur syrien au Liban)


Des relents de xénophobie
Une source suivant de près ce dossier précise à L’OLJ que les réserves exprimées par M. Bassil sont « surprenantes », voire même « dissonantes », par rapport à la teneur et l’esprit du Pacte mondial sur les réfugiés. « L’importance du texte qui vient d’être adopté à l’ONU est qu’il insiste sur la notion de partage des responsabilités entre les nations et stipule clairement la nécessité de soutenir les communautés d’accueil. C’est une initiative extrêmement positive », commente la source.

Des propos qui font écho à ceux, exprimés à l’issue du vote, par le directeur du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés qui a salué une décision « historique » pour l’ONU. « Aucun pays ne devrait être laissé seul pour faire face à un afflux massif de réfugiés », a souligné M. Filippo Grandi.

Selon un expert qui a requis l’anonymat, la lettre de M. Gebran exprime les constantes formulées par le Liban pour ce qui est notamment de son refus de l’implantation, une crainte qui est toutefois « injustifiée » dans ce contexte, dans la mesure où il n’a jamais été question d’implanter les réfugiés syriens, un point que les responsables de l’ONU notamment se sont évertués à répéter en plusieurs occasions. L’expert déplore le ton « discriminatoire » et « xénophobe » employé par le ministre sortant des Affaires étrangères pour ce qui est notamment de la création d’opportunités de travail pour les réfugiés que M. Bassil écarte d’emblée. « C’est une position d’autant plus radicale qu’elle va à l’encontre du droit international humanitaire. Elle est également irréaliste et injustifiée, sachant qu’une grande majorité de réfugiés occupent au Liban des emplois dans des secteurs spécifiques qui sont boudés par les Libanais », dit-il. Estimant que M. Bassil a agi en « solo » en envoyant cette lettre aux responsables onusiens, « sans avoir obtenu l’aval du gouvernement » chargé d’expédier les affaires courantes, un responsable proche du Premier ministre désigné, Saad Hariri, estime que ce dernier, « préoccupé par la mise sur pied du cabinet, ne se serait pas opposé de toute manière à M. Bassil parce qu’il ne veut pas le contrarier ». « Le problème est que les différentes parties au Liban improvisent et font de la surenchère en matière de réfugiés, l’exécutif n’ayant jamais défini à ce jour une politique claire sur ce dossier », conclut le responsable.


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Antoine Sabbagha

M. Bassil a raison . Le Liban ne pourra jamais supporter ce fardeau syrien. Il est grand que chaque syrien retourne à son village bon gré malgré .

gaby sioufi

pourquoi le Liban a t il signe lorsque son ministre des AE reagit negativement contre, aussitot apres ?
BRAVO d'ailleurs pour GB.

heureusement que ns n'avons pas de gouvernement car celui-ci aurait suivi l'exemple de celui Belge.

HAHAHAHAHA ! la belle blague.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DU PIPEAU CE PACTE. MAIS DU PIPEAU AUSSI LA REACTION UNILATERALE DU GENDRE !

NAUFAL SORAYA

Mais qui a donc signé ce pacte au nom du Liban??????

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