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La Dernière

Si l’histoire vous était contée par les timbres !

Philatélie

Depuis les premiers timbres français surchargés « Grand Liban » jusqu’à la création des vignettes portant l’inscription « République libanaise », les petites images relatent les faits marquants qui ont jalonné un siècle de notre histoire.

May MAKAREM | OLJ
18/12/2018

Amateur éclairé et passionné de philatélie, Abdo Ayoub signe, en collaboration avec Tania Arwachan, 100 années de timbres, une collection d’histoires du Liban, publié par les éditions Rawiya. L’ouvrage, dont l’introduction est de Bernardo Longo, spécialiste de l’histoire postale du Liban et de la Syrie, renferme une remarquable sélection de vignettes, associées à des épisodes historiques, révélant comment des événements, des personnages, des sites archéologiques et paysagers ont été choisis pour illustrer les timbres. Ces petites images anodines ne doivent rien au hasard. Elles expriment les valeurs que les pouvoirs veulent promouvoir et sont donc un vecteur des politiques de la mémoire. Ainsi, le choix des paysages du Mont-Liban, des villes côtières et de la plaine de la Békaa qui figurent sur une série imprimée en 1928, avec la surcharge bilingue « الجمهورية اللبنانية-République libanaise », vise, écrit l’auteur, à « réaffirmer les contours du territoire libanais défini à la création du Grand Liban, auquel ont été rattachées les villes de Saïda, Tyr et Tripoli ainsi que la plaine de la Békaa ».


(Lire aussi : Un cèdre de Nabil Nahas sur un timbre, à l’occasion du 75e anniversaire de l’indépendance)


Bir Hakeim et Nahr el-Bared

Après le départ des Ottomans, qui avaient imposé « l’utilisation exclusive des timbres turcs » de 1914 à 1918, les timbres utilisés au Liban sont des timbres français, à l’effigie de Louis Pasteur ou de La Semeuse d’Oscar Roty, pour ne donner que ces deux exemples. Ils portaient les mentions « T.E.O. » (territoires ennemis occupés), « O.M.F. Syrie » (occupation militaire française), « Syrie-Grand Liban ». L’inscription « Grand Liban » n’apparaît qu’en 1924. Puis, suite à l’article 16 du mandat de la Société des Nations (ancêtre de l’ONU), les timbres seront imprimés avec la surcharge bilingue : « Grand Liban-لبنان الكبير ». Le cèdre figure pour la première fois sur un timbre. Il sera reproduit quasiment en continu tout au long des décennies.

Ces bouts de papier illustrent également des bouleversements sociaux. Ainsi, le timbre « Secours aux réfugiés », émis en 1926, rappelle l’afflux de près de 200 000 Arméniens en Syrie et au Liban, et de 40 000 réfugiés du Djebel druze après la révolte contre le pouvoir mandataire français. De même, deux séries de timbres-poste avec la mention « ذكرى النصر » en arabe, accompagnée de la lettre latine « V », célèbrent la résistance des soldats libanais à la bataille de Bir Hakeim (Libye, 26 mai au 11 juin 1942), où ils ont combattu aux côtés de l’armée de la France libre, « une bataille que le général de Gaulle appela plus tard une des plus belles pages de gloire de la France ». Soixante-six ans plus tard, une série de quatre timbres sera émise pour la commémoration de la bataille de Nahr el-Bared.


(Pour mémoire : Lancement d’un timbre à l’effigie de Mgr Nasrallah Sfeir)


La culture timbrée

Un concours de peinture est lancé en 1936 pour la création d’une série de timbres sur le thème du tourisme. Les œuvres retenues sont Le ski au Liban de Philippe Mourani, et La baie de Djounié de Moustapha Farroukh. Les deux artistes ont reçu en récompense 20 livres libanaises chacun.

Des timbres sont également conçus pour immortaliser les conférences internationales ou régionales tenues à Beyrouth. Pour ne citer que le IXe sommet de la Francophonie ; le Congrès arabe du pétrole en 1960 ; la troisième conférence générale de l’Unesco en 1948, au cours de laquelle sera adoptée la Déclaration universelle des droits de l’homme ; le Ier congrès séricicole international en 1930 ; ou encore le IVe congrès médical arabe de juillet 1944, où, « fait notable pour l’époque, on comptait une trentaine de femmes médecins, sages-femmes et représentantes de firmes pharmaceutiques », rapporte Abdo Ayoub. Le sommet arabe du 13 novembre 1957 qui a rassemblé les rois et chefs d’État, à l’initiative du président Camille Chamoun, pour évoquer l’agression contre l’Égypte et appeler au retrait des forces occupantes. Entre-temps, à partir de 1943, la tradition d’honorer les chefs d’État libanais en fonction sera quasi systématique. La première personnalité libanaise à figurer sur un timbre est le président Émile Eddé. Mais c’est le président Fouad Chéhab qui détient le record d’émissions de timbre.

La même année, la culture et le sport sont à l’affiche avec une émission de vignettes dédiées au Festival de Baalbeck, à l’inauguration de la Cité sportive Camille Chamoun et aux Jeux panarabes de Beyrouth. Le reste des festivals ainsi que le sportif Maxime Chaya et Beyrouth capitale mondiale du livre seront timbrés entre 2004 et 2009.

En 2011, LibanPost rend hommage aux divas Fayrouz et Sabah, au crooner Wadih el-Safi et aux acteurs Nabih Abou el-Hosn, Hassan Alaëddine (alias Chouchou), Caracalla, ainsi qu’aux frères Basbous. L’émission 2014 est réservée à de grandes dames : Laure Moghaïzel, Mounira Solh, Alexandra Issa el-Khoury et Anissa Najjar. Elles seront rejointes en 2018 par l’écrivaine Emily Nasrallah.


Dernières séries en piastres libanaises

Un timbre commémoratif est consacré à l’homme de presse et diplomate Ghassan Tuéni en 2012, au caricaturiste Pierre Sadek en 2015 et au président du syndicat de la presse Mohammad Baalbaki en 2017.

Après l’indépendance, les autorités libanaises commencent à assumer l’administration des troupes locales. Sur fond d’un dessin du palais de Beiteddine, des timbres fiscaux sont surchargés d’une valeur de 5 piastres allouées aux dépenses militaires. Un texte en arabe indique « طابع الجيش » (timbre de l’armée). De même, suite au séisme du 16 mars 1956, un timbre d’une valeur faciale de 2,50 piastres est émis au profit de la reconstruction. Ils sont dessinés par Philippe Mourani, le peintre français Joseph de la Nezière et l’illustrateur libano-russe Paul Koroleff, auteur des dessins d’une grande partie des timbres libanais, des billets de papier-monnaie et de loterie. Par la suite, ces trois artistes seront relayés par Samir Ghantous. Au fil des années, des vignettes sont imprimées à diverses occasions : le 25e anniversaire de la Croix-Rouge libanaise ; l’élection de Georgina Rizk au titre de Miss Univers ; le centième anniversaire de l’association islamique de bienfaisance Makassed ; la Journée mondiale de l’alimentation, le centenaire de la naissance de Gibran, mais la liste est longue. Ce sera toutefois les dernières séries de timbres en piastres libanaises. Suite à la dévaluation de la monnaie, commencent en 1988 les séries de timbres en livres libanaises : en 1990, la visite du pape Jean-Paul II ; en 1993, des figurines sur le thème de l’écologie et de l’environnement sont produites ; elles sont accompagnées d’un fascicule explicatif dans lequel est souligné « le désastre écologique et humain qui sévit au Liban (…) et qui menace la vie et l’avenir du pays ». Des mots tombés dans les oreilles de sourds !

L’ouvrage a encore tant d’histoires à raconter avec la création en 1998 de LibanPost, mais il faudrait toutes les pages du journal pour en rendre compte. À vous donc, lecteurs, de découvrir la suite ! 100 années de timbres, une collection d’histoires du Liban est incontestablement de la belle ouvrage qui s’adresse aussi bien aux collectionneurs qu’aux curieux qui deviendront peut-être des collectionneurs !

* Signature de l’ouvrage, le jeudi 20 décembre de 17h30 à 21h à l’hôtel Le Gabriel.


Pour mémoire

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La Parole

J'espère que la récente tendance d'émettre des timbres à l'effigie de personnalités économiques libanaises, encore vivantes, s'arrêtera au plus vite. Car le risque est grand de dévaloriser le travail accompli depuis un siècle.

Marionet

Chouette idée et le papier en rend joliment compte. En quelques lignes, c toute l'histoire politique, économique et sociale du Liban qu'ont voit défiler sous nos yeux.

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