Le ministre Melhem Riachi en compagnie de la présidente de l’AUST. Photo Hassan Assal
À l’initiative de l’American University of Science and Technology (AUST), située à Achrafieh, une importante table ronde sur la crise de la presse écrite et les liens entre la version papier et le site web d’une même publication s’est tenue hier en présence, et avec la participation personnelle, du ministre de l’Information, Melhem Riachi, de la directrice de l’Agence nationale d’information, Laure Sleiman Saab, du doyen de la faculté d’information de l’Université libanaise, Georges Sadaka, de la présidente de l’AUST, Hyam Sakr, de la directrice du département d’information et des relations publiques de l’AUST, Magida Dagher, et des directeurs et rédacteurs en chef des onze principaux quotidiens et sites électroniques du pays (an-Nahar, L’Orient-Le Jour, as-Safir, al-Moustakbal, al-Joumhouriya, al-Liwaa, al-Arabi el-Jadid, al-Moudone, al-Anbaa, l’Agence nationale d’information, et el-Sawt).
Cette rencontre est sans doute la première du genre ayant rassemblé autour d’une même table un éventail aussi large et aussi pluriel de hauts responsables du monde de la presse et des médias, en présence du ministre de l’Information, du doyen de la faculté d’information de l’UL et des dirigeants de l’AUST. Elle aura permis ainsi d’engager un débat sur les difficultés auxquelles sont confrontés les médias en exposant les suggestions que chaque intervenant a faites pour surmonter la crise de la presse écrite.
La discussion sur ce plan a été lancée par la présidente de l’AUST, Hyam Sakr, qui a évoqué les dangers qui planent sur la presse écrite, invitant à cet égard les directeurs et rédacteurs en chef présents à définir les grandes lignes de certaines solutions possibles à la crise. La responsable des relations publiques de l’AUST, Magida Dagher, a souligné pour sa part que les difficultés rencontrées aujourd’hui par la presse écrite constituent « un danger pour la démocratie », précisant que cette crise se manifeste aussi bien sur le plan local qu’international.
Prenant à son tour la parole, le ministre Melhem Riachi a commencé par relever que d’une manière générale l’État et les dirigeants au pouvoir ne voient pas d’un bon œil l’existence d’une presse libre, préférant que les journalistes se contentent de refléter les informations se rapportant aux activités du pouvoir en place. M. Riachi a évoqué dans ce cadre le vaste chantier de réformes qu’il a lancé pour faire approuver une série de projets visant, d’une part, à opérer un changement profond au niveau du ministère de l’Information, et d’autre part, à soutenir la presse écrite par le biais de plusieurs facilités concrètes que l’État pourrait accorder aux journaux. Le ministre a toutefois déploré le fait que l’ensemble de ces projets n’ont pas été inscrits à l’ordre du jour du Conseil des ministres, d’où le fait qu’il a pris l’initiative de demander au bloc parlementaire des Forces libanaises ainsi qu’à des députés d’autres partis de transformer ces projets en propositions de loi transmises à la Chambre. Abordant ensuite la crise de la presse, le ministre Riachi a contesté la théorie selon laquelle le support papier des journaux est condamné à disparaître.
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La complémentarité papier-web
La rédactrice en chef du quotidien an-Nahar, notre consœur Nayla Tuéni, a abondé dans le même sens, soulignant que le site web du quotidien rapporte les informations tout au long de la journée en fonction du développement de l’actualité alors que la version papier est plutôt consacrée à une analyse en profondeur des événements de la veille. Exposant le modèle économique adopté par le Nahar pour promouvoir son site web, Mme Tuéni a souligné qu’il avait permis d’accroître sensiblement les abonnements, au-delà des espérances de la direction du journal. Mme Tuéni a d’autre part mis l’accent sur l’importance du département de marketing mis en place par le quotidien afin de satisfaire aux impératifs du marché médiatique moderne.
De son côté, le rédacteur en chef de L’Orient-Le Jour, Michel Touma, a souligné que l’avenir est à « la complémentarité entre le support papier et le site électronique, chacun de ces deux supports ayant sa propre approche et son propre rythme de travail, de sorte qu’une complémentarité devrait pouvoir être mise en place entre les deux supports ». M. Touma a par ailleurs indiqué que l’expérience de certains journaux et hebdomadaires occidentaux, dont le Newsweek, a montré que la disparition sur le marché de la « marque », ou « brand », représentée par la version papier d’un journal ou d’une revue se répercute négativement sur la fréquentation du site web correspondant. En réponse à une question sur la situation financière de L’OLJ, M. Touma a relevé que le quotidien parvient à faire face à la crise grâce, avant tout, à une stratégie forte reposant d'abord sur les abonnements. Il a également indiqué que le quotidien bénéfie du soutien constant des trois principaux groupes actionnaires du journal (l’ancien ministre Michel Eddé, le groupe Antoine Choueiri et le groupe Michel Pharaon) « qui assurent l’équilibre financier du quotidien car ils ont la conviction que L’OLJ est plus qu’une simple entreprise de presse, mais plutôt une institution nationale qui défend depuis 95 ans des valeurs, des principes et une certaine vision du Liban ».
Le doyen de la faculté d’Information de l’UL, Georges Sadaka, a souligné pour sa part que « la sauvegarde du support papier représente une cause nationale car sans la version papier il n’y a pas de démocratie », affirmant dans ce cadre que « la presse écrite est le support de référence des autres supports ». Relevant que le financement politique, notamment de la part de certains pays arabes, qui assurait la survie de plusieurs quotidiens arabophones n’existe plus, M. Sadaka a souligné la nécessité de réfléchir à d’autres moyens de financement pour la presse écrite.
Le directeur de la rédaction du site al-Moudone, Youssef Bazzi, a exposé de son côté l’expérience de ce site, indiquant que le choix de la direction du Moudone est d’adopter la même approche et le même contenu de qualité qu’un journal traditionnel « mais sur internet ». Affirmant qu’il n’y a pas de contradiction entre un site et la presse écrite, M. Bazzi a précisé que l’option d’al-Moudone est de « respecter les normes d’une presse écrite, mais sur internet », ajoutant dans ce cadre qu’un média qui n’a pas d’engagement n’a pas de raison d’être.
Enfin, le directeur du site al-Anbaa (PSP), Ramy Rayess, a déclaré que « la révolution numérique a ouvert de nouveaux horizons ». « L’information numérique, a-t-il souligné, représente l’avenir et de ce fait nous devons suivre le progrès, d’autant que les critères qui contribuent à façonner l’opinion publique au Liban ont changé. » M. Rayess a par ailleurs mis l’accent sur le fait que tout soutien de l’État à la presse écrite devrait être accordé loin de toute tentative de juguler ou restreindre la liberté d’expression.
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