Nos Lecteurs ont la Parole

Bouche bée

par David CHAMMAS
OLJ
05/12/2018

Malgré les 9 030 kilomètres qui me séparent désormais de mon Liban, je tente, tant bien que mal, de rester à jour des nombreuses tribulations qui animent le « bled ».

Inutile de constater que la formation du gouvernement demeure de l’ordre du fantastique. Inutile aussi de constater que les infrastructures les plus élémentaires, telles que l’eau et l’électricité, demeurent inaccessibles. L’état des routes et les embouteillages n’invitent pas à plus de commentaires. Rien ne sert de s’attarder sur tous ces points qui n’étonnent plus personne à ce stade. La littérature en la matière est foisonnante et plus qu’exhaustive.

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur trois évènements particuliers qui m’ont profondément tourmenté ces dernières semaines et qui m’ont, malheureusement, rappelé la réalité des choses au Liban.

Acte I. Je tombe sur Facebook sur la vidéo de l’ONG « Abaad » et sur cette femme prétendant être victime de viol afin d’évaluer la réaction des gens. Visiblement, selon les « gens » justement, elle l’aurait cherché. Apparemment, toujours selon ces « gens », c’est ce à quoi elle devait s’attendre en portant une tenue pareille. Elle devrait, dès lors, se calmer pour ne pas alerter les membres de sa famille parce que, vous savez… « 3eyb ».

J’en reste bouche bée.

Acte II. En lisant L’Orient-Le Jour, je tombe sur cette étude démontrant que 72 % des Libanais perçoivent l’homosexualité comme une maladie. Mieux encore, 79 % d’entre eux pensent que les homosexuels doivent suivre un traitement psychologique ou hormonal.

J’en reste bouche bée.

Acte III. Sur Facebook encore, histoire de ne rien changer, je tombe sur cette vidéo d’étudiants de la LAU répondant à des questions sur la virginité. Pour certains, les femmes seraient l’équivalent de canettes de « Pepsi » que l’on ouvre et dont on en veut plus une fois ouvertes. D’autres déclarent ne pas vouloir de « produits de seconde main ». Cela va de soi. Mais le plus étonnant, c’est la réaction des étudiantes qui semblent approuver ce genre de propos.

J’en reste bouche bée.

Acte IV. Le temps d’une mise au point s’impose. Je pense que vous l’aurez compris, je suis bouche bée. Les mots me manquent pour exprimer mon état d’esprit. Je suis pris d’une colère incommensurable et d’un mélange d’indignation et de résignation. Puis vient la phase du questionnement. Comment est-ce possible que je partage le même pays avec ce genre de personnes ? Quel est le lien qui nous unit et qui nous rend citoyens d’une même nation ? Sauf que toutes ces questions se dissipent lorsque je me rappelle qu’en réalité, la minorité, c’est moi, et la majorité, c’est eux. C’est bien là que le bât blesse.

Et maintenant, on fait quoi ? Quelle est la solution ? Comment remédier à cette ignorance qui ronge la société libanaise ? L’éducation, me direz-vous. Mais ces personnes sont censées être éduquées et fréquentent même l’une des universités les plus prestigieuses du pays. Se battre peut-être ? Je me suis battu lorsque je vivais encore au Liban. J’avais huit ans lorsque ma mère m’a traîné à la place des Martyrs, en 2005, avant qu’ils ne nous confisquent notre mouvement. J’avais 18 ans lorsque j’ai crié « Vous puez » à cette classe politique. Aujourd’hui encore, mes amis et la société civile se battent farouchement pour une certaine idée du Liban. Mais parfois, je me demande : à quoi bon ? Partage-t-on le même idéal ?

Et puis survient mon ultime question, quel espoir y a-t-il encore pour ce pays ? « Fi amal ? »

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Le pont

Acte II: Ce n'est pas mal que 72% la perçoivent comme une maladie. Il y a 25 ans ils étaient probablement 90% à la percevoir ainsi. Bcp trichent en répondant sur un sujet délicat, il ne faut pas en tenir rigueur. Les sondages minimisent par exemple le poids de l'extrême droite en France, car les sondés ne disent pas ce qu'ils pensent vraiment, ils ont honte.

L’homosexualité a toujours existé et personne ne l'avait réprimé a Liban jusqu'ici, sauf si elle devient visible dans la rue. Notre société orientale ne veut d'une scène ouverte sur ce sujet. C'est tabou, et à mon avis, c'est très bien ainsi. Votre rapport avec votre Patrie n'est pas l'oeuvre des humains mais l'oeuvre du Seigneur. Restez libanais d'abord. Mes amis me disent que c'est un métier d'être libanais...haha

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