Et si on créait un mur végétal, un vrai, grâce à des sacs en plastique ?

À l’entrée de Mayrig, ce mur vert, où poussent des fraises, du persil et du thym...

Mayrig, restaurant arménien, a choisi de réduire ses déchets. Malgré le coût.*

05/12/2018

Il est presque l’heure de la pause déjeuner. Le calme qui règne à la rue Pasteur, Gemmayzé, n’est qu’apparent : dans tous les restaurants qui longent cette artère dynamique de Beyrouth, c’est l’agitation en cuisine avant que les premiers clients n’arrivent.

À l’abri du trafic, une terrasse arborée attire l’œil. Si Mayrig est un restaurant arménien réputé, il est aussi un précurseur dans la gestion durable des déchets.

Au fond du restaurant, se dresse un étonnant « mur vert ». C’est la fierté du personnel depuis deux ans: ce mur vert, où poussent des fraises, du persil et du thym, a été réalisé par le broyage et la combustion d’environ 70 000 sacs en plastique. Les cultures poussent grâce à un terreau fait de déchets organiques. « Les meilleurs engrais », assure Aline Kamakian, la dirigeante de Mayrig. Avant le début du service, Souheil Rana, charlotte sur la tête, se saisit des déchets plastiques du restaurant et parcourt la centaine de mètres qui le séparent d’imposantes bennes, posées en pleine rue. Verres, plastiques, carton… chaque déchet est à sa place.

« Le tri est très facile. Il suffit juste d’informer où mettre les déchets. Ici, on se sent tous concernés. » Aline est persuadée que les habitants du quartier ont, eux aussi, suivi ces bonnes habitudes et se sont mis à trier leurs déchets. De fait, cette initiative intrigue les passants : deux hommes s’approchent de ces drôles de cabanes, peu habituelles dans le paysage urbain libanais. Ils tendent le cou pour voir ce qu’elles contiennent et passent leur chemin, mains dans les poches. Depuis trois ans, deux fois par mois, une équipe de l’ONG Cedars Environmental, dirigée par Ziad Abichaker, un ingénieur pluridisciplinaire spécialisé dans l’installation de conteneurs de recyclage, décharge les onze bennes installées à Beyrouth pour les déchets recyclables ainsi que deux autres en dehors de la ville.

Les composants en plastique ainsi obtenus sont broyés puis fondus avant d’être montés sur des châssis et transformés en panneaux. Un panneau est obtenu par le broyage d’environ 3 660 sacs en plastique. Assemblés, ces panneaux servent à former des murs végétaux, mais aussi des bennes de ramassage de déchets, des jardins écologiques sur les toits de Beyrouth et, bientôt, des habitations pour les camps

de réfugiés.

Un fardeau économique

Ce projet a donc une utilité écologique et sociale, mais il a un coût, que reconnaît Ziad Abichaker : « S’il n’y a pas assez de restaurants qui veulent se diviser la charge des bennes et du transport, cela va coûter cher. Plus il y a de restaurants qui participent, plus le coût va devenir bon marché. » D’autres cafés se sont associés à son entreprise comme Kalei, Illy ou Grid Coffee, mais seulement pour recycler les capsules de café.

Aline Kamakian a du mal à convaincre d’autres restaurateurs de se lancer dans le recyclage de leurs déchets. « Il y a déjà beaucoup trop de difficultés pour survivre dans ce business. Quelqu’un qui n’est pas vraiment intéressé par la restauration et qui doit de surcroît payer plus ses charges ne va avoir aucune envie de trier », commente-t-elle.

En effet, pour le tri dans les restaurants, il faut d’abord trouver un emplacement pour les bennes et les déchets organiques. Louer une voiture est aussi indispensable pour se rendre au lieu de compostage, situé à Beit-Méry. Ce qui revient, selon Aline, à allouer la somme de 1 500 à 2 000 dollars par mois rien que pour la gestion des déchets du restaurant. « Un fardeau », lance-t-elle.

Mais la chef d’entreprise ne baisse pas les bras pour autant : son nouveau cheval de bataille, ce sont les doggy bags, ces boîtes en plastique qui vous servent à emporter les restes de votre repas. Un doggy bag en matière recyclable – à base de légumes ou de maïs – coûte 0,68 centime de dollars, contre 0,23 centime pour une boîte en plastique ou en aluminium. Chez Mayrig, ce ne sont pas moins de 1 500 doggy bags qui sont distribués par an. Aline n’en finit plus d’énumérer toutes les dépenses qui viennent grever son budget sans autre objectif que d’être fidèle à ses valeurs écologiques. Elle tape du poing sur la table : « Ça doit être encouragé par le gouvernement et ne pas être taxable! (…) Le recyclage ne doit pas être un produit de luxe, mais un produit basique. » La restauratrice ne perd pas pour autant espoir d’étendre son mode de fonctionnement. Ce qu’elle demande est finalement simple. « Le triage est facile. Ce dont on a besoin c’est d’un système de tri », conclut-elle en souriant.

*Article paru dans l’édition du 11 novembre 2018.

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