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Liban

« Une tentative de déstabilisation » étouffée dans l’œuf dans le Chouf

Sécurité

Une coordination entre l’armée et le PSP empêche une parade des partisans de l’ancien ministre Wi’am Wahhab de dégénérer en incident armé.

M. H. G. | OLJ
01/12/2018

La Montagne druze a échappé durant les dernières vingt-quatre heures à ce qui aurait pu se transformer en altercation sérieuse entre les partisans du parti al-Tawhid de Wi’am Wahhab et ceux du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt. Les milieux joumblattistes évoquent une « tentative de déstabilisation » visant la communauté druze en pointant du doigt la responsabilité du Hezbollah, dont M. Wahhab est l’allié.

À bord d’un convoi de 25 voitures, les partisans de M. Wahhab, munis d’armes, ont paradé dans la nuit de jeudi soir sur les routes à travers les villages de Baakline, Békaata et Moukhtara, fief de M. Joumblatt, en klaxonnant pour marquer leur territoire.

Cette démonstration de force, qui plus est à Moukhtara où se trouve la demeure ancestrale des Joumblatt, a suscité l’ire de partisans du PSP, qui ont aussitôt intercepté et encerclé le convoi sur la route entre Maasser el-Chouf et Barouk, dans le no man’s land de Dalboun. Un dérapage a failli se produire entre les deux formations, mais l’armée, en coordination avec le PSP, est aussitôt intervenue pour mettre fin à l’incident et assurer l’évacuation par la Békaa – plus précisément par la route de Kefraya-Damour – des partisans de M. Wahhab vers Jahiliyé, village natal du chef du parti al-Tawhid. Des armes dissimulées par les hommes de M. Wahhab auraient été retrouvées dans la région de Dalboun.

Dans un communiqué publié hier matin, l’armée a annoncé qu’un « groupe de citoyens ont circulé hier soir dans un convoi de voitures en tirant en l’air dans les villages du Chouf, de Maasser el-Chouf, du Barouk et de Moukhtara ». « Sur-le-champ, une unité militaire a arrêté 57 personnes à bord de 25 véhicules et a saisi en leur possession des armes de guerre et des munitions. Les individus ont été déférés devant les autorités judiciaires et une enquête est en cours », a ajouté le communiqué.

Walid Joumblatt a remercié hier l’armée libanaise, affirmant que son fief de Moukhtara « est une ligne rouge ». « Les campagnes de diffamation et de falsification se sont transformées hier en vandalisme et violations sur les routes de la Montagne. Je remercie l’armée libanaise qui a rouvert ces routes et arrêté les émeutiers », a écrit le leader druze sur son compte Twitter. « Mais je préviens que Moukhtara est une ligne rouge, quels que soient les équilibres régionaux », a-t-il averti.

Wi’am Wahhab s’est interrogé, de son côté, sur la légalité de ces arrestations. « Existe-t-il un texte dans la loi libanaise qui prévoit l’arrestation de manifestants pacifiques, ou certaines personnes disposent-elles d’une loi privée qui leur est propre ? » a-t-il écrit à son tour sur Twitter.


(Lire aussi : Par-delà le « nœud sunnite », des calculs régionaux et internationaux empêchent le cabinet de voir le jour


Contexte politique tendu

L’incident du Chouf intervient au lendemain de violentes insultes proférées par M. Wahhab à l’encontre du Premier ministre désigné, Saad Hariri, dans le contexte du bras de fer qui oppose M. Hariri au Hezbollah autour de la formation du nouveau gouvernement. Le chef du parti al-Tawhid s’en était pris une première fois à M. Hariri dans un entretien télévisé lundi soir, provoquant la colère des partisans du courant du Futur, qui avaient bloqué des rues de la capitale en signe de protestation. Réagissant à cette mobilisation de la rue sunnite acquise à Saad Hariri, M. Wahhab s’en était pris de nouveau au Premier ministre désigné à travers une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle il s’en prenait avec virulence à la mémoire de son père, Rafic Hariri, Premier ministre assassiné le 14 février 2005 dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth.

Un groupe d’avocats avait d’ailleurs demandé jeudi au procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, d’engager des poursuites contre M. Wahhab pour « incitation à la division et atteinte à la paix civile ». Le juge Hammoud a donné gain de cause aux avocats et a demandé hier au service de renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI) « d’enquêter et de prendre les mesures nécessaires » dans le cadre de cette affaire. Plusieurs parties politiques ont par ailleurs exprimé leur soutien hier à M. Hariri, dont le président des Forces libanaises, Samir Geagea, le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, et l’ancien Premier ministre Fouad Siniora.

À la suite de ces incidents, Walid Joumblatt avait exprimé son soutien à Saad Hariri face à la campagne dont il fait l’objet de la part de M. Wahhab, ce qui pourrait expliquer en partie la parade musclée des partisans de ce dernier jeudi dans le Chouf.


(Lire aussi : Gouvernement : les attaques contre Hariri mobilisent sa base)



Une « cohabitation impossible »

Cependant, les milieux joumblattistes replacent l’incident du Chouf et l’action du chef du parti al-Tawhid dans un contexte plus large. Une source proche du PSP, contactée par L’Orient-Le Jour, rappelle que les diatribes de M. Wahhab à l’encontre de M. Hariri ont commencé le 12 novembre dernier, lorsqu’il a affirmé, à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire général adjoint du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, qu’il « s’est avéré que Hariri n’est pas apte à être président du Conseil ». Selon cette source, le chef du parti al-Tawhid opérerait donc « en vertu d’un mot d’ordre du Hezbollah », dans le cadre d’une « escalade politique ponctuée d’intimidations sur le terrain, voire d’une tentative de déstabilisation » sur fond de tension locale et régionale liée aux sanctions américaines contre l’Iran et les divers bras armés de Téhéran dans le monde arabe. Une tentative qui a été « étouffée dans l’œuf » dans le Chouf jeudi.

Un autre analyste politique proche des milieux joumblattistes estime que le parti chiite chercherait à étendre ses ramifications et à s’implanter à l’extérieur de sa propre communauté, dans l’optique de mettre en place un vaste front politique transcommunautaire face à la guerre menée par l’administration Trump contre lui. D’où son soutien assidu aux six députés de la Rencontre consultative sunnite qui revendiquent leur place au gouvernement face à Saad Hariri, et son appui à Wi’am Wahhab contre Walid Joumblatt au sein de la communauté druze. M. Joumblatt s’était d’ailleurs montré particulièrement critique de la politique menée par Téhéran et le Hezbollah, non seulement à travers des rafales de tweets ces dernières semaines, mais aussi dans un entretien accordé au quotidien al-Joumhouriya début novembre, dans lequel il faisait assumer au parti chiite la responsabilité du blocage du nouveau cabinet, pris en otage dans le cadre du conflit irano-américain. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait immédiatement riposté dans un discours, appelant le chef du PSP à « réparer son radar ». Pour une source responsable au sein du PSP, la parade des partisans de M. Wahhab dans le Chouf est une rétorque au fait que « Walid Joumblatt ait osé critiquer la politique du Hezbollah », et ressemble beaucoup aux messages « à la sauce des moukhabarat » susceptibles de semer la discorde infra et intercommunautaire que le régime syrien livrait à ceux qui s’opposaient à lui du temps de la tutelle. « C’est le prix de la cohabitation et du dialogue impossible avec le Hezbollah », conclut cette source.


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Irene Said

C'est malheureusement dans la tête de certains responsables ou "chefs" de ceci et cela et leurs partisans-suiveurs qu'il y a de gros noeuds.

Il existe des psychologues pour soigner ces maladies !
Irène Saïd

Sarkis Serge Tateossian

le député qui évoque des manifestants pacifiques en parlant d'un convoi de 25 voitures qui sillonaient des villages dont les occupants une cinquantaine d'individus armés de mitrailleuses, tiraient en l'air dans l'espoir d'intimider les paisibles habitants des villages ? Qu'elle provocation, et dans quel but ? Une diversion ?

Ce député se sent-il vraiment bien ?

Bustros Mitri

Mais qui est donc ce Wi’am Wahab surgi de nulle part?

C.K

Crane d'oeuf parle de "manifestants pacifiques" armés, à l'asile!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ABRUTISSEMENT A TENTE DE DESTABILISER LA MONTAGNE. BRAVO A L,ARMEE. MAIS IL FAUT QU,ILS INTERVIENNENT AILLEURS AUSSI DE LA MEME FACON !

AIGLEPERçANT

Ce qu'on a oublié de dire c'est que le pneu crevé d'une des voitures des manifestants , c'était à cause du hezb libanais de la résistance. Hahahahaha.. ....noeud druze noeud sunnite ... Pauvre hezb résistant libanais.

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