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Culture - Hommage

Jalal Khoury, un an déjà

Amis, parents, élèves et gens du métier se mobilisent avec énergie et dévouement ce soir au théâtre al-Madina à la mémoire de Jalal Khoury, figure emblématique du théâtre engagé, disparu il y a un an.

Jalal Khoury. Photo DR

Il fut l’un des grands initiateurs libanais de l’Art théâtral avec un A majuscule, et laisse derrière lui un véritable testament artistique et une douzaine de pièces qui comptent parmi les grandes références du théâtre libanais. Si Jalal Khoury fut l’auteur et le metteur en scène intransigeant, exigeant, autoritaire, si sa carrure imposante, sa voix grave, son arrogance aisée, et quelquefois sa brutalité verbale avec ses acteurs en a découragé et déstabilisé plus d’un, il n’en demeure pas moins que ce personnage force l’admiration de tous ceux qui l’ont connu de près ou de loin.

Ce mardi soir, au théâtre al-Madina, à partir de 19h, la grande famille du théâtre lui rend un hommage à l’occasion du premier anniversaire de sa disparition.

Une initiative mise en place d’abord par son ami de toute une vie, Gérard Khatcharian, qui fut aussi le producteur de toutes ses pièces, mais aussi par ses parents, ses amis et le milieu du spectacle. Lui qui disait que le théâtre, à ses débuts, ne réunissait que les voisins, cousins, amis et ennemis, les voilà tous rassemblés pour cet hommage qui lui sera rendu avec tact, respect et reconnaissance pour sa grande contribution dans le monde des arts du spectacle. Mais ce sera surtout une grande fête de l’amitié sans aucun brin de mélancolie ou de tristesse, affirment-ils. Un programme chargé d’émotions, de témoignages et d’allocutions dans tous les domaines artistiques. De courts extraits tirés de ses pièces seront lus par deux grands acteurs, Rifaat Tarabay et Mounir Maasri. Roger Assaf, metteur en scène, auteur et acteur, interviendra au nom des gens du théâtre, ainsi qu’Antoine Constantine, journaliste et grand ami du disparu. Chérif Khaznadar, poète romancier et metteur en scène, fondateur et directeur, puis président de la maison des cultures du monde, évoquera ce mouvement théâtral créé à eux deux, le CUED (Centre universitaire des études dramatiques), et se remémorera une des premières interventions de Jalal Khoury dans la pièce En attendant Godot. Samy Hawat, musicien confirmé et révélé par Ziad Rahbani, interprétera une chanson. Un reportage réalisé par Hady Zakkak, professeur à l’Iesav et ancien élève de Khoury, lui permettra d’offrir un hommage personnel.

Dans le foyer du théâtre al-Madina se tiendra par ailleurs une grande exposition de photos, illustrant les jalons de sa vie et de sa carrière, scénographiée par Emmanuel Guiragossian, le fils de Paul Guiragossian, qui fut aussi un de ses grands amis. Sans oublier l’intervention de Nidal el-Achkar, qui offre le lieu et son témoignage après tant d’années passées à travailler ensemble, et qui sera suivie d’un vin d’honneur.


(Lire aussi : Quand Jalal Khoury frappe les trois coups définitifs...)


Rire et dénoncer
« On disait de nous : “Quand on voit l’un, le second ne doit pas être bien loin” », se souvient Gérard Khatcharian, l’ami inséparable de Jalal Khoury.

Khoury, ce pionnier du théâtre libanais, a inscrit son art dans le courant des metteurs en scène qui dégagent la vérité dans leur travail, et gardera à jamais l’ultime posture d’un homme qui semble s’être construit lui-même. Avec beaucoup d’astuce, il a su admirablement faire passer, à travers des mises en scène judicieuses et un texte caustique et drôle, ce qui n’était parfois que des prises de position politiques pour dénoncer et éveiller.

Il fut donc ce génial précurseur qui avança en s’adaptant le mieux possible aux époques et au pays qu’il traversait en contournant les obstacles sociaux ou en les affrontant. Porte-parole des classes populaires, il était un homme de gauche engagé et progressiste convaincu, qui fut à l’origine du théâtre politique. Marqué par l’œuvre de Bertolt Brecht, il s’est appliqué à faire du théâtre, mais surtout à s’adresser à un spectateur en lui laissant le choix de s’engager. Le théâtre était donc pour Khoury, sans exclure le plaisir du spectateur, un outil d’analyse de la société.

Après avoir adapté plusieurs de ses pièces, il a trouvé enfin sa propre voix dans l’écriture. « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement », disait Blaise Pascal, et Jalal Khoury réalisait un théâtre utile à travers le divertissement. Jamais de discours théorique ou de grandes tirades philosophiques, mais une curiosité d’adolescent toujours tendue vers l’avenir. Une de ses amies les plus proches confie : « On a beaucoup ri dans cette vie avec lui et beaucoup appris. Les anecdotes aux prises de position sous-jacentes faisaient partie de la légende de ce personnage. »

Malgré ses réalisations ancrées dans ses convictions politiques, Jalal Khoury a prouvé que ce qui le préoccupait tout d’abord n’est autre que l’individu.

Individus, amis ou anciens détracteurs reconvertis seront nombreux ce soir pour honorer et surtout pour dire merci chacun à sa façon.



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Pensées reconnaissantes, intactes, pour Jalal.

Neuschwander Joël

15 h 22, le 27 novembre 2018

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Commentaires (1)

  • Pensées reconnaissantes, intactes, pour Jalal.

    Neuschwander Joël

    15 h 22, le 27 novembre 2018

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