L’édito de Ziyad MAKHOUL

Hassan Nasrallah : 2 – Michel Aoun : 0

L’édito
12/11/2018

Nous, Libanais, sommes de très sympathiques brigands, fondateurs mythiques de l’alphabet et du pourpre, de redoutables commerçants, que les dieux, épuisés par notre bêtise et notre capacité à détruire tout ce que nos ancêtres ont construit, ont décidé un beau jour de punir, de transformer en malheureux, en ridicules Sisyphe. En nous armant, plus ou moins généreusement, de résilience, puis de résignation, mais surtout, de patience. Et de cette patience, nous en aurons grandement besoin dans les jours et les mois à venir.

Dans ces mêmes colonnes, la semaine dernière, l’on se demandait qui, au Liban, pouvait faire contrepoids à Hassan Nasrallah et son affolant aventurisme politique et économique. La réponse, malgré le passif très lourd de l’ancien président-et-six-ministres, était sans ambages. Seul le chef de l’État, qui a récemment fêté les deux ans de son accession au trône délabré de Baabda sur un échec retentissant : l’absence de gouvernement, pourrait dire stop aux caprices criminels du Hezbollah et à son obéissance aveugle aux diktats de Téhéran.

Peine perdue. Michel Aoun, qui avait pourtant montré à l’occasion de cet anniversaire une belle pugnacité en prenant fait et cause pour un Saad Hariri fort, en refusant donc qu’un sunnite pro-8 Mars soit greffé sur la prochaine équipe exécutive, vient de se faire gifler, et de la belle manière, par Hassan Nasrallah. Son associé au sein de ce qui n’est finalement que l’une des plus belles supercheries politiques de ces vingt dernières années au Liban : l’accord de Mar Mikhaël. Cette gifle a été assénée non seulement à la personne de Michel Aoun, mais aussi et surtout au président de la République. Tout un symbole, dont les conséquences risquent d’être particulièrement graves à plus d’un niveau. Parce que l’humiliation par M. Nasrallah de M. Aoun, qualifié, avec le CPL, d’« allié stratégique », est sans nuances : « Nous refusons que qui que ce soit exprime son refus de voir » un ministre issu des sunnites pro-8 Mars entrer au gouvernement, a claironné le patron du Hezb, se posant par la même occasion en protecteur-sauveur de ces sunnites, gentiment relégués, ainsi, au rang de dhimmis. Tout un symbole, encore une fois…

Le président Aoun appréciera. Surtout qu’avant le discours de samedi de M. Nasrallah, il avait démenti à plusieurs reprises, sans que personne ne sache, naturellement, à quel point il en était convaincu, les accusations du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, sur la présence de missiles du Hezbollah aux alentours de l’aéroport international de Beyrouth. Et voilà ces Sisyphe que nous, pauvres Libanais, sommes, qui commencent à rêver de ce jour où l’homme qui a dit non à l’occupation syrienne du Liban, dans des conditions certes éminemment discutables, aura la lumineuse idée de convoquer une réunion du dialogue national axée principalement sur les armes illégales, miliciennes et mercenaires, du Hezbollah. Quelle que soit la réaction du Hezb.

Mais patience est effectivement mère de toutes les vertus. Ce n’est pas demain que M. Aoun lancera cet appel audacieux, courageux et indispensable à l’intérêt supérieur de la nation et du cha3b loubnan el-3azim : le président de la République a du ménage à faire. Outre l’arbitrage semble-t-il quasi quotidien désormais entre sa fille Mireille Hachem et son gendre Gebran Bassil, il devra gérer le nouvel oracle, proféré par ce dernier vendredi dans la soirée devant les pharmaciens du CPL. « Personne ne peut accaparer la représentation d’une communauté », avait dit le très éclairé ministre sortant des Affaires étrangères. On aura beau prétexter cent et une distributions de rôle éventuelles entre le beau-père et le gendre, le camouflet du second au premier est d’anthologie. Tout le monde est d’accord sur la nécessité, à un moment bien précis, de tuer, symboliquement, le (beau-)père, mais tout de même…

Et pendant que nous, Libanais, comptons les points entre MM. Aoun et Nasrallah, en nous demandant jusqu’où le secrétaire général du Hezb va aller dans son entreprise de sape systémique, et qui est le véritable locataire du palais de Baabda (Michel Aoun ? Gebran Bassil ? Mireille Aoun Hachem? Cette troïka 2.0 ?), et en continuant à pousser indéfiniment, vainement et (de moins en moins) patiemment notre rocher, vient se poser à nous cette équation flamboyante et irréversible, proposée pour la première fois, bien avant ce sacré Camus, par un philosophe japonais constamment à la recherche, lui aussi, du père, Shūzõ Kuki : il faut imaginer Sisyphe heureux.

À la bonne heure…

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Pierre Hadjigeorgiou

Comme toujours pile poils dans le mille... "Bull's eye!!!" comme que dirait Trump! Vous faites cependant erreur sur une chose seulement... Le score est bien plus que 2 - 0... Hassan Nasrallah est déjà a plus de 10 et Michel Aoun semble avoir même contracté des pénalités, il est a moins... Dieu seul sait combien. Le plus triste est que Melhem Riachi avait bien souligné a son homologue du CPL lors du dernier débat sur la MTV: "Ne nous laisser pas arriver a vous demandez, ou est ton frères Caïn!" Michel Aoun a conduit le pays vers l'abysse politique mais aussi économique qui conduisent inévitablement vers ... la guerre! Ni les Druzes n'accepteront le statut que le Hezbollah cherche a leur imposer, ni les Sunnites et surement pas les Chrétiens souverainistes. La réaction ne se fera pas attendre ... Elle sera grave!

Hitti arlette

Une diatribe bien réussie étayée d'un zéro tout rond ..

Saliba Nouhad

Excellent article, Mr Makhoul...
Bien qu’il paraisse biaisé, aux termes durs, mais vous restez égal à vous-même, depuis des années que nous lisons vos rubriques, dans vos critiques contre la mainmise du Hezbollah sur la décision nationale, aidés par cela par un accord contre nature avec le CPL et le Président!
Le problème, au Liban, c’est cette cassure idéologique entre les chrétiens bien-pensants qui s’imaginaient chacun vouloir sauver le pays à sa façon et les nationalistes purs et durs, dont vous faites partie,qui ne faisaient que tirer la sonnette d’alarme depuis des années sur les conséquences désastreuses de cet alignement forcé sur la ligne syro-iranienne et le fait que le Président et son parti se sont fait prendre au piège, alors qu’ils pensaient avoir une marge de manœuvre...et les faits récents prouvent à quel point vous aviez raison!
Il y’a certains irréductibles, inconditionnels qui s’imaginent, qu’une fois que vous avez atteint une position de responsabilité, vous devenez un intouchable, tels les fanatiques de Mr Trump et que tout ce que vous publiez n’est que du « fake news » et qui menaceraient de boycotter votre journal si vous ne changez pas de ton!
Je pense que l’OLJ a démontré, au fil des ans, que c’est une tribune neutre d’échange d'idées et de pensées de tous les bords dont le pays a besoin!
Continuez votre travail objectif et honnête, Mr Makhoul : en fait, il n’y a que la vérité qui blesse.

Wlek Sanferlou

« Personne ne peut accaparer la représentation d’une communauté » que c'est vrai et bravo Gebran de le dire avec courage à celui qui accapare la représentation de toutes les communautés du Liban par la force des armes prêtées par ses mollahs Iraniens. Il amène, par la force des armes et des prétendues victoires sur Israël, Aoun à la présidence et de là manipule la politique du pays et l'avenir de tout un chacun de cette patrie, nous menant vers des rivages de son choix.

Pour une fois, et j'espère avoir bien compris ta déclaration, grand merci!

Tannous Joseph

Cher Editeur, très cher OLJ
Avec tout le respect que je dois à la famille OLJ, excusez-moi de m’exprimer librement mais brièvement pour la première fois depuis ma première lecture des années 70
Non seulement je considère que le titre de votre article est en violation ± direct contre la charte de modération que « Editeur » et « Lecteur » doivent respecter – le moins que je peux dire c’est que je le considère provocateur / inapproprié- permettez-moi de juger qu’un tel titre n’est pas du tout à l’image et au niveau correcte du quotidien
Accepter, avec conviction de m’adapter et soutenir les décisions de survie de OLJ, moi n’étant qu’un citoyen simple libanais parmi les autres mais attachés à notre culture et croyance qui font la différence avec toutes les composantes nationales et régionales, c’est demander aussi un grand effort de votre part pour un esprit plus large, réflexion plus évolutive et une colonne plus riche en « Informations » intéressante
Score 1 – 0, puis 2 – 0…. que signifient ces titres? C’est quoi ?
En fin de compte, qu’on doit accepter, c’est notre Chef de La République que la constitution l’a placé au plus haut de la hiérarchie du pouvoir, n’as pas besoin ni d’adversaire et ni d’arbitre pour marquer les points. Les grands sont sur le devant des scènes parce que les autres ne peuvent jamais y arriver. On doit en être fier
Au nom de toute votre équipe, invitez nous à continuer à acheter et à lire quelques-unes des 12 pages de L'Orient-Le Jour

ACE-AN-NAS

Il n'y a que Ziad qui voit un match qui n'a pas lieu du reste .

Il parle au nom des libanais en nous disons, nous , libanais assitons à ..Je ne sais quel match......

Dites donc Ziad n'avez vous pas l'impression que vous utilisez les méthodes de la résistance du hezb que vous condamnez ?

Calmez un peu votre joie ! Elles est tellement visible qu'on y décèle une hystérie osée.

Les sunnites dissidents ont droit à un ministère, comme le PHARE AOUN COMMANDANTE KHENERAL avait eu droit à la présidence, que vous condamnez par le passé.

Une feuille de cigarette ne saurait passer entre le PHARE AOUN et la résistance libanaise du hezb , donc à plus forte raison vous......

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,HYSTERIE DES UNS N,A PLUS D,EXEMPLE AU MONDE AUCUN !

Cadige William

Un bien triste constat qui devrait egratigner bien de consciences.

Zovighian Michel

Qu’attend le Président de la République pour réagir aux propos de Nasrallah?

Bassil se voyait déjà il y a deux semaines entrain de tirer les ficelles du pouvoir et tout d’un coup, le CPL semble être dépassé par cet événement et ne sait plus quoi faire. Il délègue Alain Aoun le Dimanche matin pour analyser et marginaliser le discours de Nasrallah en le plaçant, avec nonchalance, dans le contexte du-discours-politique-de-tous-les-jours.

Jusqu’à quand le CPL va continuer à adopter la politique de l’autruche qu’il a suivi depuis l’accord de Mar Michael?

A Hariri je dirais: restez à l’écart car le problème est entre le CPL et le Hezbollah sur la minorité de bloquage.

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