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À l’Institut français, les mastérants en arts plastiques de l’UL interrogent et interpellent

BEAUX-ARTS

Les projets de fin d’études de douze étudiants, exposés, reflètent leurs soucis et revendications.

27/10/2018

À l’Institut français de Beyrouth, rue de Damas, à côté du café des lettres, une installation métallique massive, évoquant un engin venu d’ailleurs, interpelle le passant. Kuberneto est une sculpture cybernétique, dotée d’un mécanisme sonore et lumineux, signée Zena Ghossoub, étudiante à la faculté des beaux-arts et d’architecture de l’Université libanaise, section 2.

Cette installation fait partie de l’exposition collective des masters 2 du département des arts plastiques de cette faculté, organisée en octobre. « Exposer les étudiants au grand public et faire face à ses critiques », telles sont les motivations du département des arts plastiques, souligne sa responsable, Elsa Ghossoub.

Kuberneto nous guide vers la salle d’exposition de l’espace des lettres. Y sont disposées des œuvres peu ordinaires qui se distinguent de par leur diversité. Installations, peintures et sculptures expriment des thématiques tout aussi variées que les personnalités et les vécus de chacun de leurs auteurs. Ces projets de fin d’études des douze étudiants reflètent en quelque sorte leurs soucis, leurs revendications et leurs questionnements, et constituent, en quelque sorte, le miroir de notre société.

Ainsi, face à l’entrée de la salle d’exposition, des objets transpercés de clous, de vis et d’épingles rouillés sont disposés à ras du sol. Méconnaissables à première vue, il s’agit à la base d’éléments de cuisine – rouleau à pâtisserie, brosse, gant, éponge, etc. « Ce sont les symboles de la domination masculine et de l’inégalité enracinée dans nos mentalités », note leur auteure, Christine Safatly. Cette diplômée, qui se veut la porte-parole des femmes orientales, estime que « la couche de rouille représente le poids de la société sur toutes les femmes ». À travers son message – féministe par excellence –, elle appelle à « trouver l’égalité entre l’homme et la femme, et rejeter l’idée d’une distinction systématique fondée sur le genre ».

Lui faisant écho, Mona Sayegh exprime son besoin de liberté à travers son installation La liberté de l’oiseau kiwi, un oiseau incapable de voler. « Ce projet exprime ce que beaucoup de femmes peuvent rencontrer dans leur vie », souligne-t-elle avec justesse. Cette étudiante a composé des oiseaux à partir de ses propres cheveux, chaussures à talon et produits de beauté, ainsi que des fils métalliques.

Abordant également une problématique féminine, sa camarade, Rouwayda el-Ariss, a exposé des peintures, ainsi qu’une sculpture en tissus rapiécés, à grande échelle. Son sujet : des femmes à petites têtes et aux formes exagérées. Rouwayda a élaboré son projet à partir d’une souffrance personnelle qui a débuté pendant son enfance et qui est due au regard « d’une société arabe qui malmène sans être consciente la personne obèse, et loue la minceur et la forme physique », explique-t-elle. Au-delà de la thématique de l’acceptation du corps, cette artiste appelle à réexaminer « notre vision communautaire sur l’acceptation de l’autre et du différent en particulier ».

« Le jugement de la personnalité humaine » constitue aussi la problématique choisie par Dored Kiwan. Ses sculptures métalliques se caractérisent par « des mouvements circulaires entrelacés et en harmonie les uns avec les autres, exprimant l’aspect intérieur et spirituel de la personnalité humaine », note-t-il.


L’exposition, ce moment de partage d’idées avec le public
À travers une chaise à trois pieds suspendue ainsi qu’un miroir fragmentant la réalité, dans un jeu optique, Lilly el-Khoury Rammouz a abordé le thème de la médiation entre l’immatériel et le matériel, « le culte du pouvoir ainsi que l’imperfection de chaque être humain ».

À l’extérieur de la salle d’exposition, l’installation Copula Mundi de Mada Sadek donne à voir une structure métallique. En dessous, « des passages représentent plusieurs étapes de ma vie », confie Mada. Le circuit tente d’inciter le visiteur à se questionner sur la relation entre les mondes extérieur et intérieur.

Par ailleurs, Unalome est une autre installation qui invite à explorer le dédale mental, généré par l’hésitation au moment d’une prise de décision. Trois chambres cubiques « constituent un champ d’expérience, où le visiteur fera face à lui-même. Ainsi, il n’est plus un simple spectateur, mais un agent indispensable à l’achèvement de l’œuvre », explique Nour Chaghouri.

Pour cette dernière, comme pour ses camarades, l’exposition a constitué une opportunité de discuter avec les visiteurs. Il a été question « de faire parvenir son message », comme le note Christine, « d’inviter le visiteur à se questionner et à penser aux défis auxquels sont confrontées certaines personnes », pour Rouwayda, ou « d’inciter les autres à élargir leurs perspectives, à sortir des sentiers battus », pour Zena… En somme, de déclencher le débat au sujet de ces problématiques qui leur tiennent tant à cœur.

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