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Liban

L’Éducation, un ministère souhaité par les FL, exigé par les joumblattistes...

Focus

Confronté à des problèmes particulièrement difficiles, comme les répercussions de la grille des salaires sur la hausse des écolages à l’école privée, ce portefeuille n’en reste pas moins convoité.

22/10/2018

Le sort du ministère de l’Éducation semble scellé. Il devrait visiblement rester entre les mains du bloc joumblattiste. Le leader druze Walid Joumblatt l’a d’abord accepté avant de le réclamer. De l’exiger même. Jusqu’au point de refuser de l’échanger contre un autre ministère lorsqu’il a été question de le céder aux Forces libanaises délestées du ministère de la Justice. Car le PSP ne peut prétendre à la Santé qui reviendrait au Hezbollah, ni aux Travaux publics qui seraient attribués aux Marada. Il se rabat donc sur l’Éducation, qu’il considère comme étant le troisième ministère le plus important. Mais les revirements de dernière minute sont possibles, compte tenu que les négociations pour la formation du gouvernement se poursuivent et que les FL affirment avoir elles aussi des expertises dans le secteur qui exige une importante réforme. On apprend que le Courant patriotique libre lorgne aussi ce ministère dans le cadre d’un package deal.


Engagement historique

L’Éducation n’est pas un ministère régalien, comme le sont la Justice, la Défense, l’Intérieur et les Affaires étrangères. Il n’en est pas moins un ministère-clé. « C’est d’abord un ministère qui nécessite d’excellents liens avec les syndicats, éléments majeurs des grèves et des émeutes », explique à L’Orient-Le Jour le ministre sortant, Marwan Hamadé. « Autrement, il ne peut y avoir d’examens officiels ni de rentrée scolaire, vu les conflits « qui touchent régulièrement les directions d’établissement et le corps enseignant. Des conflits qui se sont exacerbés depuis l’adoption de la grille des salaires, en août 2017, qui a accordé aux enseignants des augmentations de salaires conséquentes ».

Dans ce cadre, le bloc joumblattiste considère qu’il est aujourd’hui la partie la plus apte à diriger ce ministère. « Avec le Hezbollah et le mouvement Amal, nous sommes les seuls à avoir de bons liens avec les syndicats », assure le ministre sortant, évoquant le bon déroulement de la rentrée et des examens officiels. Il ne manque pas de rappeler « l’engagement historique » du Parti socialiste progressiste depuis son fondateur, Kamal Joumblatt, en faveur des mouvements sociaux et plus particulièrement des enseignants. « Nous nous sommes battus contre vents et marées pour la loi 46 », souligne-t-il.

L’éducation est aussi « le ministère des services par excellence, collectifs ou particuliers ». Avec pour tâches, notamment, de gérer l’école publique, d’aménager les programmes scolaires, d’influencer l’adoption de nouvelles options, de se battre pour le droit des enseignants (du public et du privé), de construire et d’aménager de nouvelles écoles publiques, de transférer des instituteurs, de gérer les contractuels, sans oublier l’Université libanaise et l’enseignement technique… « D’où la nécessité de faire l’alliance délicate entre l’éducatif et le social, de répondre aux doléances de tous les acteurs de l’éducation sur l’ensemble du territoire, de collaborer avec toutes les parties politiques sans exception », observe M. Hamadé.

Sans compter qu’en cette période de crise aiguë, le ministère de l’Éducation est confronté à « des problèmes qui relèvent du vrai casse-tête », note M. Hamadé, évoquant les effets de la grille des salaires à l’école privée, la scolarisation des réfugiés syriens (dont le nombre est en augmentation), l’embauche de contractuels pour ces élèves, le transfert de nombreux élèves du privé vers le public lié à la hausse des écolages (entre 15 et 20 % cette année) et la gestion des assistances étrangères. Le ministre en fonctions se doit donc d’entretenir d’excellentes relations à l’international, en particulier avec les agences des Nations unies, les États-Unis et l’Europe… « Le PSP est certes de gauche et membre de l’Internationale socialiste, mais nos relations sont excellentes avec l’Occident, et plus particulièrement avec la France », conclut M. Hamadé.


Réformes stratégiques

Qu’en est-il des Forces libanaises ? Convoitent-elles également ce ministère ? « Le ministère de l’Éducation figure parmi les ministères où nous comptons des spécialistes », répond à L’OLJ le député Antoine Habché, précisant que « les FL prêtent et ont toujours prêté un profond intérêt à ce ministère ». L’Éducation pourrait d’ailleurs être, pour le parti de Samir Geagea, « un champ de réformes stratégiques ». Car il y a « tellement de problèmes à ajuster au sein de ce ministère, liés à la guerre et à une gouvernance accumulée depuis 30 à 40 années ». Des problèmes liés, explique-t-il, au coût trop élevé de l’élève à l’école publique par rapport au secteur privé, au nombre important d’enseignants surnuméraires, au niveau médiocre d’enseignement, au manque de langues étrangères et de laboratoires, à la mauvaise infrastructure des bâtiments… pour ne citer que ces quelques problèmes parmi tant d’autres.

Mais « les négociations sur la formation du gouvernement se poursuivent encore. Elles portent sur des package deals, soutient le député de Baalbeck-Hermel. « Les intentions ne sont pas ouvertement déclarées, assure-t-il. Et ce qui est affiché ne reflète pas la réalité. » D’autant que l’attribution des portefeuilles « obéit à plusieurs complexités techniques et politiques, la confession, la région, le parti politique… », et qu’ « en une semaine, la donne a changé une bonne dizaine de fois ».

Pour avoir été ministre de l’Éducation, Boutros Harb connaît bien les enjeux et les défis « de grande importance » de ce ministère « qui porte sur les intérêts et la vie quotidienne de toutes les familles libanaises et de l’ensemble de sa jeunesse ». S’il reconnaît la volonté du PSP de garder ce portefeuille, il révèle que le CPL a aussi émis « le désir de l’obtenir, dans le cadre d’un package deal ». Et d’observer que ce ministère est « particulièrement intéressant et donc désirable, même si compliqué, notamment au niveau de l’évolution des programmes ».


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