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Moyen Orient et Monde

Quand la BBC dresse le portrait de la « monstrueuse » dynastie Assad

Compte-rendu
20/10/2018

1993, au Western Eye hospital, dans le quartier Paddington à Londres. Une patiente ne parvient pas à cacher sa joie lorsqu’elle reconnaît le jeune docteur présent dans la salle, se mettant à lui parler à toute vitesse en arabe et à lui baiser les mains. Devant des collègues perplexes, le médecin est visiblement très mal à l’aise. « Je ne vous l’ai jamais dit, mais mon père est président de la Syrie », leur dira-t-il plus tard. Comment imaginer que le jeune Dr Bachar est ce même homme qui, à la tête d’un régime dictatorial, est aujourd’hui accusé de crimes de guerre et d’avoir gazé son peuple ? Telle est la question posée par le dernier reportage en trois volets réalisé par la BBC : A Dangerous Dynasty : House of Assad, dont les deux premiers épisodes ont été diffusés les 9 et 16 octobre. À travers des images et des vidéos d’archives, parfois très intimes, ainsi que des témoignages inédits, le documentaire de la chaîne britannique tente de dresser un portrait de la famille qui règne sur la Syrie depuis près de cinquante ans. Une famille qui trône sur un pays en ruine à cause de la guerre qui s’y déroule depuis près de sept ans, faisant plus de 500 000 morts, plus de 6 millions de réfugiés et près de 7 millions de déplacés internes. Si les deux premiers reportages (le troisième et dernier volet sera diffusé mercredi prochain) ne révèlent rien de véritablement nouveau, ils résument toutefois assez bien les trois aspects intrinsèques au régime Assad, à savoir la force du clan, la violence et la propagande. Le halo de mystère entretenu par la famille année après année s’estompe au fur et à mesure que les langues se délient.


(Lire aussi : Tadmor, le royaume de la mort et de la folie)


Derrière une musique comme extraite du film de Coppola, Le Parrain, le réalisateur passe en revue les membres du clan qui siège sur une colline surplombant Damas, dans un palais à 1 milliard de dollars, commandé à un architecte japonais. Le père, d’abord, « dictateur à l’ancienne », véritable monstre politique, père protecteur et, semble-t-il, attentionné avec sa progéniture. « Notre père faisait la séparation complète entre la politique et la relation familiale à la maison », entend-t-on dire la voix de Bachar. Hafez, cette statue du commandeur, marque encore aujourd’hui le fils, celui-là même qui n’était pas destiné pourtant au poste de chef d’État. Le charismatique Bassel, mort dans un accident de voiture en 1983, propulse Bachar en tant que successeur par défaut. Une place d’éternel second qui définira tout le parcours du président actuel. « Hafez donne à Bachar un cours accéléré pour devenir un dictateur de la région », dit la voix off. Bachar en officier, l’air dégingandé, puis en diplomate international cherchant à imiter le style « Hafez ».


(Lire aussi : Riad Turk, le Mandela de Syrie qui a résisté à la dynastie Assad)


Complotite

Depuis la mort de son père en 2000, ce dernier cherchera toujours l’aval de sa fratrie, mais surtout de sa mère, Anissa, non pas pour ses qualités de stratège, mais en raison de son obstination à vouloir conserver à n’importe quel prix l’héritage politique de Hafez. Dans un second temps, le documentaire rappelle combien la toute-puissance de la maison Assad est marquée par la violence. Par la stature du chef d’une nation arabe des années 70, qui fait défiler dans des parades des militaires contraints de tuer des chiots en direct ou des soldates arrachant à pleines dents des têtes de serpent. Mais aussi et surtout par la répression sans bornes d’un régime rongé par la paranoïa. Face à des haut gradés venus lui rapporter la mort de Bassel en 1994, Hafez el-Assad dira : « Est-ce un coup d’État ? » Bachar héritera de cette complotite aiguë. Entouré par des durs à cuire – son frère Maher, bras armé du régime, mais aussi son beau-frère, Assef Chaoukat –, Bachar va pousser l’entreprise de terreur sur son peuple, jusqu’à son paroxysme. Autre époque, mêmes pratiques. Le documentaire met également en lumière la personnalité d’Asma, épouse syro-britannique, à l’ambition et au charme certains. Elle y est dépeinte comme l’atout séduction de Bachar, celle qui le rend fréquentable aux yeux des grands de ce monde. « J’ai toujours eu en tête l’idée qu’on reviendrait un jour aider et travailler pour la Syrie », dit-elle lors d’une interview quelques années auparavant. Elle se voit en Lady Di, ou en Rania de Jordanie, mais réalise peu à peu que la famille Assad ne lui laissera que peu de marge de manœuvre pour jouer un premier rôle. Dans les deux premiers épisodes, elle apparaît presque comme la victime d’un destin shakespearien. « J’aime les voyages, car ils nous ouvrent au dialogue », confie le jeune Bachar de l’époque, décrit par des intervenants comme quelqu’un de « très civilisé » et à « l’anglais parfait ». Comme si, derrière le costume des premiers jours, personne ne pouvait soupçonner le monstre.



Pour mémoire

#10 Hafez el-Assad, le saigneur en ses États...

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Bustros Mitri

Hitler a-t-il renaît ? Pour ceux qui croient en la metempsycose, certainement !

aliosha

La BBC et L’Observatoire Syrien Des Droits De L’Homme A Londres Source Des
Médias Pour La Propagande De Guerre Contre La Syrie
Les » informations » sur la Syrie proviennent en grande partie dans les médias français anglo saxons et même arabes (Al Jazeera) d’une seule et même source basée non pas en Syrie mais à Londres : l’Observatoire Syrien Des Droits de L’Homme(OSDH) dont le directeur est Rami Abdel Rahmane expert en programmes de formation aux outils et services internet des jeunes « faiseurs d’opinion » de la région MENA (Moyen Orient Afrique du Nord) résidant habituellement à Stockholm en Suède protégé de l’Institut suédois plaque tournante de ces assauts médiatiques contre certains pays de la MENA
Attention a leurs articles

aliosha

La BBC nous casse les C... avec ce genre de reportage. Il est temps qu'elle fasse un reportage sur la Palestine - et la responsabilite de leur gouvernement - sur DAESH qu'elle a entretenu à survivre , sur le Yemen et ,et, et
Station basée à 100% sur la desinformation .

Saliba Nouhad

Ces documentaires nous décrivent le côté monstrueux et diabolique de la dynastie Assad, mais ne va pas trop loin dans l’analyse du phénomène Bachar!
Il est fort probable qu’il était au départ un peu la brebis galeuse de la famille, timide, complexé, laissé un peu dans l’ombre, surtout à cause de son frère aîné, Bassel, portrait craché et futur prince héritier de son père et Bachar, fils à maman qui le couvait et dominait!
Jusqu’au décès de Bassel, qui changera le cours de sa vie!
Propulsé sans le vouloir à la tête du pouvoir, qui ne se rappelle pas le vent de réformes, administratives et économiques du début de son règne, menant à un vent d’optimisme et humanisation de la Syrie...
Et puis, tout rebascula un à 2 ans plus tard dans la dictature répressive d’antan!
Que c’etait-il passé?
Simple: dynastie minoritaire alaouite menacée, paranoïa de la complotite aiguë qui ressurgit, instincts grégaires tribaux primaires de repli sur soi et élimination de toute menace... et voici la tribu qui surveillait de près le jeune Bachar et tirait les ficelles qui se réveille, maman poule Anissa qui s’impose auprès du fiston qui risque de détruire la dynastie et toute la famille et alliés et tous se remettent au travail!
Pensez-vous que Bachar avait d’autres choix que de suivre?
Et finalement, il fut pris dans cette spirale infernale, de force et qui mena à ce désastre!

Gebran Eid

ON EN A DES CHEFS DE CLANS QUI L'ADMIRE AU LIBAN COMME SLEIMAN FRANGIÉ 2...QUE DIEU NOUS PROTÈGE...IL VEUT LES TRAVAUX PUBLIC ???C'EST LE MEILLEURS MINISTÈRE POUR VOLER "LÉGALEMENT" ET FACILEMENT

HABIBI FRANCAIS

Hafez etait un dictateur machiavelique mais respecte par ses adversaires...Bashar n est meme pas l ombre de son pere...un abruti fini qui a vendu son pays a l iran et la russie et qui a soumis son pays a une crucifixion.

Wlek Sanferlou

Un pays sacrifier pour la gloire d'une famille...quel gâchis!

ACE-AN-NAS

C'est une pratique digne des médias de l'occident. Quand tu n'arrives pas à te defaire de ton ennemi sur le terrain militaire, tu essayes d' emporter des victoires à Hollywood ou dans des livres de roman .

Je trouve ça lamentable.

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