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Lorsque Malmö devient le phare du cinéma arabe

7e art

Mois festif pour cette ville suédoise qui accueillait, du 5 au 9 octobre, dans le cadre du 8e Festival du film arabe, des cinéastes, acteurs et producteurs venus des quatre coins du Moyen-Orient. Le Liban y était également présent en force. « Le Malmö Arab Film Festival (MAFF) n’est pas uniquement une manifestation cinématographique, il promeut aussi et surtout l’intégration des communautés étrangères en renforçant les liens avec les habitants locaux », estime son fondateur Mouhamad Keblawi. Il a raconté à « L’OLJ » cette aventure humaine qui contribue au rayonnement culturel de sa région.

12/10/2018

Plus de soixante films, entre fictions et documentaires, ont été projetés. L’énergie était apparente. Pourquoi un festival de cinéma dans cette région ?

Malmö est le chef-lieu du comté de Scanie, ce territoire qui se trouve au sud de la Suède. Dans cette ville multiculturelle cohabitent plus de 165 nationalités. L’idée d’organiser un festival de cinéma arabe en dehors des frontières du monde arabe n’est pas une nouvelle idée. Il y a eu des expériences similaires en France ou encore à Rotterdam. Étant cinéaste d’origine et spécialiste des films documentaires, j’ai assisté à beaucoup de festivals, et j’ai eu l’idée en assistant à l’un d’eux de faire de même à Malmö, où j’habite depuis 29 ans. Le Suédois aime faire la connaissance d’autres cultures mais il est discret et n’aime pas poser trop de questions à l’autre de peur de le blesser. Il compte ainsi sur toutes sortes de médias pour aller à la rencontre des autres. Et le cinéma est un des moyens visuels pour permettre ces rencontres. J’ai alors pensé créer un festival mais j’hésitais au début quant à sa structure, son format et ses objectifs.

L’essentiel était d’atteindre ces nationalités, non pas uniquement celles qui parlent la langue arabe, pour créer une passerelle entre elles, ce qui représentait comme une conséquence inhérente à l’intégration. Je voulais être le miroir de cette communauté arabe dont je fais partie qui est venue en Suède et devait s’intégrer totalement et positivement dans l’environnement, tant au niveau de la langue que dans l’éducation et les écoles. Et surtout en respectant les traditions de cette société qui nous accueille, puisque nous avons choisi de venir chez eux et pas le contraire. De plus, il fallait présenter à cette société notre culture et ses valeurs.

Le festival en est aujourd’hui à sa huitième édition et affiche une réussite croissante. Quelles ont été les principales dates depuis sa création ?

Nous avons commencé à élaborer ce projet sur papier et Film i Skåne a décidé de le soutenir. À noter qu’à cette époque, le véritable financement provenait de ma famille, ma femme et mes enfants. Cette association s’est donc créée en 2008, mais ce n’est que plus tard que le festival a pris forme. En 2011, la première édition est donc née grâce à la bonne volonté des proches et parents qui ont accepté de travailler avec moi sans aucune rémunération. Ce fut une surprise énorme pour les Suédois puisque 1 839 personnes y étaient présentes durant cinq jours et 30 films, entre documentaires et fictions, y ont été présentés. La deuxième édition a été ainsi facilitée et le MAFF a commencé à recevoir le soutien de la municipalité et du centre cinématographique suédois. Notre budget a augmenté avec l’aide de Stockholm et de Skåne jusqu’en 2014, lorsqu’on a obtenu le sponsorship du loto suédois. C’est ainsi que nous avons créé, cette année-là, le marché du MAFF qui consistait à confronter les projets de nouveaux talents dont le film était encore en cours de réalisation ou en postproduction.

Quid du Festival de Malmö de demain ? Et quid du cinéma arabe actuel ?

Nous avons réussi à mettre cette ville sur la plateforme culturelle internationale. Dans le temps, j’appelais les gens à venir, mais aujourd’hui, j’ai un tas de demandes qui s’entassent sur mon bureau. C’est en décembre que le bureau de soumission de projets commence à recevoir les demandes, jusqu’au mois de mars. Que choisit-on ? Le MAFF n’est pas intéressé par les premières mais plutôt par faire un panorama des meilleures productions de l’année passée. De plus, nous sommes enclins à accepter les films qui suscitent un débat. Au fil des années, j’ai réalisé qu’il y avait une progression évidente dans la qualité des films arabes et une nouvelle génération de cinéastes qui m’étonne beaucoup et qui « sautille » de festival en festival, ce qu’on ne voyait pas dans le temps. Nous recevons chaque année un nombre grandissant de demandes, tout en faisant un focus sur un pays déterminé. Je suis donc très optimiste. Mais pour les deux années à venir, avec l’aide du conseil d’administration, je ne pense pas ajouter quelque chose de nouveau au festival mais plutôt renforcer nos assises, corriger les erreurs des années précédentes et essayer d’améliorer le marché du film en offrant encore plus de prix de valeur au sein de ce marché. Nous avons aujourd’hui des prix d’une valeur de 3 000 à 15 000 euros. Nous voulons faire plus. Et peut-être établir un cinéma commun avec les pays scandinaves et même l’Europe. Nous avons d’ailleurs un projet avec l’Union européenne qui tend à faire progresser le cinéma arabe. Notre second objectif serait d’accueillir un plus grand nombre de spectateurs. Nous projetterons ainsi le film deux à trois fois durant le festival. Et peut-être que bientôt, vous entendrez dire que tel ou tel film a été produit par Malmö !


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