Nos Lecteurs ont la Parole

Une statue en bronze pour un homme d’exception

Chloé KATTAR
OLJ
04/10/2018

En cette fin d’été, le visiteur qui se rend à Jezzine pourra voir à gauche de la cascade, après la vierge du Maabour, une magnifique statue en bronze grandeur nature, superbement sculptée, implantée dans un square offert par la ville, en face du vieux sérail de la municipalité, juste avant le chapelet de restaurants qui surplombent la célèbre chute d’eau... La statue d’un homme d’exception, attendue depuis très longtemps, celle du Dr Farid Serhal.

Pour les jeunes de mon âge, les profanes, ou les étrangers en visite, la plaque dorée peu explicite ne comporte que cette citation : Dr Farid Serhal /1923-1995 !

De son vrai nom Farid Serhal al-Kattar, il fut un homme de légende. Député pendant 20 ans du caza de Jezzine (à la suite du retrait de son oncle maternel Maroun bey Kanaan), de 1972 à 1992, il fut professeur émérite à la faculté française de médecine du temps où cette dernière dépendait de l’Université de Lyon et délivrait des diplômes d’État français. Il occupait la chaire d’enseignement d’anatomie. Chirurgien renommé, du temps où la chirurgie ne pouvait hélas s’aider que de quelques clichés de radiologie ou d’examens sommaires de laboratoire, loin des scanners, IRM, robots ou examens génétiques ou moléculaires actuels, le flair clinique, l’expérience et la dextérité manuelle devant seuls faire l’affaire...

Dans sa clinique chirurgicale de trois étages rue de Damas, en face de l’entrée de la FFM, cet homme aux doigts d’or, des décennies durant, opérait de 5 heures du matin jusqu’à très tard la nuit, sans répit, riches, pauvres et indigents, souvent gratuitement... Sa réputation dépassait de loin son caza natal de Jezzine pour atteindre le Liban entier... Le jour de ses funérailles, sa dépouille traversant le Chouf fut arrêtée et portée à bout de bras à chaque bourgade par les villageois druzes et chrétiens en témoignage de gratitude et de reconnaissance... Des images restées à jamais dans la mémoire collective.

Mais, surtout, ce personnage de légende restera pour la postérité comme un bâtisseur d’exception, un rêveur qui au lieu de bâtir des châteaux en Espagne en a bien bâti un réel dans sa bourgade à Jezzine. Et quel château...

Lors de sa visite des lieux, le géographe jésuite feu Henri Chamussy, parent de l’ancien recteur de l’USJ, s’étonnait qu’un homme seul puisse au XXe siècle construire une merveille pareille ! Car comment disposer de moyens tels que ceux, étatiques, de Louis XIV à Versailles ou ceux de Fakhreddine II à Deir el-Kamar ou de l’émir Béchir à Beiteddine, quand on est ni roi ni prince.

La merveille architecturale laissée pour les générations futures par Farid Serhal n’a d’égal que celle de l’Alhambra de Grenade, du palais des Doges à Venise ou les palais des Mille et Une Nuits à Bagdad... Puisse le Liban partager et garder sa mémoire et son exemple pour la postérité et l’éternité.

Il y a des hommes qui ne sont pas ordinaires, des hommes à part, des géants. Au panthéon des géants de l’humanité par la grande porte entre Farid Serhal !


À la une

Retour à la page "Nos Lecteurs ont la Parole"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Wlek Sanferlou

Farid Sarhal, parmi les grands de ce pays!
Excellent article en son honneur. Espérons que son château sera complété et préservé.

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué