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Moyen Orient et Monde

Trump introduit le plan Kushner, mais en douceur

Conflit israélo-palestinien

Pour la première fois, le président américain s’est montré explicitement plus favorable à une solution à deux États.


Julie KEBBI | OLJ
28/09/2018

Après s’en être pris à l’Iran et avoir vanté les mérites historiques de son administration au cours de la session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU cette semaine, le président américain, Donald Trump, a profité de l’occasion pour surprendre par ses propos sur le dossier israélo-palestinien. « J’aime une solution à deux États. Je pense que c’est ce qui fonctionne le mieux... C’est mon sentiment », a-t-il affirmé mercredi lors d’une conférence de presse conjointe à New York avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Cette déclaration, qui a eu lieu après une rencontre bilatérale avec M. Netanyahu, est une première pour le 45e président américain.

Contrairement à ses prédécesseurs, M. Trump s’était efforcé jusqu’à présent de ne pas prendre clairement position en faveur de la solution à deux États, estimant qu’elle n’était pas nécessairement la seule issue possible au conflit vieux de 70 ans. Le locataire de la Maison-Blanche a toutefois précisé, plus tard dans la journée, que « si les Israéliens et les Palestiniens veulent un seul État, c’est OK pour moi. S’ils veulent deux États, c’est OK pour moi ». « Je suis content s’ils sont contents », a-t-il poursuivi.

Le président américain a également indiqué que le plan de paix sur lequel travaille son administration serait dévoilé d’ici à quatre mois, donnant ainsi un calendrier légèrement plus précis et qui indique qu’il pourrait être rendu public après les élections de mi-mandat de novembre pour renouveler la Chambre des représentants et un tiers du Sénat.

« Les Israéliens devront faire des choix difficiles » avec ce plan, explique Aaron David Miller, vice-président du Centre Wilson à Washington, ancien analyste du département d’État et négociateur au sein d’administrations républicaines et démocrates, interrogé par L’Orient-Le Jour. Dans ce contexte, l’administration Trump « ne prendra pas le risque d’être critiquée par les candidats républicains », poursuit-il.Comparant le plan à « une affaire immobilière », M. Trump a ajouté que son gendre et conseiller spécial en charge du dossier, Jared Kushner, « aime Israël » mais qu’« il va aussi être très juste avec les Palestiniens ». « Il comprend qu’il faut deux personnes pour être heureux, deux groupes de personnes pour être heureux », a dit le président américain, avant de confier qu’il « croit vraiment que quelque chose va arriver ». « C’est l’un de mes rêves que de pouvoir réaliser (la paix) avant la fin de mon premier mandat », a-t-il confié.


(Lire aussi : Proche-Orient : "J'aime bien la solution à deux Etats", déclare Trump)


Pas de changement formel
Son changement de ton suggère que Washington a pris en compte les discussions avec les leaders arabes, selon lesquelles des relations formelles entre les États arabes et Israël ne peuvent être établies tant que le conflit avec les Palestiniens n’est pas réglé. Toutefois, s’il « avait fondamentalement voulu apporter un changement formel, il aurait mentionné la formule d’une solution à deux États dans son discours face à l’Assemblée générale des Nations unies » de mardi, nuance M. Miller. Selon lui, cela suggère que son équipe « voulait trouver un moyen moins important d’introduire la position de l’administration » américaine, avant de préciser que le fait de mentionner le plan de M. Kushner indiquerait que le concept de la solution à deux États pourrait y figurer.

Le manque d’informations sur le plan de M. Kushner ne permet pas non plus de savoir quelle définition de l’« État » a retenue l’administration Trump. « Il y a l’État palestinien en tant que slogan et l’État palestinien en tant que réalité, et la conception des Américains de l’État et celle des Palestiniens pourraient être à des kilomètres l’une de l’autre, sans même parler du problème israélien en ce qui concerne cette définition », observe M. Miller.

Le discours tenu par le dirigeant américain intervient, en outre, dans un contexte diplomatique tendu alors qu’il a multiplié les décisions favorables à Israël depuis son arrivée à la Maison-Blanche, au grand dam des Palestiniens. En décembre dernier, M. Trump a annoncé la reconnaissance de Jérusalem comme capitale « officielle » de l’État hébreu ainsi que sa décision d’y transférer l’ambassade américaine, provoquant un tollé international. Jusqu’alors situés à Tel-Aviv, les nouveaux bureaux de l’ambassade ont été inaugurés en mai dernier, simultanément à la répression violente, par les Israéliens, de manifestations palestiniennes en bordure de Gaza. Washington a ensuite annoncé, en août, la suppression de ses versements à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) ainsi que la réduction de l’aide américaine de plus de 200 millions de dollars pour des programmes prévus en Cisjordanie et à Gaza.



Pas un médiateur unique
Les propos de M. Trump ont donc peu convaincu du côté palestinien, alors que les relations entre les deux parties se sont particulièrement refroidies depuis décembre et que le dirigeant américain s’est montré complaisant envers l’extrême droite israélienne. « Avec toutes ses décisions, le gouvernement américain est revenu sur tous les engagements qui avaient précédemment été pris par son pays et a même mis en péril la solution à deux États », a fustigé hier le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, lors de son allocution à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU. « Les États-Unis agissent comme médiateurs mais nous (les) voyons maintenant sous un œil neuf », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que Washington « ne saurait être un médiateur unique ». Hanane Achraoui, membre du conseil législatif palestinien, a écrit pour sa part sur Twitter que « (dire) “un État, deux États”, cela ne fait pas une politique. Servir la soupe à des évangélistes sionistes extrémistes, aux donateurs (des républicains), aux lobbies et à Netanyahu, voilà ce qui est dangereux ».

Le changement de position de M. Trump ne semble pas non plus avoir ébranlé l’administration israélienne, restée fidèle à son discours habituel. Si M. Netanyahu n’a pas évoqué le sujet dans son discours d’hier devant l’Assemblée générale, il a relativisé les propos de M. Trump mercredi en expliquant que « chacun définit le mot “État” différemment ». « Je suis disposé à ce que les Palestiniens aient l’autorité de se gouverner sans avoir le pouvoir de nous faire du mal », a-t-il souligné, précisant qu’il supposait que le plan américain prenait cet aspect en compte et qu’Israël doit rester en charge de la sécurité de la Cisjordanie. Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a, pour sa part, déclaré hier qu’un État palestinien ne l’« intéresse tout simplement pas ». « Je m’intéresse à l’État juif et il y a beaucoup de problèmes qui sont plus graves que de simples slogans. Le fait qu’en Israël, 20 % de la population arabe participe à des manifestations avec des drapeaux palestiniens et non des drapeaux israéliens – j’ai un problème (avec ça). C’est le problème principal », a-t-il insisté.


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PROJET COMPLOT DE DEUX ETATS DONT L,UN SERA UN ETAT ET L,AUTRE DES FILAMENTS DE PLACES ENTRECOUPEES ET CONFIEES A LA JORDANIE... SI CE PAYS ACCEPTE AVEC LES PRESSIONS DE S,EN OCCUPER !

AIGLEPERçANT

Comprends t-il seulement ce qu'il décide ou ne décide pas ?

Comment l'Amérique peut avoir à sa tête une croûte pareille .

Dans le fond il est du pain béni pour ses ennemis , on lui souhaite vivement de rempiler pour encore 4 ans. lol.

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