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Culture - En librairie

Quand Alexandre (Najjar) rencontre Harry et Franz

Le dernier-né des romans de l’avocat et écrivain, « Harry et Franz », est déjà en vitrine et au cœur du peloton des livres de la rentrée 2018, puisque retenu dans la première sélection du prix Interallié.

Alexandre Najjar.

Une plongée vertigineuse dans le Paris de l’occupation, teintée d’un esprit résistant et d’une atmosphère de crainte, de suspicion et de chasse aux sorcières, avec deux figures masculines attachantes que rien ne prédestinait à se rencontrer : l’une victime absolue et l’autre archange bienfaiteur. Voilà le pitch de Harry et Franz, l’opus d’Alexandre Najjar qui vient d’être retenu dans la première sélection du prix Interallié.


Mais qui est Harry, d’abord ?

Harry Baur est un acteur français de cinéma muet puis de films parlants (ce que peut-être même les cinéphiles les plus chevronnés ignorent !). Acteur également de théâtre, qui a campé, entre autres, les rôles de Jean Valjean (des Misérables), de Volpone, de Beethoven et bien plus… Mais qui eut le malheur d’interpréter aussi le personnage d’un juif car, alsacien de père, il maîtrise la langue allemande. Hitler s’en est mêlé pour une rumeur (fausse) qui circulait déjà à son propos. Et hop – par-delà toutes les malversations et diffamations dénonciatrices, pour avoir affiché sa solidarité avec des acteurs juifs – la Gestapo n’en fait qu’une bouchée. Une bouchée de ce paisible homme de l’art qui n’avait que faire de cette judaïté qu’on veut absolument lui coller au torse en une étoile jaune. Et voilà qu’il subit l’emprisonnement avec sévices et torture.

De l’autre côté de la barrière se trouve l’aumônier allemand Franz Stock, dans les prisons parisiennes durant la Seconde Guerre mondiale pour apporter secours, confort et consolation aux malheureux pris dans les rets des nazis, jetés sous les verrous et dans les cachots. Homme de paix et d’aide aux infortunés de la vie, ce saint homme sera aussi le supérieur du « Séminaire des barbelés » de Chartres.


(Lire aussi : « Mimosa », le tendre et enivrant parfum d’une mère...)


Griffes et diktats

C’est dans les geôles parisiennes du IIIe Reich et dans ces tristes et dures conditions d’incarcération, que son chemin croise celui de Harry Baur. Une sympathie, une écoute, une amitié, une fraternité, une compassion, une compréhension, une connivence hors frontières et appartenances naissent entre les deux hommes aspirant à la paix, luttant contre l’obscurantisme et ayant foi en Dieu, sa grâce et sa mansuétude. Commence alors une bataille forcenée pour sauver l’acteur des griffes de la mort et des diktats de l’arbitraire germanique le plus violent, obsédé par « l’aryanité », obnubilé par sa haine des juifs. Avec, en premières lignes, les échanges de propos qui révèlent la vérité, donnent de l’espoir et éclairent un chemin. Des échanges pour partager une humanité qui n’en est plus une et qui fait peur, un contact humain inattendu pour se sécuriser des vraies relations humaines (tout le monde n’est pas renégat, damné, apostat ou laissé pour compte) et pour rétablir les vraies valeurs qui font de l’humanité un ensemble cohérent digne de ce nom…Suivront, d’une part, la torture et l’incarcération par les nazis d’un acteur qui finira par être « innocenté » (mais mourra de tant de peine et de souffrance) et, d’autre part, l’abnégation, la diligence et le courage d’un prêtre, suprême homme de bonne volonté. Deux êtres que les frontières et la guerre opposent, mais qui se retrouvent à travers une certaine complicité inexplicable ou trop évidentes pour les cœurs et esprits purs et justes, sublime secret et alchimie de toute grande et noble amitié.

Ces deux hommes sont donc exhumés des oubliettes de l’histoire, finalement pas si lointaine que cela, pour servir d’exemple aux rapports humains, sans être tachés de malveillance, dans un univers de brutalité, de sanglante discorde, de haine et de rejet implacables. Tout comme nos actuelles années de plomb, à une échelle différente, au Moyen-Orient qui survit à tous ses multiples embrasements, destructions et courants réactionnaires et rétrogrades…

Ce livre est dès lors un témoignage poignant qui force à la réflexion sur les dérives de la guerre et la grandeur de l’altérité. Un témoignage, éloquent et sans recours, où l’injustice des hommes et leur chemin solitaire dans l’aide aux autres reste une image gravée dans la mémoire des lecteurs.

Avec deux beaux exergues de Pablo Neruda et Oscar Wilde, servis par une écriture alerte, simple et élégante, ponctué de la présence sémillante de certains comédiens du Tout-Paris (tel en tête de liste Sacha Guitry au verbe toujours piquant), narré à un rythme captivant telle une trame d’enquête, ce livre est une leçon de sagesse. Pour que les tragédies ne se reproduisent pas. Bien sûr, pour ceux qui veulent voir et entendre !

La documentation sérieuse et fournie de cet ouvrage en constitue assurément un atout majeur. De même que son récit haletant, qui cavalcade au fil des pages en une chevauchée fantastique.

Verdict ? Sans doute l’un des romans les plus accomplis de l’auteur de La honte du survivant.

« Harry et Franz » d’Alexandre Najjar (193 pages – Plon) disponible en librairie.


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