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Culture

En toute liberté, ode d’amour au Liban d’Alexandre Najjar

Vient de paraître

Figure de proue de la littérature francophone au Liban, Alexandre Najjar vient confirmer, une fois de plus, son attachement et son amour au pays du Cèdre. Son « Dictionnaire amoureux du Liban » (Plon, 850 pages) en est une éloquente illustration.

21/11/2014

À quarante-sept ans, auteur de plus d'une trentaine d'opus (poésie, essais, théâtre, biographie et romans), Alexandre Najjar a toujours dit haut et fort sa passion pour sa terre natale. Et parmi ses nombreux ouvrages, un thème récurrent : la «libanité». Aujourd'hui, en se rangeant dans cette magnifique collection des dictionnaires amoureux aux côtés (entre autres) de Jacques Lacarrière, Robert Solé, Dominique Fernandez, Gilles Lapouge et Michel Del Castillo, l'auteur des Exilés du Caucase clame, sans se priver de quelques piques et à raison, son amour pour une patrie chérie et révérée. Au point de le souligner par cette phrase de Khalil Gibran: «Si le Liban n'était pas mon pays, je l'aurais choisi pour pays.»
En ces temps noirs et de désertion, l'auteur de Phénicia, en plus d'un vibrant acte de foi, vient renforcer le rassurant clan des irréductibles et des fidèles. Cap alors vers ce pays de miel, d'encens, de romarin et de quelque fiel, il faut bien l'admettre.


Comme tout amoureux, Alexandre Najjar explore avec un regard passionné tous les recoins de cette terre, du Sud au Nord, en passant par les grandes villes, notamment Beyrouth dont il a magnifié les artères, les habitants et l'histoire à travers un roman où notre turbulente capitale était son héroïne.
Plus de 230 sujets, rubriques ou articles se succèdent au gré des lettres de l'abécédaire. Surgissent, des premiers mots dédiés aux «abadays», aux derniers traçant un exquis portrait de May Ziadé, tout le parfum et l'essence des paysages méditerranéens, levantins, cosmopolites et arabes d'une culture et d'un mode de vie uniques.


Des traditions alimentaires aux proverbes, en passant par les plages (toutes commencent par saint, oui, pourquoi Saint-Simon, Saint-Georges...?), les cafés, les coiffeurs (!), les camions, les personnages historiques et littéraires connus ou méconnus (revisités avec respect, tendresse, amitié mais aussi, quand il le faut, sans ménagement, comme Gide qui n'écrira pas une seule ligne après avoir été royalement reçu, et dit-il, conquis par cette terre millénaire!), tout est minutieusement répertorié, analysé, épinglé. Ou ouvertement critiqué. L'eau, la circulation, l'électricité passent brusquement sous une plume narquoise et ironique qui ne veut pas caresser dans le sens du poil. Dans cette anarchie généralisée, comment en serait-il autrement? Dans cet ouvrage touffu et d'une étourdissante richesse culturelle par sa compilation et sa documentation fouillées, grâce nous est faite de ne pas évoquer la caste politique.


On croise une monumentale galerie de personnages illustres (Sabah, Feyrouz, Georges Schéhadé, Michel Chiha, Charles Corm, De Gaulle, Lamartine, liste loin d'être exhaustive) et d'autres, moins familiers dans la mémoire collective populaire... Détails à découvrir et à savourer! Pour un texte à consommer comme les petites rasades d'une boisson tonifiante, promis à une longue et durable liaison avec le lecteur.
Tout n'y est pas forcément de l'ordre du passé. Le Liban moderne, dans ces pages fourmillantes de précisions, a ses aspects les plus diversifiés, ses nuances les plus incongrues et ses contrastes les plus
attachants. Tenez, la pulpeuse Haïfa Wehbé (qualifiée de Lolita libanaise!) figure en bonne place sous cette plume inspirée, de même que l'antidépresseur Xanax, compagnon de nos concitoyens rongés par des années d'angoisse et de terreur de guerre.


Voilà un livre qui jette les amarres vers les profondeurs, mais aussi les surfaces vernies du Liban. Dans ses aspects les plus vantés, les plus mythiques et les moins reluisants. Tout cela est dit sur un ton de gentleman, avec le désir de la transparence et de la vérité, force et vertu de tout grand amour.

 

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Sabbagha Antoine

Alexandre Najjar merci de remonter un peu le moral des libanais dans ce monde politique vicieux .

M.V.

Une brise d'amour ...dans ce monde de brutes ...c'est quelque part vivifiant.....

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Les "romantiques" libanistes ne cessent de baratiner. Ceci est pertinent de leur point de vue mais évidement non-absolutoire. Aussi, il se fait qu’ils risquent d’y passer à cause d'une banale crise. Mais tout 1 chacun risque de mourir d’1 "bon cœuuur", 1 jour ou l'autre, pourrait-t-on dire. Un "bon cœuuur" qui flanche, c'est la bonne fin : Décidément, cet organe est vraiment bonasse. Tous les romantiques bons enfants de toutes "tendances" ou poil, on le sait, sont "entre eux" de grands amis. Ils se réunissent tous ensemble chaque année le jour de la fête d’1 dame, l’indépendannnce", pour le droit de l'insoumission à l’étrangèèère autorité et, si leur "genre" le leur avait autorisé, ils auraient lutté contre les arabes émancipés ; surtout si printaniers ! Car ils forment, qu'on s'en souvienne, 1 des + jolis ensembles de ce romantisme libaniste à l’eau de rose dont ils vont continuer à vanter les mérites en psalmodiant des "vieilleries", même sur un ton…. de "gentleman-farmer" ! Assurément désabusés déjà, comme il est fréquent de l'être suite au débordement de toutes sortes de libanismes niais, les autres Libanais décrivent sèchement la mélancolie du réaliste qui ne le cède en rien à celle du joueur de Tâwléééh ! Ceci, pour ne pas avoir à supporter l'existence renouvelée de tout le romantisme libaniste finalement exaspérant. Ces descriptions ne sont, malheureusement, que les cailloux blancs d’1 réaliste Petit Poucet dans 1 Mont-Libanais(h) où il n'y a + rien à retrouver.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Dommage qu'il n'ait point utiliser pour décrire ce "bel" ensemble indigène, un langage plus local ; à savoir.... le sabir d'ici !

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