X

À La Une

Contre la crise turque, que des potions amères pour Erdogan

repère

La Turquie va-t-elle avoir recours au Fonds monétaire international ? 

OLJ/AFP/Gokan GUNES
19/08/2018

La Turquie a basculé la semaine dernière dans une crise monétaire. Après des années d'érosion, la livre turque s'est effondrée sur fond de tensions avec les Etats-Unis et de défiance envers la gestion économique de Recep Tayyip Erdogan. La devise turque a perdu environ 40% de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année et connu une spectaculaire débâcle ces derniers jours. Après une accalmie, elle a replongé vendredi, alors que la crise avec Washington s'envenime.

Pour les économistes, Ankara doit prendre des mesures urgentes pour redresser sa monnaie dont l'agonie inquiète l'Europe. Mais la plupart des remèdes qu'ils préconisent vont à l'encontre de la politique menée jusqu'ici par M. Erdogan.


Relever les taux

Les économistes répètent depuis plusieurs mois qu'une hausse significative des taux d'intérêt de la banque centrale est nécessaire pour soutenir la livre et enrayer l'inflation galopante. Mais M. Erdogan s'oppose fermement à une telle mesure. Les marchés ont été sidérés le mois dernier par le refus de la banque centrale de suivre cette voie en dépit de la gravité de la situation.

La banque centrale a néanmoins eu discrètement recours ces derniers jours à un mécanisme lui permettant de hausser de facto son taux au jour le jour. Ce moyen détourné "a renforcé les inquiétudes selon lesquelles (la banque centrale) craint de subir les foudres" du gouvernement, souligne William Jackson, de Capital Economics.


(Décryptage : Jusqu’où peut aller le bras de fer américano-turc ?)



Regagner la confiance

Les économistes s'interrogent sur la capacité de M. Erdogan à affronter la crise actuelle, d'autant plus qu'il a nommé en juillet son gendre relativement novice, Berat Albayrak, aux Finances.

Les positions "peu orthodoxes" de M. Erdogan, convaincu par exemple que baisser les taux fait baisser l'inflation, ont créé une "crise de confiance", souligne Timothy Ash, économiste spécialisé dans les marchés émergents. Vendredi, les agences de notation Standard and Poor's et Moody's ont abaissé la note de la dette de la Turquie, la première déplorant l'absence de plan "crédible" d'Ankara face aux turbulences actuelles.

Après des années de forte croissance, grâce notamment aux largesses du gouvernement, les économistes appellent à ralentir la machine. M. Albayrak a assuré jeudi qu'il combattrait l'inflation et imposerait la rigueur budgétaire. Mais les marchés attendent des actions.


Apaiser les tensions

Si elle n'est pas la seule cause de l'effondrement de la livre, la crise avec les Etats-Unis, liée notamment au sort d'un pasteur américain en Turquie, y a largement contribué. Pendant que les tensions avec Washington se renforcent, Ankara multiplie les contacts avec la Russie et l'Europe, qui a vivement critiqué les atteintes aux droits de l'Homme en Turquie depuis deux ans.

La crise avec les Etats-Unis va pousser M. Erdogan à être "considérablement plus prudent dans son approche avec l'UE", souligne le cabinet Eurasia Group. Les libérations cette semaine de deux soldats grecs et du président d'Amnesty International en Turquie ne sont "pas une coïncidence", souligne une source diplomatique européenne.


(Lire aussi : La Turquie ne se "livrera pas" aux Etats-Unis, lance Erdogan)




Demander de l'aide ? 

La Turquie va-t-elle avoir recours au Fonds monétaire international (FMI) ? La question se pose aujourd'hui dans les cercles économiques.  Mais faire appel au FMI supposerait que M. Erdogan, qui s'enorgueillit d'avoir "réglé les dettes" de son pays, ravale sa fierté et que Washington, tout-puissant dans cette institution, donne son accord. Deux obstacles de taille.

M. Albayrak a indiqué que la Turquie n'avait "aucun contact avec le FMI", ajoutant qu'Ankara oeuvrerait plutôt à attirer de nouveaux investissements.

M. Erdogan a déjà obtenu jeudi un chèque de 15 milliards de dollars de l'émir du Qatar. Mais la 17e puissance économique mondiale est "bien trop importante pour rester longtemps à flots avec des petites doses d'argent étranger", nuance Holger Schmieding, économiste Berenberg.


Pour l'instant, "demi-mesures"

Les autorités turques tentent pour le moment de stopper la débâcle de la livre sans toucher aux taux de la banque centrale.  Celle-ci a promis de fournir aux banques les liquidités nécessaires et Ankara a dressé de nouvelles barrières contre la spéculation sur la livre turque.

Pour l'instant, le gouvernement turc "n'a fait que le strict minimum", juge Capital Economics. M. Erdogan "va vraisemblablement essayer de tenir avec des demi-mesures dans les semaines à venir", anticipe M. Schmieding, de Berenberg. "Il est peu probable que cela arrange les choses de manière décisive".


Repère
Les cinq raisons de l’effondrement de la livre turque


Lire aussi

Crise USA-Turquie : l’Europe dans l’embarras

La Turquie hausse ses tarifs douaniers contre les Etats-Unis

La crise de la livre turque fait déjà des victimes

Le Qatar renvoie l’ascenseur à la Turquie

Tensions avec Washington : fermer la base d'Incirlik pourrait coûter cher à Ankara

"Tout est moins cher" : la crise turque, une aubaine pour les touristes

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL VA EN BOIRE ENCORE D,INNOMBRABLES LE MINI SULTAN JUSQU,A SON DEPART !

Sarkis Serge Tateossian

Gérer un pays consiste avant tout de s'entourer par des conseillers, des spécialistes et des haut fonctionnaires occupant des postes clé, aussi des ministres chevronnés capables de dynamiser le pays.

Que fait Erdogan ?

Il se présente comme un imam, investi par le divin, devant les religieux, enseignant devant les enseignants, comme un medecin, devant le corp medical, comme un scientifique devant les chercheurs et comme un directeur de la banque centrale devant les banquiers....La

Toutefois il y a une exception dans sa démarche !
Devant les humoristes, il ne cherche pas à les imiter ...
Au contraire il les a tous museler !

Oh mon Dieu, quelle calomnie et qu'elle "kapazalik" ce president.
Je plains les milliers d'intellectuels turcs contraints à l'exil ou réduits au silence.
C'est triste et tellement regrettable.

Dernières infos

Les signatures du jour

Commentaire de Anthony SAMRANI

Les Iraniens sont-ils allés trop loin ?

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants