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Moyen Orient et Monde

Crise USA-Turquie : l’Europe dans l’embarras

Éclairage

Les Européens s’efforcent de maintenir leur calendrier économique avec Ankara.

David NASSAR | OLJ
18/08/2018

L’Union européenne est coincée sur plusieurs dossiers par son allié américain, et le dossier turc est le dernier en date. Le problème commence par une surenchère diplomatique entre la Turquie et les États-Unis basée sur l’affaire du pasteur Andrew Brunson, soupçonné par Ankara d’agir pour le compte du prédicateur exilé Fethullah Gülen et placé en résidence surveillée. Le feuilleton s’est par la suite corsé avec l’imposition par Washington de sanctions économiques qui ont provoqué (entre autres) la chute de la livre turque et une crise sans précédent entre ces deux alliés de l’OTAN et partenaires historiques.

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, les États-Unis agissent de plus en plus de manière unilatérale, prenant de court la communauté internationale en général, et leurs alliés occidentaux et européens en particulier, comme par exemple avec le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien et la réimposition des sanctions, ainsi que la mise en place de tarifs douaniers visant sans distinction pays alliés et adversaires. Face à cette situation inédite, l’UE tente de s’imposer en puissance autonome sur la scène internationale, comme avec la récente mise en vigueur de la « loi de blocage » liée au dossier iranien. Mais cette mesure s’est avérée stérile, témoignant de la puissance américaine sur l’économie mondiale et de l’impuissance des Européens.

r le dossier turc, les pays européens sont placés devant une situation très embarrassante. La Turquie, qui a été reconnue comme pays candidat à l’adhésion à l’UE en 1999, est trop importante pour les Européens pour des raisons stratégiques et historiques. En 2016, les deux parties ont signé un accord sur la question du flux de migrants qui veulent atteindre l’Europe, mettant fin provisoirement à la « crise migratoire » sur le Vieux Continent. En outre, la Turquie est le cinquième partenaire économique de l’UE, qui représente le marché le plus important pour les exportations turques, et une partie de la dette turque est aux mains des banques européennes, qui ne veulent pas perdre leurs créances. Un point de plus à prendre en compte : la présence d’une large diaspora turque en Europe, que le président Recep Tayyip Erdogan tente de transformer en outil de politique interne turque, mais aussi en outil de pression sur l’Europe si besoin. Aujourd’hui, à cause de Washington, la Turquie est tentée de revenir vers cette Europe qu’elle a tant fustigée ces dernières années.


(Décryptage : Jusqu’où peut aller le bras de fer américano-turc ?)


L’UE a intérêt à garder ses deux alliés
Autre point stratégique : le dossier syrien. L’UE devra vraisemblablement faire affaire avec la Turquie, entre autres, pour la reconstruction d’après-guerre. Le site en ligne al-Monitor révélait le 15 août que l’allié russe du président syrien Bachar el-Assad insistait pour des raisons pragmatiques sur la présence des compagnies turques dans le processus de reconstruction. « Il y a un souhait russo-turque de reconstruire la Syrie avec des capitaux chinois et européens, ce qui réduirait leurs coûts », explique à L’Orient-Le Jour Florent Parmentier, docteur et enseignant à Sciences Po Paris, qui n’exclut pas la possibilité que l’unilatéralisme récent des Américains pourrait vraisemblablement rapprocher les autres acteurs internationaux tels que l’UE et la Turquie, mais aussi la Russie, l’Iran et la Chine.

Cette semaine, M. Erdogan s’est entretenu au téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron. Selon la présidence turque, MM. Erdogan et Macron ont souligné « l’importance de renforcer les liens économiques » et, dans ce cadre, les ministres des Finances des deux pays devraient se rencontrer « au plus vite ». Selon la même source, les ministres des Finances turc et allemand se sont entretenus jeudi dernier au téléphone et ont accepté de « prendre des mesures pour renforcer la coopération économique ». Pour montrer sa bonne volonté, le président turc a libéré cette semaine le chef d’Amnesty International en Turquie, détenu depuis plus d’un an, ainsi que deux soldats grecs. Les abus touchant les droits de l’homme en Turquie sont un sujet majeur de contentieux entre Bruxelles et Ankara.

L’Union européenne devrait vraisemblablement se rapprocher de la Turquie, qui, de son côté, en a besoin plus que jamais. Les Européens savent que laisser la Turquie « trouver de nouveaux amis », tel qu’annoncé par M. Erdogan le 10 août, n’est pas dans son intérêt. Ce rapprochement devrait par ailleurs rester limité, dû à la puissance relative de l’UE face aux États-Unis. L’UE veut garder ses deux alliés, mais doit encore définir de quelle manière. M. Parmentier rappelle ainsi que la position européenne est en fin de compte le fruit de « la structure de l’UE qui produit des compromis » en son sein.



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Le point

La Turquie était le poumon commercial de l'Etat Islamique avant de devenir un partenaire pour la destruction de cette organisation. La diplomatie & la politique turques semblent être comme les lentilles qui n'ont ni ventre ni dos. Un jour proche des saoudiens et le lendemain il se retourne pour soutenir le Qatar contre l'Arabie. Avec Israël c'était tout feu tout flamme il y a quelques années et maintenant les relations sont au plus bas. En menant une politique de caméléon ce pays fait la preuve qu'il n'est pas fiable, aveuglé par l'islamisme galopant.
Tant qu'il y a des milliers de prisonniers politiques dans ce pays l'Europe ne doit pas dérouler le tapis rouge devant le Sultan. Qui a oublié de quelle manière M. Erdogan a traité Madame Merkel et l'Allemagne?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES EUROPEENS FERAIENT BIEN DE SE DISTANCIER DU MINI SULTAN AUX ASPIRATIONS ANTI DEMOCRATIQUE !

Sarkis Serge Tateossian

Si on revoit le film des dix dernières années on s'aperçoit que tous les spécialistes de sont trompé sur la Turquie.

Que l'on veuille ou pas, on est dans l'obligation d'admettre que les chemins de l'Europe et de la Turquie divergent de plus en plus.

Du côté du Bosphore il y a déjà de belle lurette que le diapason ne raisonne pas le même son qu'à Bruxelles.

Les valeurs défendues ne sont pas les mêmes, encore moins les projets d'avenir et les perspectives.

Tout le reste n'est que de la littérature ... Et de la diplomatie "palliative"


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