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Moyen Orient et Monde

Le Qatar renvoie l’ascenseur à la Turquie

crise Washington / Ankara

Le Qatar rembourse sa dette vis-à-vis d’Ankara, qui était venu en aide à l’émirat au moment du blocus imposé par plusieurs pays du Golfe.

17/08/2018

Le président Recep Tayyip Erdogan a reçu mercredi l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, au palais présidentiel d’Ankara. Cette visite intervient sur fond de crise économique et diplomatique entre la Turquie et les États-Unis qui a fait chuter la valeur de la livre turque ces dernières semaines. 

Ainsi, au nom des relations étroites qu’entretiennent Ankara et Doha, et désirant rassurer les investisseurs qataris que leurs placements sont en sécurité en Turquie, le Qatar, qui dispose de vingt milliards de dollars d’investissements sur place, a pris la décision d’y investir quinze milliards supplémentaires, principalement dans les secteurs financier et bancaire. « Aujourd’hui, dans le cadre des discussions très importantes que j’ai eues avec le président Erdogan, nous avons annoncé un projet d’investissements de 15 milliards de dollars en Turquie, pays qui possède une économie forte et productive », a déclaré l’émir du Qatar, cité par l’agence Anadolu, à l’issue de la rencontre. Un geste que M. Erdogan a particulièrement apprécié. « Au nom du peuple turc, je remercie l’émir du Qatar et le peuple qatari pour leur solidarité avec la Turquie », a répondu le « reïs », toujours selon Anadolu. « Nos relations vont se renforcer dans de nombreux domaines avec le pays ami et frère qu’est le Qatar », a-t-il ajouté. Lundi soir, l’émir Tamim ben Hamad al-Thani avait apporté son soutien au président turc à travers un entretien téléphonique.

Doha s’était pourtant fait assez discret depuis le début de la crise américano-turque. Celle-ci trouve ses origines dans la querelle tournant autour du pasteur américain Andrew Brunson. Ce dernier, accusé d’espionnage et de terrorisme au profit du prédicateur turc Fethullah Gülen, lui-même soupçonné par le pouvoir turc d’être derrière le coup d’État manqué de juillet 2016, a été placé en résidence surveillée par la justice turque. De cet événement découlent toutes les tensions économiques et altercations verbales que la Turquie connaît avec les Américains et dont est issue une partie des problèmes économiques qu’Ankara connaît actuellement.     


(Lire aussi : La crise de la livre turque fait déjà des victimes)



Une coopération entretenue
Avec sa visite et ses annonces, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani est venu à la rescousse d’un pays qui l’avait activement soutenu dans l’épisode du blocus décrété par des pays du Golfe. Depuis juin 2017, le Qatar est victime d’un blocus diplomatique et économique mené par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte. Ces pays reprochent à Doha d’avoir des liens avec l’Iran et de financer le terrorisme dans la région. Une accusation que l’émirat dément catégoriquement. Mais si ce blocus avait pour première ambition d’étouffer le Qatar, comme Washington tente actuellement d’étouffer l’Iran, l’émirat a su trouver des alliés qui l’ont aidé à surmonter l’épreuve. La Turquie est l’un de ces alliés et est rapidement devenue l’un des principaux partenaires économiques et militaires de Doha dans la région. Recep Tayyip Erdogan avait d’ailleurs effectué une visite dans la capitale qatarie le 15 novembre dernier, au cours de laquelle il avait assuré le Qatar du plein soutien d’Ankara dans la crise du Golfe. Ainsi, ce blocus semble avoir été un mal pour un bien : les pays du Golfe rompent leurs relations avec le petit émirat, mais celui-ci s’est considérablement rapproché de la Turquie. « Après le printemps arabe, le Qatar et la Turquie se sont retrouvés plus ou moins isolés dans la région du Moyen-Orient, alors en mutation profonde. Le rapprochement entre les deux États était donc inévitable. Ce rapprochement s’est ensuite fortement intensifié après la crise du Golfe au cours de laquelle les deux pays se sont mutuellement soutenus », dit à L’Orient-Le Jour David Roberts, professeur au King’s College de Londres. « Preuve que cette relation est florissante, l’une des plus grandes ambassades à Doha est l’ambassade turque, qui a été construite juste à côté de celle de la Grande-Bretagne. Et l’ambassade turque est nettement plus grande et plus imposante que celle de la Grande-Bretagne, qui est pourtant l’ancienne puissance coloniale », poursuit-il. Ankara, Doha mais aussi Téhéran, autre partenaire important de l’émirat depuis la crise du Golfe, ont d’ailleurs signé, fin novembre 2017, un accord de renforcement des liens commerciaux et diplomatiques. Cet accord prévoit, entre autres, la création d’un « groupe de travail conjoint destiné à faciliter le transit des biens entre les trois pays » et s’attaque aux « obstacles à l’envoi de marchandises en provenance d’Iran et de Turquie vers le Qatar ». Les effets de la coopération étroite entre les trois pays sont visibles partout dans la capitale de l’émirat qatari. « À Doha, dans les supermarchés, on trouve en grande partie des produits turcs et iraniens. Les autres produits sont beaucoup plus chers et ils sont très souvent en rupture de stock », témoigne, pour L’OLJ, une habitante de Doha souhaitant garder l’anonymat.

« Lorsque le Qatar a été sous la pression des pays du Golfe, la Turquie a été immédiatement présente pour le soutenir. Quand c’est au tour de la Turquie d’être confrontée à une situation comme celle qu’elle connaît actuellement, à savoir une situation économique vraiment problématique, le Qatar est à son tour là. Doha est en train de rembourser une sorte de dette vis-à-vis de la Turquie », conclut M. Roberts.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DU : MA ALLE OU ELTELLOU OU MALLE OU MELTELLOU... A LA SAUCE TURCO-QATARI...

Sarkis Serge Tateossian

Ni 15 milliards, ni même 100 milliards ne peuvent redonner confiance aux marchés et aux investisseurs dans un pays gouverné par un dictature à la porte de l'Europe.
La Turquie est très loin de ses déclarations d'il y a dix ans : zéro problème avec les voisins...

La Turquie change d'alliance au gré du vent et d'humeur d'Erdogan, les marchés n'aiment pas les incertitudes

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