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Liban

Les nœuds chrétien et druze n’en finissent pas de se compliquer

Gouvernement

Joumblatt n’obtiendra pas trois ministres druzes, même s’il faut attendre la fin du mandat Aoun, menace le CPL.

Yara ABI AKL | OLJ
13/08/2018

Il est vrai que l’entretien tenu jeudi à la Maison du Centre entre le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a initié un optimisme quant à une prochaine formation du gouvernement. Sauf que le processus continue à faire du surplace. Et pour cause : les protagonistes campent toujours sur leurs positions respectives concernant les principaux obstacles empêchant encore M. Hariri de former son équipe. Cet état de choses est naturellement à même de susciter de nombreuses interrogations quant au flou entourant toujours la teneur de l’entretien Hariri-Bassil.

Dans les milieux aounistes, on reste prudent, se contentant de souligner via L’Orient-Le Jour que la rencontre de jeudi est, à elle seule, le signe d’un début de déblocage, sans plus de détails. Dans les mêmes milieux, on ne manque toutefois pas de faire valoir que le nœud druze est la principale entrave à la mise sur pied du futur cabinet. Réitérant l’insistance du CPL à intégrer le chef du Parti démocrate libanais, Talal Arslane, à l’équipe Hariri – contrairement à la volonté du chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, qui veut nommer tous les ministres druzes –, un parlementaire aouniste qui a requis l’anonymat déclare à L’OLJ : « Walid Joumblatt n’obtiendra pas tous les ministres druzes, même s’il faut pour cela attendre la fin du mandat Aoun. » Une position radicale que certains expliquent par une volonté aouniste d’empêcher le leader de Moukhtara de verrouiller la communauté druze, pour ne pas lui concéder un droit de veto communautaire, lié à ce qu’on appelle « la conformité au pacte national ». Un slogan longtemps brandi par la formation de Gebran Bassil dans sa bataille pour ce qu’elle disait être « le recouvrement des droits des chrétiens », lors de la présidentielle de 2016.


(Lire aussi : Hamadé à « L’OLJ » : La dictature de Gebran Bassil ne passera pas)


En face, les joumblattistes persistent et signent : il revient au PSP de nommer les trois ministres druzes au sein d’un cabinet de trente. C’est d’ailleurs sur cette position que Fayçal Sayegh, député PSP de Beyrouth, insiste dans un entretien accordé à L’OLJ. « Nous ne ferons pas de concessions au sujet du gouvernement », assure-t-il avant de poursuivre : « S’il est vrai que tous les protagonistes sont favorables à un cabinet d’entente nationale qui refléterait les résultats des législatives, il faut que nos demandes soient satisfaites, dans la mesure où il s’agit de notre droit. » Et d’ajouter : « Nous avons obtenu la majorité (des voix druzes) lors des législatives de mai dernier. Et nous refusons de partager la scène druze avec d’autres composantes. » M. Sayegh exprimait ainsi le veto de sa formation contre une des solutions évoquées récemment dans les médias pour faciliter la tâche à Saad Hariri. Il s’agit d’accorder deux ministres druzes au PSP. Le troisième serait nommé par le Premier ministre, en collaboration avec le président de la République, Michel Aoun, et le chef du législatif, Nabih Berry.

Commentant le lien aouniste établi entre un éventuel monopole joumblattiste de la représentation druze et un veto communautaire qui serait à même de paralyser éventuellement l’équipe ministérielle, Fayçal Sayegh se veut catégorique : « Nous sommes contre toute logique axée sur » la conformité au pacte national, « dans son sens sectaire. Et nous n’avons pas l’intention de bloquer le cabinet ». Et d’enchaîner : « Dans les trois moutures qu’il a présentées au chef de l’État, Saad Hariri nous accorde trois ministres druzes. Nous voulons deux portefeuilles de services et un ministère d’État », dit encore le député de Beyrouth, appelant Michel Aoun à trouver l’issue à même de permettre au gouvernement de voir le jour, « dans la mesure où cela relève de ses responsabilités ».


(Lire aussi : Gouvernement : Entre Berry et Bassil, Hariri cherche une fenêtre d’espoir)


CPL-FL
De même, le nœud chrétien, né du différend opposant le CPL aux Forces libanaises autour de leurs quotes-parts gouvernementales respectives, ne fait que se compliquer. S’exprimant à l’issue d’un entretien samedi avec Nabih Berry à Aïn el-Tiné, le ministre sortant de l’Information, Melhem Riachi (FL), a rappelé que le leader des FL, Samir Geagea, a facilité au maximum la mission de M. Hariri, exhortant les protagonistes à faire preuve de modestie et à comprendre que « les critères unifiés s’appliquent à tout le monde ». « Personne ne peut calculer son poids deux fois », a ajouté M. Riachi, dans ce qui a sonné comme une critique implicite adressée au courant aouniste qui tient à accorder une quote-part ministérielle au chef de l’État. Même s’il va sans dire que le bloc ministériel du CPL ne se démarquera pas des positions gouvernementales de Michel Aoun.
En attendant, les FL restent attachées à une représentation gouvernementale conforme à leur poids parlementaire issu du scrutin de mai dernier. Contacté par L’OLJ, Fadi Saad, député FL de Batroun, assure que son parti ne fait que plaider pour ses droits, précisant que sa formation n’a pas consenti la vice-présidence du Conseil, mais s’est conformée à « la coutume » attribuant ce poste au président de la République. « Nous avons fait preuve de modestie et passé outre l’accord de Meerab (qui stipule le partage égalitaire des postes ministériels entre CPL et FL), mais certains affichent de la convoitise abusive », lance M. Saad dans une allusion à peine voilée à Gebran Bassil, que le parti de Samir Geagea accuse de tenter de l’exclure du gouvernement.


(Lire aussi : Gouvernement : le pari d’un CPL angoissé)


Imad Wakim, député FL de Beyrouth, s’est quant à lui montré plus ferme : « Gebran Bassil tente d’intimider les FL pour les garder en dehors du gouvernement. Mais il n’en sera rien. Parce que le parti intégrera l’équipe ministérielle comme cela se doit », a-t-il déclaré à Radio Liban-libre, faisant savoir que sa formation accepte quatre ministères, dont un régalien et un (ou deux) portefeuille(s) de services dit « essentiel ».

En face, Ibrahim Kanaan, député CPL du Metn, a indiqué hier à la LBCI que « les choses vont dans le sens d’un gouvernement conforme aux résultats des élections ». Des propos salués par les milieux FL, alors que les aounistes estiment qu’ils ont ainsi fixé à Saad Hariri le critère unifié que le processus gouvernemental devrait respecter.
Notons enfin que Saad Hariri (qui a reçu Melhem Riachi samedi à la Maison du Centre) entamera prochainement une nouvelle phase de contacts, notamment avec les FL, le PSP et les Marada.


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Le Faucon Pèlerin

Tant que le Guide Suprême n'a pas encore assuré sa succession en 2022 à son gendre, rien de nouveau ne se passera dans l'état des choses dans notre République tombinambourienne.

Irene Said

Il y a Poutine, Khameneï, Bachar el Assad, Erdogan, et maintenant Gebran Bassil !
Trouvez ce qu'ils ont en commun...?
Irène Saïd

Le Faucon Pèlerin

Un proverbe : Ne crains pas un riche qui s'appauvrit, il restera riche encore longtemps, mais plutôt crains un pauvre qui s'enrichit, il restera pauvre encore
longtemps.
Un grouillot qui devient un patron, c'est l'esclavage et le mépris qui s'installent !

gaby sioufi

selon certains(es) , ce sera le mariage de Putin qui decidera les nobles politiques de chez nous de la forme a donner au cabinet.
d'ici la, farniente !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EST-CE UNE DECLARATION SERIEUSE DU CPL QUE CETTE AFFIRMATION PORTEUSE DE HAINE ET DE BOYCOTTAGE ? ET QUI IGNORE LES INTERETS URGENTS DU PAYS !

Yves Prevost

"Joumblatt n’obtiendra pas trois ministres druzes, même s’il faut attendre la fin du mandat Aoun, menace le CPL"
C'est curieux, j'avais toujours cru que la formation du gouvernement relevait du Premier Ministre, en coordination avec le Président de la République.
Il doit y avoir dans la Constitution, un article écrit en tous petits caractères, que personne, hormis le chef du CPL n'avait lu, précisant que c'est le chef du parti du Président qui décide, en fin de compte.

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