Liban

La cause de l’impasse : le spectre du tiers de blocage et de la stratégie de défense

Éclairage
07/08/2018

Le processus de formation du nouveau cabinet entre dans son quatrième mois sans qu’aucune perspective de solution ne pointe à l’horizon. Au contraire, les obstacles s’accumulent face à la genèse du gouvernement après l’immixtion des développements extérieurs dans le processus par le biais des revendications annoncées ou tacites des forces du 8 Mars et l’invention d’usages et de règles extraconstitutionnelles…
En fait, il est clair qu’il n’y aura pas de gouvernement avant que le 8 Mars n’obtienne le tiers de blocage, une carte de pression à laquelle il pourra avoir recours pour mater la politique du Premier ministre désigné Saad Hariri et de son camp politique. Ce dernier a bien compris le message, d’où sa déclaration selon laquelle il n’y aura pas de tiers de blocage, mais un cabinet d’union nationale respectant le principe de distanciation.
M. Hariri a distribué les parts aux forces politiques en fonction d’une formule de 3 x 10 qui n’a pas été acceptée. Le processus a donc été bloqué en raison du refus de M. Hariri de se soumettre aux conditions rédhibitoires du camp adverse, lequel pensait qu’il s’y résignerait, comme il l’a fait avec la candidature du général Michel Aoun à la présidence de la République après l’accord de Meerab.
Depuis, ce camp utilise tous les moyens de pression contre le Premier ministre désigné, dont l’accusation de blocage portée à l’Arabie saoudite, qui en assumerait la responsabilité. Une manière de rejeter la balle dans le camp de Riyad en montrant pattes blanches – et ce en dépit du fait que M. Hariri a clairement spécifié que l’Arabie voulait que le cabinet soit formé au lendemain des élections législatives, en mai dernier. « Nous n’avons jamais entendu un responsable saoudien s’ingérer dans nos affaires comme le font les responsables iraniens », affirme ainsi une source proche des Forces libanaises. Ces derniers n’ont-ils pas affirmé au cours des derniers mois qu’ « aucune décision n’est prise au Liban sans l’aval de Téhéran », ou encore que « la majorité du Parlement est favorable au Hezbollah » ? Même lorsque le 14 Mars bénéficiait de la majorité à la Chambre, jamais un responsable saoudien n’a affirmé que la majorité était aux mains de ce camp.
Parmi les autres éléments de pression sur le Premier ministre désigné, les fuites médiatiques selon lesquelles il faudrait lui fixer un délai pour sa mission, faute de quoi il faudrait le destituer de sa tâche de former le nouveau cabinet par le biais d’une majorité de 80 députés, ou encore le comportement de certains qui cherchent à montrer que ce sont eux qui forment le gouvernement, imposent des ministres et fabriquent de toutes pièces des blocs parlementaires pour propulser une figure au sein de l’équipe ministérielle… sans oublier les veto posés sur certains quotas, l’invention de slogans comme « les critères unifiés » sans accord sur la définition de ces critères, et les appels à un gouvernement sur base du système majoritaire…


(Lire aussi : Pour les FL, un portefeuille régalien est désormais acquis)


Selon des sources politiques bien informées, la réunion tenue dimanche au domicile du ministre Ghattas Khoury, en présence du ministre Melhem Riachi et du député Waël Bou Faour, visait à montrer que les trois composantes qu’ils représentent – le courant du Futur, les FL et le Parti socialiste progressiste – coordonnent en permanence entre elles. Mais la réunion n’a rien apporté de nouveau sur le plan du processus de formation du cabinet. Et pour cause : les obstacles sont ailleurs. Selon des sources FL, il s’agirait de l’obstination du Hezbollah à former un gouvernement selon ses conditions, en disposant du tiers de blocage afin d’empêcher le cabinet d’étudier une stratégie de défense et de plancher sur le dossier des armes des milices et du monopole de la violence légitime. Le président de la République, Michel Aoun, avait en effet annoncé à la veille des élections, dans le cadre d’un message adressé à la communauté internationale après une rencontre avec des diplomates, qu’il convoquerait après le scrutin à une séance de dialogue national pour discuter de la question de la stratégie défensive.


(Lire aussi : Ne jamais oublier, l'édito de Michel Touma)


D’aucuns s’interrogent d’ailleurs sur la position de Baabda et de ses alliés quant au retard dans la genèse du nouveau cabinet. Les milieux proches du chef de l’État n’avaient-ils pas répété à plusieurs reprises que le premier vrai gouvernement du mandat Aoun serait formé après les législatives ? Ne devait-il pas, partant, s’assurer que ce dernier serait fin prêt à être formé après le scrutin ? N’est-il pas temps d’en revenir aux fondamentaux et aux principes instaurés par le compromis présidentiel ainsi qu’au principe de distanciation qui avait été agréé par toutes les parties avec la garantie présidentielle après le retour de Saad Hariri sur sa démission en novembre dernier ? La communauté internationale, affairée sur d’autres fronts, n’a pas le temps de mettre au point un nouveau compromis au Liban comme celui qui a permis à Michel Aoun d’accéder à la présidence de la République, d’autant que le bras de fer saoudo-iranien se poursuit de plus belle dans la région.


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IL VAUT MIEUX RESTER SANS GOUVERNEMENT QUE D,ACCEPTER UN TIERS DE BLOCAGE CAR CE SERAIT LA PARALYSIE PERMANENTE ! ET ADIEU A CEDRE ET AU LIBAN ..

Yves Prevost

"empêcher le cabinet d’étudier une stratégie de défense et de plancher sur le dossier des armes des milices et du monopole de la violence légitime." Bien entendu, tout est là. Or il semble acquis que, quelle que soit la formule, le Hezbollah et alliés disposeront, non pas seulement du tiers de blocage, mais de la majorité absolue, voire celle des 2/3 dans le futur gouvernement.
Le grand danger, c'est la légalisation des armes de la milice iranienne.

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