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Liban

Pour les FL, un portefeuille régalien est désormais acquis

Exécutif Quelle que soit la taille du gouvernement, la part de Talal Arslane est jalousement gardée par Aoun.
S.N. | OLJ
07/08/2018

Depuis la visite à Baabda jeudi dernier du ministre sortant de l’Information Melhem Riachi, délégué par le chef des Forces libanaises (FL), les milieux de ce parti persistent et signent : pour eux, il est désormais acquis qu’une quote-part de quatre ministres incluant un portefeuille régalien sera attribuée aux FL, et il revient au Premier ministre désigné, Saad Hariri, de dire si le portefeuille régalien sera celui des Affaires étrangères ou de la Défense, les deux autres, à savoir l’Intérieur et les Finances, devant aller respectivement à un sunnite et un chiite.
Pour aboutir à ce « compromis », les FL auraient renoncé à leur demande de cinq portefeuilles et à la vice-présidence du Conseil des ministres, selon ces milieux. Ceux-ci réitèrent en outre les informations qui leur sont attribuées dans les médias depuis jeudi dernier : le président de la République Michel Aoun, après avoir entendu la proposition de Melhem Riachi sur les quatre portefeuilles dont le régalien, a dit qu’il n’y voyait « pas d’inconvénient », mais qu’il revenait à Saad Hariri d’en décider. « Ni je retire ni je donne », aurait-il ajouté.
Cette position du chef de l’État est interprétée par les milieux FL comme un non-refus de l’attribution d’un portefeuille régalien à ce parti.
Pourtant, les visiteurs de Baabda en fin de semaine, cités par notre correspondante Hoda Chedid, ont rapporté le refus que Michel Aoun oppose. Qui plus est, les milieux du courant du Futur ne confirment ni n’infirment, prudence oblige, l’aval de Saad Hariri à ce qu’un portefeuille régalien soit intégré à la part des FL.


(Lire aussi : Ne jamais oublier, l'édito de Michel Touma)

FL vs Ferzli
Interrogés sur ce flou, les milieux FL réitèrent l’aval de Saad Hariri, même si celui-ci n’est pas déclaré. Et pour lever toute ambiguïté sur la question, ils ajoutent, à l’adresse du camp de Michel Aoun : « Que ceux qui désapprouvent nous le disent ouvertement et nous ne participerons plus au gouvernement. »
N’est-ce pas justement le souhait du ministre sortant Gebran Bassil, exprimé indirectement hier par le vice-président de la Chambre, le député Élie Ferzli, membre du groupe parlementaire du Courant patriotique libre (CPL) ? M. Ferzli a en effet relancé hier l’idée d’un cabinet de majorité en suggérant qu’une exclusion des FL du prochain gouvernement pourrait en faciliter la formation. Il a annoncé dans une interview à la Voix du Liban-93.3 qu’il envisage de « proposer que le groupe parlementaire du “Liban fort” intègre l’opposition au cas où l’idée d’un cabinet de majorité ne serait pas prise en compte ». Et de préciser que cette proposition « a une chance d’être envisagée par le groupe du CPL ». C’est sur un ton sarcastique que les milieux FL ont choisi de commenter ces propos : « Si Élie Ferzli est chargé de former le gouvernement, les FL feront la promesse de ne pas y participer. »
Par ailleurs, en plaidant pour un cabinet de majorité, M. Ferzli entend « aider le Premier ministre désigné à former son gouvernement et surmonter les nœuds ». Il tenterait ainsi « d’éviter que la formation du cabinet attende encore l’automne prochain », selon ses dires.


(Lire aussi : La cause de l’impasse : le spectre du tiers de blocage et de la stratégie de défense)

Fatfat-Raï : Taëf, seul critère
Or, les références à de nouveaux retards dans la formation du cabinet sont perçues comme nuisant au Premier ministre désigné. C’est ce qu’a fait valoir hier l’ancien député Ahmad Fatfat. « Les dates lointaines que d’aucuns fixent pour la formation du gouvernement (…) provoquent des contre-réactions de la part des autorités sunnites qui y voient une atteinte aux prérogatives du chef du gouvernement désigné », a-t-il dit, en référence notamment à la déclaration de solidarité de Dar el-Fatwa avec le Premier ministre. S’exprimant à l’issue d’une rencontre avec le patriarche maronite Mgr Béchara Raï à Dimane, l’ancien député a semblé mettre en garde contre un glissement vers une confrontation sunnite-maronite, susceptible de justifier une révision de la Constitution.
M. Fatfat a dit avoir examiné avec le patriarche « les difficultés liées à la formation du gouvernement » et a déploré les hérésies des quotes-parts et l’invention de critères qui conviennent à toutes les parties. Pour lui, « le vrai critère reste la Constitution et Taëf ».


(Lire aussi : Gouvernement : vers une crise de système ?)


Les deux formules de Aoun
Même si le chef de l’État invite le Premier ministre désigné à débattre avec Gebran Bassil de ses propositions de formules, l’identité des positions entre Michel Aoun et son gendre n’est pas un secret. Les deux plaident pour « un critère unifié », à savoir « un portefeuille pour quatre députés dans le cas d’un cabinet de trente et un portefeuille pour cinq députés dans un cabinet de 24 ». Cela exclut d’entrée le groupe du Parti syrien national social (PSNS) et celui des Kataëb, formé chacun de trois députés.
Les deux cas de figure envisagés par Baabda et rapportés par notre correspondante Hoda Chedid sont les suivants :
– Dans un cabinet de 30 (six chiites, sunnites et maronites respectivement; quatre orthodoxes ; trois druzes et trois catholiques ; deux Arméniens), la répartition des quotes-parts serait de trois portefeuilles au chef de l’État, sept au CPL, cinq au courant du Futur, trois aux FL, quatre pour Amal, trois pour le Hezbollah, deux pour le Parti socialiste progressiste, un pour le bloc de la Coalition nationale (Marada et alliés), un pour le groupe des « Sunnites indépendants » (Fayçal Karamé, Jihad el-Samad, Oussama Saad, Kassem Hachem, Walid Succariyé, etc.) et un pour le groupe sunnito-chrétien emmené par Nagib Mikati.
– Dans un cabinet de 24 (quatre chiites, sunnites et maronites respectivement ; trois orthodoxes ; deux druzes et deux catholiques ; un Arménien), le chef de l’État garde sa part de trois portefeuilles, ainsi que les FL; le CPL obtient cinq ministères, le courant du Futur en a quatre, Amal trois, le Hezbollah deux, la « Coalition nationale », un ministère ; les deux portefeuilles « druzes » iraient au PSP, d’une part, et au groupe de Talal Arslane (formé par lui et trois députés du CPL de la circonscription Chouf-Aley qui ont été adjoints à lui, NDLR), de l’autre.
Certes, les milieux de Baabda font remarquer que ces deux moutures n’accordent le tiers de blocage à aucun groupe, ni au CPL et au chef de l’État réunis.
Toutefois, comment expliquer que dans un gouvernement de 24, auquel le critère d’un ministre pour cinq députés devrait s’appliquer, le groupe de quatre députés emmené par Talal Arslane doive obtenir un portefeuille?

Si les formules de 24 proposées respectivement par Michel Aoun et Saad Hariri ont en commun d’accorder trois portefeuilles aux FL (indépendamment de la question du ministère régalien), elles divergent sur la part druze : Saad Hariri a jugé naturel d’accorder les deux sièges à Walid Joumblatt. Une répartition égalitaire entre lui et Talal Arslane étant incohérente au regard de leurs poids respectifs, Saad Hariri avait jugé que l’avantage d’un cabinet de 24 est d’exclure d’entrée la participation de M. Arslane et avait espéré ainsi défaire le nœud dit druze.


(Lire aussi : Gouvernement : la valse des accusations et des critères se poursuit)

Convergences Aoun-Hezbollah
Si Michel Aoun y tient en revanche, c’est manifestement pour sécuriser, par l’intermédiaire du député druze, un tiers de blocage en sa faveur au sein du cabinet. Autrement dit, même si le nœud chrétien venait à se régler entre les FL et le CPL, et même si Saad Hariri a fait montre d’ouverture pour ce qui est de la participation d’un sunnite ne gravitant pas dans le giron de son courant politique, même au sein d’un cabinet de 24, le nœud druze, que Michel Aoun ne semble avoir nulle intention de défaire, persistera. C’est ce que ses milieux appellent « la formation d’un gouvernement sur base de la proportionnelle ». Et c’est la même formule qu’a employée hier le député du Hezbollah, Mohammad Fneich, dans une déclaration lors d’une conférence à Tyr.


Pour mémoire

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gaby sioufi

faut en rire plutot que d'en pleurer , jugez donc de l'anecdotique situation :
elu X a l'origine faisant groupe avec un Bloc Y,
se presente aux elections au sein d'un autre bloc Z forme de 4 qui appartiennent AUSSI au Bloc Y- mais pas grave , l'absurde est de rigueur ,
ce bloc Z demande haut et fort sa PART ds le gouv, independamment du Bloc Y.

maintenant faisons un calcul rapide base sur la theorie du "raisonnement par l'absurde" tt a fait adequat en l'occurence , l'on verra le Bloc Y forme de 29 idoles , remanie, doit devenir ainsi un bloc forme de 33 idoles.
cet exemple de l'absurde se repete avec d'autres idoles/blocs et se repercute sur notre bel avenir tel que decrit dans le Nouveau Liban et la nouvelle ere glorieuse.

Irene Said

Un piteux théatre, joué par de mauvaises marionnettes, dont les ficelles sont actionnées par ceux qui ne veulent manifestement pas que notre pays avance.
Ou alors selon leurs conditions...et comme chaque marionnette croit avoir le droit d'exiger ceci ou cela...notre malheureux pays continue de subir les conséquences honteuses de cette mauvaise pièce de théatre, et de se ridiculiser !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RETARDER LA FORMATION DU GOUVERNEMENT CAR ON VEUT Y INTEGRER BON GRE MAL GRE ARSLAN QUI NE REPRESENTE QUE LUI MEME C,EST LE COMBLE !

Yves Prevost

Je remarque que, dans toutes les formules proposées, le camp anti-souverainiste détient plus de la moitié des portefeuilles.

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