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Liban

Gouvernement : Hariri met tous les protagonistes au pied du mur

Gouvernement

 « S’il faut que nous menions une action politique, diplomatique et populaire pour libérer le Liban de sa prison politique, nous ne perdrons pas de temps », lance Gebran Bassil.

Yara ABI AKL | OLJ
08/08/2018

De retour à Beyrouth après un déplacement à Paris, le Premier ministre désigné, Saad Hariri, a mis hier tous les protagonistes devant leurs responsabilités quant à la formation du prochain gouvernement, réitérant son appel à des concessions qui seraient à même de faciliter sa mission au lieu de continuer à renvoyer la balle dans son camp. 

S’exprimant lors d’une conversation à bâtons rompus avec les journalistes avant la réunion hebdomadaire du bloc parlementaire du Futur, M. Hariri a déclaré : « On me fait porter la responsabilité du retard alors que toutes les parties se réfugient derrière leurs revendications. » Il a appelé toutes ces parties à « consentir à des sacrifices pour l’intérêt du pays ». « Je suis le Premier ministre désigné pour former le gouvernement. Je discute avec tout le monde, y compris le Hezbollah, et j’ai toutes leurs demandes », a-t-il ajouté, réaffirmant sa volonté de former un cabinet d’union nationale.
Saad Hariri répondait ainsi implicitement au président de la République, Michel Aoun. Selon certains médias locaux, le chef de l’État aurait déclaré devant ses visiteurs – pour la deuxième fois en moins d’une semaine – que le Premier ministre a deux choix : former un cabinet d’entente nationale conformément aux résultats des élections législatives, ou bien mettre sur pied un gouvernement de majorité.

Aux yeux de certains observateurs, ces propos traduisent une position confuse sur le sujet de la part de Baabda, le président Michel Aoun ayant lui-même sur les rails la formule du cabinet d’entente nationale, dans son discours de la fête de l’Armée, il y a une semaine. Il n’en est rien, réplique-t-on à la présidence, où l’on explique que les déclarations du chef de l’État ne signifient pas qu’il exerce un forcing pour la mise sur pied d’un gouvernement de majorité. En réalité, ajoute-t-on, il ne fait que présenter les alternatives à un éventuel échec à mettre sur pied un cabinet d’entente.
Dans les mêmes milieux, on souligne que lors de la fête de l’Armée, le locataire de Baabda a défini les critères qui devraient être respectés lors de la formation du gouvernement. Et Baabda attend une mouture conforme à ces critères. Pour rappel, Michel Aoun avait plaidé pour un cabinet qui rassemblerait toutes les composantes politiques, « loin de la marginalisation et du monopole de la représentation communautaire ». Des propos que certains interprètent comme une insistance de Michel Aoun à intégrer le chef du Parti démocrate libanais, Talal Arslane, à la future équipe Hariri, contrairement à la volonté du chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, de disposer de tous les ministres druzes.


(Lire aussi : Pour les FL, un portefeuille régalien est désormais acquis)



L’escalade du CPL
Tout comme le chef de l’État, le CPL semble de plus en plus déterminé à mener M. Arslane au prochain gouvernement. C’est cette impression qui se dégage des propos tenus hier par Gebran Bassil à l’issue de la réunion hebdomadaire du bloc Le Liban fort parrainé par le courant aouniste. « Nous attendons la naissance d’un gouvernement basé sur une juste représentativité et la volonté des gens qui ont donné leur opinion lors des dernières élections législatives », a lancé M. Bassil dans ce qui a sonné comme un message direct aussi bien à Saad Hariri qu’à Walid Joumblatt. « On ne peut faire du chantage au mandat Aoun dans le but de mettre sur pied un cabinet mort-né, a-t-il ajouté. S’il faut que nous menions une action politique, diplomatique et populaire pour libérer le Liban de sa prison politique, alors nous ne perdrons pas de temps », a-t-il tonné. Un peu plus tôt, Saad Hariri avait nié l’existence d’une tentative d’entraver le mandat Aoun et assuré qu’il s’entretiendra avec M. Bassil « lorsqu’il y aura du nouveau ». Interrogé sur les velléités présidentielles de ce dernier, le Premier ministre a répondu qu’il était prématuré d’évoquer la bataille présidentielle de 2022.


(Lire aussi : La cause de l’impasse : le spectre du tiers de blocage et de la stratégie de défense)


« L’entente interne est la seule voie possible pour la naissance du gouvernement et le retour à la normale de l’action des institutions », a de son côté indiqué le bloc du Futur à l’issue de sa réunion hebdomadaire. « M. Hariri continuera à œuvrer pour la formation d’un gouvernement d’union nationale tenant compte de la confiance que le Parlement devra lui accorder », poursuit le communiqué, qui insiste sur les dimensions « locales » des obstacles empêchant le cabinet de voir le jour. Le bloc a réfuté « les allégations au sujet d’influences extérieures (sur le processus de formation du cabinet) », notant que certains lient la mise sur pied du cabinet à une éventuelle approbation du régime syrien, ce que le Premier ministre situe dans le cadre des propos destinés à la consommation extérieure. Le Futur répondait ainsi à certains ténors du Hezbollah qui accusaient l’Arabie saoudite de retarder la mise sur pied de l’équipe ministérielle. Plus tôt dans la journée, Saad Hariri a démenti, dans un communiqué publié par son bureau de presse, tout contact avec Paris et Riyad pour aider à la formation du prochain gouvernement, insistant sur le caractère « familial » de sa visite en France.
Si M. Bassil n’a pas donné de détails quant aux modalités de concrétisation de son escalade verbale, une source au sein du CPL indique à L’OLJ que le parti de M. Bassil estime que les FL et le PSP bloquent le processus de formation du gouvernement. Dans les mêmes milieux, on reconnaît, toutefois, qu’il n’est pas encore question d’une éventuelle escalade dans la rue face au blocage institutionnel.

En face, un proche de M. Hariri confirme à L’OLJ que ce dernier est » convaincu « des demandes de Moukhtara et de Meerab, en dépit des prises de position de M. Bassil, et qu’il est déterminé à former un gouvernement d’entente nationale, malgré « l’escalade verbale » du chef de l’État.


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Le Faucon Pèlerin

Saad Hariri est désigné pour former le gouvernement ce qui veut dire que c'est à lui tout seul que revient le droit de nommer les ministres. Il n'a pas à attendre les interventions de qui que soit ni les "fakhamat II" ni un quelconque chef de groupe. Qu'attend-t-il pour décider immédiatement, mettant tous les obstructifs devant le fait accompli comme cela se fait dans les pays modernes.

Irene Said

Pas au pied du mur...mais derrière le mur et bien cachés...et qu'on en finisse avec leurs irresponsabilité !
Irène Saïd


IMB a SPO

Un vrais desastre! C'est quoi cette Republique? Faut attendre le feu vert de la Syrie, de l'Iran, de l'Arabie Seoudite? Mais ou est l'interet national? Une honte!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HARIRI DEVRAIT ANNONCER PUBLIQUEMENT LES NOMS DE SES MINISTRES AU GOUVERNEMENT ET QUE CEUX QUI S,Y OPPOSENT LE PROCLAMENT OUVERTEMENT POUR ETRE CONNUS ... BIEN QU,ILS LE SONT DEJA... DU PEUPLE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,AFFAIRE EST GENDRISSIMO-BEAUPERISTE !

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