Byblos Bank : Des solutions bien connues qui ne demandent qu’à être appliquées

OLJ
31/07/2018

« Nous disposons de l’ensemble des leviers qui pourraient favoriser l’amélioration de la situation socio-économique du Liban; mais cela suppose que le nouveau Parlement enclenche l’adoption des projets et des lois et que le pouvoir exécutif assume ses responsabilités face aux défis pressants. » C’est avec ces mots que Nassib Ghobril, économiste en chef et directeur du département Recherches et Analyses économiques du Groupe Byblos Bank, résume ce qu’il considère être l’unique issue à la crise actuelle. Voici l’intégralité de l’entretien qu’il a bien voulu accorder à L’Orient-Le Jour.

« La compétitivité économique du Liban n’a cessé de régresser ces dernières années, non seulement à cause de la détérioration de la qualité des infrastructures, mais aussi de la hausse des difficultés et du coût des procédures administratives ; en d’autres termes, le fardeau que constitue le secteur public par rapport au secteur privé. L’absence de politiques économiques et financières claires, la corruption ainsi que l’instabilité politique qui a régné sur le pays ont achevé de mettre à mal la compétitivité du Liban », affirme M. Ghobril en faisant référence au sondage des directeurs exécutifs d’entreprises du Liban, effectué par le Forum économique mondial en 2017. Ce dernier avait classé le Liban au 105e rang sur l’Indice de compétitivité mondiale sur les 135 pays évalués, ce qui signifie que 77 % des pays classés bénéficiaient d’une économie plus compétitive que celle du Liban. Par ailleurs, l’enquête annuelle effectuée par le groupe de la Banque mondiale sur le climat des affaires a montré que 70 % des pays du monde bénéficient d’un environnement des affaires meilleur que celui du Liban en 2018. Ce sont les raisons principales du ralentissement continu de la croissance économique, malgré l’amélioration de la situation politique locale.



Nassib Ghobril a cependant assuré: « Tout le monde sait, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du Liban, que les ressources humaines et financières nécessaires au gouvernement libanais pour améliorer les infrastructures et réformer l’administration publique sont disponibles. De nombreux rapports et études menés par des structures indépendantes (comme la Banque mondiale, l’Institut international des finances, les agences de notation et le Fonds monétaire international) ainsi que par les responsables au sein du secteur bancaire ont défini les actions nécessaires à la réalisation de ces objectifs selon les priorités sectorielles et le coût de chaque projet. La balle est, et restera, dans le camp du Parlement libanais, élu par les citoyens, et du pouvoir exécutif qui devront étudier, réviser, promulguer et mettre en œuvre ces projets afin d’améliorer le niveau de vie des Libanais, le climat des investissements et l’environnement des affaires. Cette mise en action aura aussi pour effet de participer à la croissance économique et à la création d’emplois, surtout pour les jeunes. »

« La conférence CEDRE constitue une réelle opportunité afin de profiter du soutien moral et financier de la communauté internationale par rapport à la stabilité économique et financière du Liban. C’est pourquoi le Parlement et plus particulièrement le Conseil des ministres devraient décider des réformes structurelles à mettre en place au sein du secteur public dans les plus brefs délais. Ils devraient aussi œuvrer à réduire les dépenses superflues dans un certain nombre de secteurs, surtout ceux qui pourraient être gérés de manière plus efficace, moins coûteuse et plus transparente par le secteur privé, avec des investissements garantissant un certain niveau de qualité de service et une facture équitable pour le citoyen», a-t-il ajouté.

Nassib Ghobril a de même souligné que « la hausse des impôts pour tous les citoyens et toutes les entreprises, petites, moyennes et grandes, ne suffira pas à remédier à la gestion actuelle des finances publiques, y compris à court terme. Les dépenses publiques ont en effet augmenté de 127 % entre 2005 et 2017, le secteur public ayant embauché 26 000 fonctionnaires au cours des trois dernières années, ce qui représente plus de l’ensemble des employés travaillant dans le secteur bancaire. Ce dernier contribue, d’ailleurs, à près de 50 % des recettes de l’impôt sur le revenu et de 15 % de l’ensemble des recettes fiscales de l’État : un pourcentage deux fois plus important que la contribution du secteur public au PIB. Les salaires publics atteignaient 38 % des dépenses publiques dans le budget de 2018. Réduire la part du secteur public dans le budget de l’État et le nombre de fonctionnaires improductifs permettrait de diminuer de façon significative les dépenses publiques. L’application de la loi sur la grille des salaires suppose une évaluation annuelle du rendement des fonctionnaires. Pourtant, aucune évaluation n’a été réalisée jusqu’à présent. Aussi faudrait-il réformer au plus vite le système de retraite des fonctionnaires du secteur public, ce droit étant acquis pour les générations futures. Plus cette décision se fera attendre, plus le coût économique et social sera important pour le Liban, particulièrement en raison d’une hausse de près de 66 % des pensions de retraite pour les fonctionnaires entre 2010 et 2016 ; la valeur de ces indemnisations a atteint 1,2 milliard de dollars rien qu’en 2016, soit 2,4 % du PIB ».

M. Ghobril a expliqué, par ailleurs, qu’il faudrait trouver une solution radicale au problème de l’électricité car il impacte à la fois l’économie, le secteur privé et les finances publiques, tout en coûtant très cher aux citoyens. Il a notamment souligné la nécessité « d’assurer le courant électrique à l’ensemble des citoyens, dans toutes les régions, en optant pour une hausse progressive des tarifs, tout en permettant au secteur privé de produire de l’électricité. La Banque mondiale a d’ailleurs rapporté que les citoyens étaient prêts à accepter une hausse des tarifs dans la mesure où ce service serait assuré 24h/24. La tarification de l’eau est aussi à revoir, en facturant la consommation effective des citoyens et non plus seulement un montant forfaitaire annuel ».

Le directeur du département Recherches et Analyses économiques du Groupe Byblos Bank a ainsi conclu: « La croissance durable, le développement et la construction d’une société moderne pour les générations actuelles et à venir ne peuvent être atteints par des paroles et des slogans creux. Deux conditions sont aujourd’hui indispensables pour mener à bien cette mission : une volonté politique réelle de mettre en place des réformes structurelles et lancer un vaste chantier d’exécution de projets, de modernisation et d’application sans concession des lois et des réformes, ainsi que la responsabilité de toute la classe politique vis-à-vis des décisions prises. »


Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué