Torbey : Si le pari de l’économie est perdu, la politique elle aussi succombe

Joseph Torbey, le président de l'Association des banques.

Le président de l’Association des banques estime que la transformation digitale est inévitable pour les banques afin d’offrir des services plus agiles à une clientèle devenue plus connectée et exigeante.

OLJ
31/07/2018

Que pensez-vous de la santé du secteur bancaire à l’heure actuelle malgré de nombreuses nouvelles plus ou moins alarmistes ?

Le secteur bancaire libanais demeure solide, bien réglementé et fonctionne en conformité avec les nombreuses exigences réglementaires internationales. Il bénéficie d’un cadre humain hautement qualifié et des investissements considérables en technologie. Nos banques libanaises sont présentes dans 130 villes du monde.

De plus, les fonds propres des banques libanaises ont atteint les 21 milliards de dollars en juin 2018, affichant un taux de croissance continu de l’ordre de 12 %. Le total des actifs gérés a atteint les 233 milliards de dollars, représentant près de 400 % du PIB. Les prêts au secteur privé sont de l’ordre de 60 milliards de dollars, dont 55 milliards octroyés au secteur privé local. Le secteur bancaire libanais possède donc les fonds nécessaires à des investissements dans les projets économiquement viables, et nous possédons les moyens et l’expertise, en collaboration avec la Banque du Liban, pour assurer le financement à long terme de tels projets.

Par ailleurs, les dépôts des clients dans les banques libanaises ont dépassé la barre des 177 milliards de dollars en juin 2018. Et en dépit du contexte économique difficile et de la conjoncture géopolitique complexe dans lesquels nos banques opèrent, celles-ci gardent des capacités professionnelles et des réseaux relationnels importants leur permettant d’attirer des dépôts et de réaliser des taux de croissance variant entre 5 et 6 %. Les agences de notation les plus importantes soulignent la capacité des banques libanaises à attirer des dépôts pour ainsi préserver la stabilité économique et financière du pays.

N’oublions pas que tout au long des 7 dernières années, le flux des réfugiés syriens a exacerbé les problèmes économiques déjà existants au Liban et détérioré davantage les infrastructures dégradées et les services publics engorgés.

Le gouvernement, une fois formé, est donc appelé à entamer d’urgence des réformes structurelles nécessaires stipulées dans la conférence CEDRE pour améliorer le climat des affaires, moderniser l’économie et le secteur public, et ainsi donner l’essor nécessaire au secteur privé lui permettant de réaliser son potentiel. Le plus grand défi des responsables politiques à l’heure actuelle est de relancer l’économie agonisante, car si le pari de l’économie est perdu, la politique elle aussi succombe.


Que pensez-vous de la tentative de piratage subie par des établissements bancaires ces dernières semaines et quelles mesures préconisez-vous pour renforcer la sécurité informatique ?

Les tentatives de piratage existent partout ces temps-ci dans notre monde interconnecté et visent toutes les sociétés et pas seulement les banques. Cependant, ces dernières appliquent des mesures de sécurité plus robustes que d’autres institutions, étant donné qu’elles se doivent de sauvegarder la confidentialité des informations des clients et bien évidemment leur fortune. Des standards internationaux de sécurité informatique sont appliqués dans ce domaine, tels que l’ISO 27001 et le PCI-DSS (Payment Card Industry-Data Security Standard). La sécurité informatique est également un processus permanent qui évolue avec l’évolution rapide de la technologie et vise à protéger et à maîtriser le contrôle d’accès et les droits des utilisateurs du système d’information. De plus, la sécurité informatique, ce ne sont pas uniquement des solutions techniques, mais également des mesures de formation et de sensibilisation à l’intention des employés et des utilisateurs, ainsi qu’un ensemble de règles clairement définies. Les circulaires de la Banque centrale portant les mesures strictes à appliquer dans ce domaine sont nombreuses, à savoir : les circulaires numéro 69, 144, 222,225 et 272. Le chemin de renforcement de la sécurité informatique est donc continu.



Avec la crise actuelle, encouragez-vous les fusions-acquisitions entre banques et la numérisation des services pour créer des synergies et réduire les coûts ?

Concernant les fusions-acquisitions, la Banque du Liban exclut toute fusion-acquisition entre les banques alpha de la place pour éviter d’éventuels risques systémiques.

Par contre, dans notre marché libanais saturé de banques dont le nombre s’élève à 49 banques commerciales ayant 1 065 agences, les fusions-acquisitions sont encouragées entre les petites banques pour stimuler la compétitivité d’une part, ou avec les banques alpha d’autre part, pour éviter des difficultés éventuelles dues aux coûts élevés de la mise en conformité avec les réglementations internationales de lutte contre le blanchiment d’argent, le renforcement de la liquidité, les normes comptables IFRS9 ou de protection du consommateur, FATCA, RGPD, et la liste est longue… Toute opération de fusion-acquisition devrait cependant être étudiée au cas par cas, et dépend beaucoup des négociations entre les banques elles-mêmes.

Quant à la question de la numérisation et la réduction des coûts, la transformation digitale est inévitable pour les banques dont la majorité a déjà entamé ce parcours afin d’offrir des services plus agiles à la clientèle, devenue de plus en plus connectée et exigeante. Le monde digital et l’innovation ont contribué à une plus grande souplesse d’utilisation pour les consommateurs, surtout les jeunes, et une réduction des coûts pour les banques. Cependant, toutes les opérations ne peuvent pas se faire en ligne ou sur les distributeurs automatiques de billets (DAB, ATM), surtout lorsqu’il s’agit d’opérations complexes ou de conseils financiers et de gestion de fortune par exemple ; les clients dans ce cas préfèrent s’adresser à une personne de confiance à la banque.


Les banques libanaises continuent de multiplier les agences à travers le pays, alors que partout ailleurs dans le monde celles-ci sont en train de disparaître au profit des applications mobiles. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Dans notre société, le réseau d’agences continue de jouer un rôle important, étant donné que le critère de base dans le choix de la banque est la présence d’une agence proche du domicile, et beaucoup de clients préfèrent toujours le face-à-face. Cela dit, l’amélioration de la relation client passera certainement par la technologie. Les DAB ont beaucoup facilité le retrait et le dépôt d’argent et de chèques sans passer par le guichet. De même, les cartes bancaires ont redéfini la façon dont les consommateurs gèrent leurs paiements au quotidien, et la consultation de compte sur smartphone gagne de plus en plus de terrain. Pourtant, le numérique n’est pas la solution à tout, et beaucoup de défis demeurent encore à relever, surtout sur le plan de la réglementation qui doit suivre le cours très rapide de l’innovation technologique de l’industrie bancaire.


Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué