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Liban

La plus grande mosaïque recyclée au monde au Waterfront City

Environnement

En transformant des déchets en œuvre d’art gigantesque, des Libanais ont remporté un record Guinness.

31/07/2018

Depuis le 3 juillet, une centaine de volontaires de différentes régions du Liban se sont rendus au Waterfront City à Dbayé pour transformer des déchets en mosaïque. À l’aide de bouteilles en plastique, de boîtes de conserve, et d’autres déchets recyclables, ils ont constitué deux voiliers naviguant sur la mer, suivis de 18 oiseaux, d’un soleil et de nuages. Avec un total de 971,37 mètres carrés, le Liban a battu un record mondial.
Pour célébrer l’arrivée d’un représentant du record Guinness, Ahmed Gabr, plusieurs performances musicales et discours étaient au rendez-vous. Avec l’attente du résultat final, la tension était palpable. Aux différentes extrémités de la scène où étaient projetées plusieurs photos de la construction de la mosaïque, différents kiosques spécialisés dans la matière recyclable vendaient des produits. Habillés élégamment, le public et les organisateurs du projet attendaient avec nervosité le résultat final du représentant du record Guinness.

Transformer le laid en beau
Habitant à Dubaï, c’est en revenant pour des vacances dans son pays natal que Waël Jaber, fondateur de l’association CleverNess, a vu l’ampleur de la crise des déchets. Après avoir fait la rencontre d’une personne qui travaillait dans le recyclage, il a décidé d’entreprendre un projet d’envergure pour sensibiliser les gens à la récupération. « Le but de ce projet est de montrer au monde entier et aux Libanais qu’il est possible de transformer les déchets en quelque chose d’artistique », explique le fondateur de CleverNess.
C’est pour cette raison que son acolyte, l’artiste Pierre Abboud, a décidé de l’aider dans son projet. « On a plein de défauts dans le pays. Pourquoi ne pas les transformer en chefs-d’œuvre ? » souligne-t-il, précisant qu’il adore ce genre de défi et qu’il prévoit d’en relever d’autres.

Même constat pour le volontaire Waël Ghadban, qui a travaillé sous le soleil pendant six jours pour créer la mosaïque. « Je vis ici, je vois les déchets partout. Je veux que notre pays ait une belle image à l’international », explique-t-il. Le volontaire Émeric Wehbé a contribué à ce projet pour sensibiliser les gens à la consignation. « Un projet comme celui-ci montre à la population qu’il est possible de faire du recyclage au Liban », souligne-t-il.

C’est aussi ce que croit la députée Paula Yacoubian, présente à la soirée. « Je vous demande de partager la photo de la mosaïque pour que les Libanais prennent conscience de la gravité du problème, et qu’ils puissent être plus sensibles au recyclage », déclare-t-elle sur scène, en félicitant l’équipe qui a confectionné la mosaïque.

Pour réaliser ce projet, Waël Ghadban s’est aussi associé au Waterfront City à Dbayé. « Nous avons décidé d’accueillir cet événement car leur projet nous rejoint au niveau des valeurs du développement durable et de l’environnement », explique le directeur du Waterfront City, John Ward, qui a aussi aidé l’équipe dans l’organisation du projet.


(Lire aussi : Un bateau en bouteilles en plastique relie Jbeil à Beyrouth)



Une œuvre qui unit
L’artiste qui a créé l’œuvre voulait s’assurer que celle-ci représente bien le Liban. « On voulait une idée qui unisse tous les Libanais. Une œuvre que tout le monde peut comprendre », souligne Pierre Abboud. Pour lui, les bateaux surmontés du drapeau national sont une métaphore du peuple libanais. « Ce sont des bateaux qui essaient d’arriver au rivage, mais qui font toujours face à des défis. Ils doivent affronter les vagues et le vent. Nous sommes ces bateaux. Parfois, nous quittons le pays, mais nous y revenons toujours », explique-t-il, ajoutant qu’il vit actuellement à Dubaï. Pour représenter tous les Libanais, il a aussi ajouté 18 oiseaux, qui symbolisent les différentes confessions religieuses reconnues par l’État. Tous ces motifs ont été créés avec à 9 530 pièces en plastique, 4 185 cannes, 2 776 morceaux d’aluminium et 1 062 fragments de verre.

La population doit se mettre à l’œuvre
L’équipe du projet valorise fortement l’engagement citoyen pour changer la situation au Liban. « Il y a un problème au Liban, mais la plupart des personnes qui vivent ici regardent toujours le négatif. Ils blâment toujours le gouvernement, déplore Waël Jaber. Il faut qu’ils commencent à penser différemment. Ils peuvent aider à changer la situation. S’ils y croient, c’est possible. »
C’est aussi le message que Pierre Abboud souhaite transmettre au grand public. « Nous pouvons faire de belles choses avec des saletés, précise-t-il. Ayons un peu plus d’espoir et beaucoup plus de motivation. Il ne faut pas attendre que les municipalités, le gouvernement et les institutions prennent les devants. »
À 19h30, le représentant du record Guinness, Ahmed Gabr, évalue la mosaïque. Il observe, mesure et se promène autour de ce vaste rectangle coloré, carnet de notes à la main. Le public est obnubilé par chaque geste qu’il fait. Un quart d’heure plus tard, au coucher du soleil, il arrive sur scène et annonce le résultat officiel. « Cette mosaïque bat le record de 450 mètres carrés détenu par l’Autriche. C’est un nouveau record mondial avec une mosaïque de 971,73 mètres carrés », déclare-t-il.
La soirée se termine sous les applaudissements. Fière, heureuse et soulagée, l’équipe du projet monte sur scène. Avec de grands sourires sur le visage, elle brandit dans les airs un diplôme encadré sur lequel il est inscrit « Guinness World Record 2018 ».

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