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Liban

Liberté d'expression : les convocations d’activistes libanais se poursuivent

Liban

Deux internautes ont été convoqués pour avoir critiqué le chef de l’État et le ministre sortant des Affaires étrangères.

Nada MERHI | OLJ
25/07/2018

La chasse aux sorcières menée par le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques des Forces de sécurité intérieure à l’encontre des internautes qui critiquent le chef de l’État ou un membre de sa famille se poursuit. Les dernières convocations en date remontent à hier. Deux internautes, Rawane Khatib et Khaled Abbouchi, ont respectivement été convoqués par le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques et les services de renseignements, selon le Centre SKeyes pour la défense de la liberté d’expression. Dans le cas de Khaled Abbouchi, on ne précise pas s’il s’agit des SR de l’armée, des FSI, de la Sûreté générale ou encore de la Sécurité de l’État. Jusqu’en soirée, ces convocations n’ont pas été confirmées de sources officielles. Dans un post sur Facebook datant du 17 juillet, Rawane Khatib a invité le chef de l’État, Michel Aoun, à « conclure un accord avec un pays européen où seront envoyés tous les Libanais », d’autant qu’il est « mécontent du peuple et le peuple est mécontent du pays ». Ainsi, poursuit la jeune femme, « le peuple sera soulagé et le pays vous appartiendra, ainsi qu’à vos gendres ». Hier, Rawane Khatib a publié un post sur sa page Facebook, annonçant que le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques l’avait convoquée. Elle doit s’y présenter aujourd’hui à 10h.

Le post Facebook de Khaled Abbouchi date du 29 décembre 2017. Le jeune homme s’en était alors pris au ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, le traitant de « marchand ». Contacté par L’Orient-Le Jour, le chef du bureau de lutte contre les crimes cybernétiques, le général Ghassan Chamseddine, a déclaré « ne pas être au courant de l’affaire ».


(Lire aussi : Bilan consternant pour la liberté d’expression au Liban)

« Obsession de la force »
« Ces convocations dépassent la logique et l’acceptable et démontrent à quel point cette obsession de montrer la force est une faiblesse », s’insurge Ayman Mhanna, directeur exécutif de la Fondation Samir Kassir. « Or la force vient de la bonne gouvernance, du respect de la Constitution, des opinions différentes et de l’opposition », poursuit-il, soulignant que « jusqu’à une période récente, les gens étaient convoqués à des interrogatoires lorsqu’ils critiquaient le président ou quelqu’un de sa famille ». « Depuis un certain temps, toutefois, on est susceptible de poursuites même dans le cas de critiques légitimes et basiques, note-t-il. S’il n’y a plus de tolérance à ce genre de critiques, c’est que la situation dans le pays est plus grave que nous le pensons. » Et d’insister : « Des gens qui ont toujours été des fervents défenseurs des libertés publiques, comme Ziyad Baroud, Ghassan Moukheiber et Jawad Boulos, doivent absolument prendre une position publique vis-à-vis de ce qui se passe. » 

M. Moukheiber, ancien rapporteur de la commission parlementaire des Droits de l’homme, estime que « la liberté d’expression est consacrée dans la Constitution libanaise et fondamentale dans la Déclaration universelle des droits de l’homme », et « ses limites restent les droits et la liberté d’autrui ».

« La critique politique n’est nécessairement pas une injure ni une diffamation, ajoute-t-il. Elle devrait être protégée dans le cadre d’une démocratie fonctionnelle. Or il est toujours difficile d’établir la limite entre la critique politique et l’injure et la diffamation. C’est à la justice de le faire, au cas par cas. » 

M. Moukheiber note que « l’injure ou la diffamation contre le chef de l’État est différente de toute autre personne, en ce sens que des poursuites peuvent être engagées sans plainte, alors que dans le cas des ministres, députés ou citoyens, la plainte est une condition nécessaire ». « De même, la diffamation de tout fonctionnaire public, sauf le chef de l’État, peut disculper la personne poursuivie si elle arrivait à prouver la véracité de ses dires, précise-t-il. L’ensemble de ces dispositions a besoin au Liban de vigilance judiciaire et politique de même que de réformes législatives. » 

M. Moukheiber déplore par ailleurs le fait que le bureau de lutte contre les crimes cybernétiques « s’arroge des compétences qui ne sont pas de son ressort ». « C’est un bureau technique, qui devrait être spécialisé dans la technologie informatique. Il doit donc donner des informations techniques à la police judiciaire, aux juges d’instruction et procureurs, souligne-t-il. Or il est en train d’interroger des individus dans un éventail très vaste de crimes qui engagent la technologie, particulièrement dans des délits d’opinion. »



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gaby sioufi

si j'etais mr moukheiber j'aurais prefere n'avoir pas " Eclaire "le lecteur de ces details tres tres confus ET font effet contraire .
-liberte d'expression s'arrete aux limites des droits & de la liberte d'autrui : pour une explication ca n'est pas une du tout : le cas echeant quels sont ces droits ? sur quelle base decider qu'on aurait "atteint" a la liberte de l'autre ?
-Pourquoi le chef de l'etat est il exclus de ce qui releve de la liberte d'expression citee ci-haut ? pourquoi pas le 1er ministre, le chef du parlement pr ex ?
-pourquoi les limites strictes appliquees si la parole vise un fonctionnaire public ?
que son auteur DEVRA prouver la veracite de ses critiques sinon serait jete en prison pr ex ? commetn prouver la veracite d'une critique? d'un blame ? ABERRANT!
surtout sachant que a part les politiques , C surtout bon nombre de fonctionnaires publics qui sont montres du doigt . Alors ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ATOLL CRABIEN !

Tabet Karim

république bananiere.......

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