Liban

Sommet de Helsinki : le Liban attend aussi...

Décryptage
19/07/2018

Le monde, y compris le Liban qui attend toujours la formation de son gouvernement, a retenu son souffle pendant quelques heures, mais le sommet entre Donald Trump et Vladmir Poutine (qui s’est tenu à l’ancien palais des tsars à Helsinki) n’a pas fini de révéler ses secrets. Même les proches des deux présidents ne connaissent pas avec précision les détails des discussions, la rencontre entre les deux chefs d’État ayant eu lieu en tête à tête avec la seule présence de leurs deux interprètes, lesquels sont forcément tenus au plus grand secret. Pendant deux heures, Donald Trump et Vladimir Poutine ont évoqué des dossiers de la planète, mais ce qui a filtré de cette rencontre est ce qu’ils ont bien voulu en dire à leurs proches conseillers. Ce qui laisse forcément une grande place aux spéculations. Au Liban, chaque partie procède à la lecture qui lui convient et qui est compatible avec ses intérêts, mais la réalité semble quelque peu différente.


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L’impression générale dans les médias américains, européens et même israéliens donne ainsi l’avantage au président russe qui a visiblement obtenu gain de cause sur la plupart des dossiers en suspens, notamment concernant la Syrie et l’Iran, pour ne citer que ceux-là. Au point d’ailleurs que c’est le président russe qui a sauvé la mise à son homologue américain au cours de la conférence de presse conjointe à Helsinki en disant : « Mais si, mais si, nous avons évoqué le dossier de la Crimée. » De plus, face au tollé provoqué aux États-Unis mêmes, chez les démocrates et chez les républicains, par ses propos qualifiés de conciliants à l’égard du président russe et insultants pour les services américains, Donald Trump a dû hier se rétracter et reconnaître qu’il n’a pas su s’exprimer. En France, certains spécialistes des États-Unis citent à titre de comparaison le sommet qui s’est tenu en 1961 entre Nikita Khrouchtchev et John Kennedy, à la suite duquel le jeune président américain avait reconnu s’être « fait massacrer »... À cette époque, John Kennedy venait d’accéder à la présidence des États-Unis et il avait en face de lui un interlocuteur chevronné qui possédait bien ses dossiers. D’ailleurs, ce sommet, qui s’était déroulé dans un climat de tension, selon les médias de l’époque, avait été suivi de deux crises qui avaient poussé la guerre froide vers son apogée, celle de la construction du mur de Berlin et la crise des missiles de Cuba.
Aujourd’hui, les médias affirment toutefois que les discussions entre les deux hommes étaient cordiales, contrairement à celles de 1961. Mais en même temps, ils précisent que ce serait Poutine qui a eu le dessus. Même les sénateurs et responsables républicains comme John McCain, Mitt Romney et Paul Ryan sont très critiques à l’égard de Donald Trump et craignent que ce sommet favorise le Parti démocrate dans les prochaines élections de mi-mandat qui doivent se tenir en novembre aux États-Unis.


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Pourtant, loin des questions de forme et de langage, les spécialistes américains estiment qu’il est injuste de déclarer que Poutine a entraîné Trump dans son sillage sur la plupart des dossiers en suspens. Selon ces experts, Trump n’a rien cédé sur le dossier de l’Ukraine, ni sur les armes américaines installées dans les Républiques entourant la Russie. Il n’a pas non plus promis de lever les sanctions économiques imposées à la Russie, et il ne pourra même plus y songer, à cause de la campagne médiatique hostile à ce pays déclenchée dans la foulée du sommet de Helsinki.
C’est toutefois sur les dossiers de la région, en particulier la Syrie et l’Iran, que le président russe a marqué des points, provoquant ainsi la colère et la déception chez certains pays régionaux, dont Israël. Mais là aussi, c’est également injuste, selon les spécialistes américains, de dire que Donald Trump a cédé face à son interlocuteur russe, sachant que les réalités sur le terrain ne pouvaient pas lui permettre de lui tenir tête. L’avancée de plus en plus marquée de l’armée syrienne, notamment dans les provinces du sud, était un atout en faveur du président russe, alors que son interlocuteur américain n’avait plus de leviers sur le terrain pour tenter de renverser la situation à son avantage et à celui de ses alliés. C’est d’ailleurs ce même rapport de force qui a totalement changé depuis 2011 qui a permis aussi un accord pour l’évacuation des habitants de Fouaa et Kefraya, deux enclaves chiites dans la province d’Idleb, presque totalement encerclées depuis 5 ans, et qui constituaient un flanc faible pour le régime et ses alliés. Ceux-ci craignaient en effet depuis le début des événements en Syrie le massacre des habitants de ces localités par les éléments armés ayant pris le contrôle de la province. S’il faut en croire les lectures américaines des résultats du sommet de Helsinki, les États-Unis auraient ainsi reconnu leur échec à renverser le régime syrien et seraient prêts à se retirer de la base d’al-Tanf à la frontière irakienne, maintenant en revanche la pression au nord de la Syrie et dans les négociations politiques qui devraient un jour prendre le relais des combats. Les États-Unis ne peuvent ainsi plus s’opposer à l’ouverture des voies de passage entre la Syrie et la Jordanie d’une part, la Syrie et l’Irak de l’autre. Ce qui devrait nécessairement avoir un impact sur la situation libanaise, où de plus en plus de voix devraient s’élever pour réclamer des contacts officiels avec les autorités syriennes pour pouvoir écouler les produits libanais sur les marchés arabes à moindre coût.

Au sujet de l’Iran, Poutine n’a pas promis à son interlocuteur d’exiger son retrait de Syrie, estimant qu’il s’agit là d’une décision souveraine syrienne. Mais cela n’empêche pas la possibilité d’arrangements sur le terrain, face au Golan. Ceux qui croyaient donc que le sommet serait l’occasion pour Poutine de s’aligner sur les positions américaines hostiles à l’Iran ont été sûrement déçus. Mais ce n’est là qu’une étape dans une confrontation qui s’annonce longue.


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gaby sioufi

CE QU'AUCUN DECRYPTEUR,ANALYSTE,EXPERT TOUS& TOUTES AUSSI SAVANTS L'UN/L'UNE QUE L'AUTRE NE VEULENT JAMAIS DIRE- PAR IGNORANCE OU PAS ,

C QUAND MEME LA FAUTE A LEURS PATRONS ( ceux des savants) OU SPONSORS - la crasse politique donc - QUI APPELLENT CES INGERENCES ETRANGERES .
PS. inutile d'enumerer les diverses raisons qui poussent les uns et les autres a appeler l'etranger chez nous ).

Irene Said

Ceux qui, chez nous au Liban, attendaient les résultats du "sommet de Helsinki" du 16 juillet pour prendre des décisions concernant la formation du gouvernement...ont-ils enfin compris que ce n'est ni de Helsinki, Washington, Paris, Monscou ou d'autres coins de ce monde que doivent venir les décisions pour notre pays ?
Ont-ils enfin compris que l'avenir du Liban libanais dépend de leurs propres décisions en tant que responsables...libanais ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ON NE PEUT PAS JUGER TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD SEULEMENT SUR CE QUE LES DEUX PRESIDENTS ONT LAISSE FILTRER. IL Y EUT DES CONCESSIONS DE PART ET D,AUTRE BIEN AVANT LE SOMMET AUSSI DONT CE QUI SE PASSE EN SYRIE ACTUELLEMENT EN EST UNE IMAGE. LE PROCHE FUTUR REVELERA LES DETAILS !

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