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Liban

L’église Saint-Élisée de Amchit, un joyau discret à ne pas manquer

À la découverte de...
13/07/2018

Nichée au cœur du vieux Amchit, dans un quartier dont rien ne trouble la sérénité sinon le vacarme des cigales à midi, la petite église Saint-Élisée est inconnue des étrangers. Même le prêtre Charbel Antoun qui s’en occupe aujourd’hui ne se doutait pas de son existence avant d’y être assigné. Pourtant, beaucoup de caractéristiques la rendent singulière dans le monde maronite.
Construite vers 1807 par Farès Karam, un riche propriétaire terrien de Amchit, cette église, dont le saint patron est l’une des grandes figures de l’Ancien Testament, a su préserver son charme d’antan. Elle cache des trésors tant architecturaux que spirituels qui restent à découvrir. À l’instar de toutes les églises maronites du XIXe siècle, elle se dresse comme un grand bloc massif aux murs en pierre taillée, construite avec fierté par des mains pieuses pour adorer Dieu. Si les linteaux de la porte sont bas, explique l’architecte Bassam Lahoud, originaire de Amchit, c’est dans l’intention d’empêcher les soldats de l’oppresseur ottoman d’y pénétrer à cheval.
L’un des nombreux joyaux de cet édifice est un escalier invisible menant au toit, accessible par une porte, dont les vieilles marches centenaires s’étagent à l’intérieur même de l’un des murs épais de l’église.

À l’intérieur de la nef, l’autel est tourné vers l’est et recèle une richesse cachée: gravée discrètement sur l’autel, une inscription datant de 1827 assure qu’une indulgence plénière journalière est attachée à toute messe célébrée à l’intention des âmes croyantes.
Une palissade aussi ancienne que l’église sépare l’autel de la nef, tandis qu’une grande grille dressée en largeur divise la nef en deux sections, séparant les hommes des femmes – les hommes à l’avant, les femmes à l’arrière. Pour distribuer la communion aux femmes, le curé doit donc descendre la nef jusqu’à la grille. Mais cette séparation d’un autre temps a, de nos jours, tendance à s’effacer. Les jeunes prennent souvent la liberté de s’asseoir indistinctement à l’avant ou à l’arrière. Il reste que Saint-Élisée est l’une des rares églises maronites qui atteste encore de l’ancienne coutume de séparation des sexes, sachant qu’un confessionnal distinct est installé dans chaque section.

Des lustres antiques à bougies
De nombreux lustres à bougies de tailles et formes différentes ornent l’église. L’un des anciens du village, Béchara Roukoz Karam, un passionné de botanique membre de la grande famille ayant fondé ce waqf (bien de mainmorte), dit se rappeler de l’époque où l’on en allumait les bougies, avant que le village ne reçoive l’électricité.
Une autre particularité de l’église, c’est que, jusque dans les années 2000, durant l’office divin, les prêtres y faisaient l’ablution rituelle de leurs mains devant les fidèles, sous un robinet situé à droite de l’autel. Par ailleurs, Saint-Élisée est sans doute l’unique paroisse maronite au Liban où aucune quête d’argent n’est faite pendant la messe et où tous les offices, du baptême aux funérailles, sont complètement gratuits.
Lors des travaux de rénovation de l’église, des fresques que l’on croyait à jamais disparues ont été retrouvées sous une couche de crépi blanc faite il y a une cinquantaine d’années. Les fresques sont d’un style naïf attestant d’une foi solide et d’un attachement profond à la maison de Dieu.

« Souriez toujours, mais ne riez jamais ! »
Le père Boutros Karam est l’un des prêtres qui ont marqué la vie paroissiale de l’église Saint-Élisée. Les vieux paroissiens racontent encore à leurs enfants comment, durant la Grande Guerre de 14-18, ce saint prêtre, l’un des descendants du fondateur, faisait parfois le tour du village, ramassant et enterrant pieusement les cadavres des personnes victimes de la famine, et la discrétion avec laquelle il faisait l’aumône aux nécessiteux. Outre ses vertus chrétiennes, le père Boutros Karam était un homme lettré qui maîtrisait plusieurs langues, comme le latin, le syriaque et le français, et avait la réputation d’être un passionné d’histoire.
L’une des anciennes paroissiennes de Amchit, Éléonore Karam Zakhia, une femme qui a fait sa première communion à Saint-Élisée vers la fin des années 1940, raconte que les prières du soir étaient dites en été à l’extérieur de l’église. « Je venais avec ma sœur et des amies pour la prière du soir, on s’asseyait dehors sur des bancs, se souvient-elle. Le père Karam nous sermonnait, il nous disait parfois en français: “Mes enfants, souriez toujours, mais ne riez jamais”. »
Quant à Barbara Abboud, une autre paroissienne, elle se rappelle qu’étant enfant, elle aidait, sous la direction du prêtre de sainte mémoire, au pétrin où l’on faisait les hosties. Rien moins. Comme elle, le docteur Antoine Issa, président de la municipalité de Amchit, exprimait son attachement à un édifice à l’ombre duquel il a grandi. « Je ne peux pas imaginer mon enfance sans l’église Saint-Élisée », soufflait-il, nostalgique. Le bon vieux temps.

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