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Liban

Gouvernement : en attendant Hariri, Berry s’invite dans la partie

Liban

Reçus par le Premier ministre, Geagea et Joumblatt divergent au sujet d’éventuelles concessions : le leader du PSP n’en envisage pas ; le chef des FL se dit prêt « dans la mesure du possible ».

Yara ABI AKL | OLJ
12/07/2018

Espérant un déblocage tant attendu au niveau du processus de formation du gouvernement, et à la faveur de l’optimisme qu’il a affiché mardi à Aïn el-Tiné, le Premier ministre désigné Saad Hariri a entamé hier une nouvelle phase de contacts en vue de mettre sur pied son équipe ministérielle attendue depuis le 24 mai dernier. Il s’agit d’une nouvelle tentative de défaire les nœuds entravant encore ce processus, dont notamment le différend opposant le Courant patriotique libre aux Forces libanaises autour de leurs quotes-parts gouvernementales respectives. À cela s’ajoute la querelle entre le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt et son principal rival druze Talal Arslane, le premier insistant sur ce qu’il appelle (son) « droit » à monopoliser les trois sièges druzes dans une formule de trente. 

C’est dans ce cadre que s’inscrit la rencontre entre MM. Hariri et Joumblatt tenue hier à la Maison du centre, en présence du ministre sortant de la Culture Ghattas Khoury, de l’ancien député haririen Bassem Sabeh, et de Waël Bou Faour, député joumblattiste de Rachaya. Mais, contrairement à ce qu’aurait pu espérer le Premier ministre, Walid Joumblatt semble camper sur sa position : pas de concessions au sujet du gouvernement. S’exprimant à l’issue de la rencontre, le leader de Moukhtara a déclaré sans détour : « Personne ne nous a demandé de faire des concessions. Mais le chef de l’État a évoqué la possibilité de modifier les équilibres quant aux sièges druzes, mais je lui ai dit que je ne ferai pas de concessions comme ce fut le cas par le passé. » « Nous n’avons pas évoqué la question du partage des portefeuilles. Mais nous avons discuté de notre droit populaire et électoral à être représentés au sein du gouvernement », a ajouté le chef du PSP, louant le fait que le Premier ministre œuvre pour arrondir les angles et déploie des efforts pour arriver à une formule gouvernementale convenable. 


(Lire aussi : Gouvernement : au-delà des parts, le spectre de la prochaine présidence, décryptage de Scarlett Haddad)


Expliquant les prises de position du leader du PSP, Ghazi Aridi, ancien député joumblattiste de Beyrouth, assure dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour que M. Joumblatt qui n’envisage pas de changer de point de vue a voulu insister sur l’importance de régler les différends à caractère politique, avant de passer à la répartition des portefeuilles. 

Saad Hariri a par ailleurs reçu le chef des FL, Samir Geagea, en présence de Ghattas Khoury et du ministre sortant de l’Information, Melhem Riachi. Il s’agit du premier entretien entre les deux hommes depuis le 25 juin dernier. Ils avaient initié une trêve médiatique FL-CPL pour tenter de régler le différend opposant ces deux partis. Sauf que l’accalmie n’a pas tardé à tomber à l’eau, de même que l’accord de Meerab qui lie les deux formations depuis le 18 janvier 2016, au moins dans son volet politique. 

Contrairement à Walid Joumblatt, le leader des FL s’est dit prêt à faire des concessions en vue de faciliter la mission de M. Hariri. Mais il s’est empressé de nuancer ses propos. « Nous sommes prêts à faire des concessions dans la mesure du possible », a-t-il dit, assurant que le Premier ministre ne renoncera pas à sa mission et formera un cabinet dont il sera convaincu. « Le chef de l’État et le Premier ministre ont l’intention de former un cabinet. Mais certains protagonistes ne veulent pas leur faciliter la tâche », a ajouté Samir Geagea, dans ce qui sonne comme une critique implicite adressée au chef du courant aouniste, Gebran Bassil. 


(Lire aussi : Gouvernement : Hariri presse pour un déblocage, mais reste pragmatique)



Date limite : 24 juillet
En attendant l’issue des contacts de M. Hariri, le président de la Chambre, Nabih Berry, s’est personnellement invité hier dans la partie, tentant à son tour d’accélérer la mise sur pied du cabinet. 

Le chef du législatif a profité de ses premières audiences du mercredi depuis les législatives de mai dernier pour convoquer le Parlement à une séance plénière qui se tiendra le mardi 17 juillet afin d’élire les commissions parlementaires. Un procédé que M. Berry aurait préféré organiser après la formation du cabinet Hariri. Mais selon les députés qui étaient présents à Aïn el-Tiné, hier, et au vu des atermoiements observés au niveau de la formation du gouvernement, il s’est vu dans l’obligation de convoquer à cette séance. 

Le président de la Chambre a été encore plus loin. Faisant part de son mécontentement face à la stagnation des tractations, il a fixé au 24 juillet une sorte de date limite pour la mise sur pied de l’équipe Hariri. Bien que la Constitution ne fixe aucun délai au Premier ministre désigné, Nabih Berry a fait savoir que « si aucun développement positif n’est enregistré » d’ici au 24 juillet, il convoquera le Parlement à une séance de débat politique pour tenter de défaire les nœuds entravant encore le processus. Une position interprétée, dans certains milieux politiques, comme une tentative de mettre Saad Hariri au pied du mur, au vu de la lenteur de son action. 

Sauf que, dans les milieux de Aïn el-Tiné, on ne perçoit pas les choses sous cet angle. Loin de là. On assure que le chef du législatif ne fait qu’aider le Premier ministre à mener à bien sa mission. Un proche de M. Berry déclare ainsi à L’OLJ que le président de la Chambre a déjà donné à Saad Hariri une chance pour former son cabinet. Mais il ne peut plus tolérer la léthargie de la nouvelle Chambre, du fait de l’absence des commissions parlementaires. 

Quant au courant du Futur, il interprète l’initiative Berry comme un message direct adressé au chef de l’État Michel Aoun, mais aussi et surtout à Gebran Bassil. Contacté par L’OLJ, Moustapha Allouche, membre du bureau politique du Futur, estime que M. Berry a voulu exhorter le chef de la diplomatie à faciliter la formation du cabinet, au lieu de camper sur ses positions. Mais, à la faveur de son pragmatisme politique, M. Allouche semble persuadé que le processus est bloqué parce que Baabda et le CPL réclament le tiers de blocage (11 ministres : 6 pour le CPL et 5 pour Michel Aoun). « Une option que Saad Hariri n’envisage aucunement », souligne l’ancien député de Tripoli, incitant M. Aoun à réduire ses demandes à trois portefeuilles. 

Pour ce qui est du nœud chrétien, les regards sont braqués sur Dimane, où le patriarche maronite Mgr Béchara Raï rencontrera aujourd’hui Melhem Riachi et Ibrahim Kanaan, député aouniste du Metn, afin de tenter de normaliser les rapports entre les deux partis. En attendant, le CPL renvoie la balle de la représentation des FL dans le camp de Saad Hariri, comme le souligne à L’OLJ Mario Aoun, député CPL du Chouf, estimant qu’elles ont droit à trois ministres. En face, Meerab insiste sur une « représentation gouvernementale conforme au poids parlementaire des FL issu des législatives », pour reprendre les termes de Ziad Hawat, député FL de Jbeil, interrogé par L’OLJ.




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Tabet Karim

Et la comédie continue......

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CHACUN EMPIETE DANS CE PAYS A SA FACON SUR LES PREROGATIVES DES AUTRES !

Irene Said

Encore une de ces photos illustrant parfaitement l'inconscience et le j'menfoutisme incroyable de nos soi-disant responsables:
Walid Joumblatt affalé dans son fauteuil et Saad Hariri souriant comme si tout baignait dans le meilleur des mondes libanais.

A quelques pas de la Maison du Centre, beaucoup de Libanais sont sans travail et revenus, des familles ne savent plus comment nourrir leurs enfants...et ces messieurs attendent depuis plus de deux mois que "l'autre" fasse des concessions pour la formation du gouvernement, refusant catégoriquement d'en faire eux-mêmes, pour des motifs tout simplement honteux !
Irène Saïd

FAKHOURI

Quel minable marchandage !
Hariri ne s'en sortira jamais pour gouverner un pays à la dérive. Il n'a pas assez de caractère pour taper sur la table et imposer un gouvernement qui a le pouvoir de diriger le Liban. Le seul le partage du gâteau à dévorer anime tous les parties et les dirigeants des confessions diverses qui est l'originalité du Liban
C'est lui le PM désigné, c'est à lui de montrer son autorité , pas le Hezbollah et l'Iran

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