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Des défenseurs saoudiens des droits des femmes derrière les barreaux

Arabie saoudite

Loujain al-Hathloul, Aziza al-Yousef et Ibrahim Modaimeegh ont été arrêtés. Qui sont-ils ? 


OLJ/AFP
24/06/2018

Peu de temps avant la levée de l'interdiction de conduire pour les Saoudiennes, les autorités ont récemment arrêté plus d'une dizaine de militants des droits des femmes, les accusant de trahison et de saper la stabilité du royaume.

Alors que les femmes peuvent désormais prendre le volant depuis dimanche dans le royaume ultraconservateur, le droit des Saoudiennes à conduire a été le combat d'une vie pour certains de ces militants. Le droit de conduire pour les femmes a été finalement accordé en septembre dernier sous l'impulsion du jeune prince héritier, Mohammad ben Salmane.

Pour les militants des droits de l'Homme, les arrestations confirment que la monarchie ne s'accommode pas d'une démocratisation même si elle assouplit certaines restrictions sociales. Trois des défenseurs des droits des femmes les plus connus à avoir été arrêtés en mai sont Loujain al-Hathloul, Aziza al-Yousef et Ibrahim Modaimeegh.


Loujain al-Hathloul

Loujain al-Hathloul, 28 ans, milite depuis plusieurs années pour le droit des Saoudiennes à conduire, ainsi que pour la levée du système de tutelle qui impose à la femme d'avoir la permission d'un proche parent masculin pour de nombreuses démarches, comme voyager, étudier ou travailler. Elle avait déjà été arrêtée fin 2014 après avoir tenté d'entrer dans le royaume au volant d'une voiture en provenance des Emirats arabes unis. Elle avait été libérée 73 jours plus tard sous la pression internationale.

La jeune femme et les autres militants arrêtés en mai, dont certains ont été libérés depuis, ont été qualifiés de "traîtres" par les médias officiels. Sa photo a notamment été publiée en Une du quotidien Al-Jazirah aux côtés de sa collègue Aziza al-Yousef, avec le titre "votre trahison a échoué". Loujain al-Hathloul est dépeinte par une collègue comme une "femme rebelle" de la région conservatrice d'Al-Qassim (centre) "qui incarne les valeurs universelles".


(Lire aussi : Purges, réformes, ruptures : l'Arabie saoudite sous le règne du roi Salmane)



Aziza al-Yousef


Si Loujain al-Hathloul symbolise la génération des jeunes Saoudiennes tournées vers l'étranger, Aziza al-Yousef, 61 ans, représente la génération des pionnières. Elle a fait partie d'un petit nombre de femmes qui ont défié l'interdiction de conduire dès 2013.

En 2016, cette universitaire à la retraite a tenté de présenter une pétition à la Cour royale --signée par des milliers de Saoudiens-- réclamant la fin du système de tutelle. Elle avait par ailleurs dénoncé la mansuétude de la justice dans le procès d'un prédicateur saoudien qui avait été condamné à huit ans de prison pour avoir violé et tué sa fille de cinq ans en 2011.

Contrairement à beaucoup de ses collègues plus jeunes, Mme Yousef exprime ses arguments en faveur des droits des femmes à travers le prisme de l'islam. Selon une militante, Aziza est "différente" car "elle incarne à la fois les normes traditionnelles et progressistes". "C'est pourquoi l'État saoudien est en colère", selon elle.

Alors que les jeunes militantes pourraient être cataloguées comme produits de l'occidentalisation, sans contact avec leur religion, elle maintient ses références religieuses, a déclaré la même militante. "Aziza est très attachée à l'islam", selon elle.


Ibrahim al-Modaimeegh

Avocat formé à Harvard, Ibrahim al-Modaimeegh s'est lancé ces dernières années dans la défense des militantes des droits des femmes. Ayant siégé aux plus hauts conseils législatifs du pays et participé à l'élaboration de nombreuses lois du royaume, l'avocat respecté a longtemps été protégé par sa stature, selon des militants. 

"Il a pris sa retraite il y a environ sept ans, mais il a pris en charge (en tant qu'avocat) la quasi-totalité des cas des militants" des droits de l'Homme, a déclaré un militant saoudien à l'AFP sous couvert de l'anonymat. Il s'est notamment consacré à la défense des femmes qui ont défié l'interdiction de conduire. "C'est une des raisons pour lesquelles le gouvernement semble vraiment en colère", a ajouté le militant.


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