L’édito de Ziyad MAKHOUL

Goaaaaaaaaal !

L’édito
18/06/2018

L’ennui, c’est que nous négligeons le football au profit de l’éducation.
Groucho Marx

Chaque quatre ans, il y a. Il y a une philosophie qui s’impose, qui relègue Kant, Spinoza et Levinas loin derrière. Il y a une religion qui remet dans les tiroirs, l’espace de quelques semaines, bibles, corans et torahs. Il y a ces hommes de Vitruve aux quadriceps de diamant, aux coups de crâne magiques, aux orteils dynamités, stars ou inconnus, qui courent et courent et courent encore. Il y a ces foules massées dans/devant ces temples, ces all men’s land, stades ou écrans de télévision, peu importe, qui cimentent jeunes et vieux, hommes et femmes, riches et pauvres, connaisseurs ou novices, chrétiens et musulmans et juifs, tous emportés par un tourbillon de vie: le football en son Mondial. Il y a ces nationalismes, ces fanatismes, ces extrémismes qui deviennent, pour cette fois et cette fois seulement, moins répugnants, moins dangereux, moins glauques, presque plus sexy – à condition, bien sûr, que toute tentative d’hooliganisme, d’où qu’elle vienne, soit dynamitée dans l’œuf. Il y a cette fusion-acquisition entre tout un peuple et 23 garçons, avec leur équipe technique, porteurs de tellement d’espoirs, de rêves, de fantasmes – que ce peuple soit en train de mourir de faim, ou étouffé sous quelque botte que ce soit, ou pas. Il y a de la magie. Beaucoup de magie dans un monde mortellement métastasé.
Chaque quatre ans, il y a le reste du monde face à 32 pays. Et toujours cette éternelle question, et ses corollaires: pourquoi ? Pourquoi, pour ce Russie 2018 par exemple, il y a l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, mais aussi l’Égypte, le Maroc et la Tunisie, et pas le Liban ? Pourquoi les Libanais sont-ils condamnés, depuis toujours, à brandir autre chose que le drapeau de leur pays: leur appartenance communautaire ou, surtout, sectaire, leur appartenance à des 14 et autre 8 Mars, et, chaque quatre ans, l’étendard brésilien, allemand, italien, espagnol ou français? En quoi les Saoudiens, les Iraniens, les Australiens, les Sud-Coréens, les Japonais, les Égyptiens, les Marocains et les Tunisiens sont-ils plus forts que les Libanais ? Leurs garçons amoureux fous de football naissent-ils plus doués ? S’agit-il, là, d’ADN de gagnants dont nous ne bénéficierons jamais ? Ces pays ont-ils plus d’argent ? Des dirigeants plus éclairés et moins corrompus ? Des politiques déterminées ?
Oui, non, peut-être: peu importe. Ce qui est sûr, c’est que les gouvernements successifs, au moins depuis la fin de la guerre civile, se moquent éperdument de la jeunesse et du sport libanais, de la même façon, encore une fois, qu’ils se moquent de la culture et du tourisme, et même de l’éducation, uniquement obsédés par les différents gâteaux (électricité, pétrole, télécoms, etc.) à partager. Ce qui est sûr, c’est que la jeunesse, les sports, la culture et le tourisme ne permettent absolument pas aux hommes politiques d’acheter des yachts, des jets privés, des villas dans les jurds. Ce qui est sûr, c’est qu’ici, dans ce pays aux mentalités sclérosées et empaillées, on manque cruellement d’envie(s). D’envie de fonder un véritable partenariat public-privé pour ressusciter le sport en général, le football en particulier. D’envie d’aller faire le tour de tous les clubs, de toutes les écoles, de trouver le(s) Mohammad Salah libanais de demain, de les former, de les voir grandir, de les jeter au cœur d’une sélection nationale belle, compétente, métissée, bourrée d’envies elle aussi, et qui a une faim gargantuesque de buts, de hurlements de joie, de fédération d’individus, de drapeaux libanais flottant aux quatre coins du pays. D’envie de trouver le bon entraîneur au bon moment, celui qui ne fera pas de miracle, mais qui saura contribuer à écrire l’histoire et à parachuter, dans huit, seize ou vingt ans, 23 gladiateurs dans l’arène d’un Mondial. Si les Iraniens, les Saoudiens, les Égyptiens, les Marocains, les Tunisiens, les Australiens, les Sud-Coréens ou les Japonais l’ont fait, nous pouvons. Il suffit d’avoir l’envie. D’accepter, aussi, qu’on en ait besoin.
Envie et besoin enfin, surtout, comme un certain Zlatan Ibrahimovic, d’arriver comme des rois et de repartir comme des légendes. Des légendes libanaises.

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M.E

Une équipe de libanais? Vraiment?

RE-MARK-ABLE

L'important c'est le drapeau.

Les Libanais n'en ont pas un en commun, ils en ont plusieurs. Lequel choisir ?

Bustros Mitri

Je ne suis pas particulièrment pasionné de football, mais plutot de ses règles. Le football est une scène, ou quelles que soient le pays d' ou proviennent des joueurs,leurs opinions , leurs croyances, leur niveau social , une règle commune est acceptée, s' applique à tous. A défaut, c' est la sanction, la mise hors-jeu. A moins évidemment de déplacer le but ou de changer l' arbitre, voire....de gentiment le menacer.

Paul-René Safa

Brillant article, cher M Makhoul, sauf que pour permettre à ces belles valeurs de s'imposer, il faudra d'abord éradiquer l'accaparement, la cupidité et la corruption qui ont profondément métastasé toute "notre" classe politique.

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