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Liban

Hariri appelle depuis Moscou aux concessions face aux guerres d’influence

Gouvernement

Le Premier ministre désigné s’est entretenu hier avec le président russe Vladimir Poutine.

Yara ABI AKL | OLJ
14/06/2018

En dépit des nœuds entravant la mise sur pied de ce que les proches du président de la République Michel Aoun appellent « le premier cabinet du sexennat », le Premier ministre désigné Saad Hariri a pris l’avion pour Moscou où il devrait participer à la cérémonie d’inauguration de la Coupe du monde de football (en marge de laquelle il pourrait rencontrer le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, selon la MTV). Il devrait ensuite se rendre en Arabie saoudite pour y passer la fête du Fitr en famille.

À 24 heures de la cérémonie sportive, M. Hariri s’est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au Kremlin. Étaient présents le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, son collègue du Développement économique, Maxime Oreshkine, et Yury Ushakov, conseiller de M. Poutine pour les affaires étrangères. Était également présent Georges Chaabane, conseiller de M. Hariri pour les affaires russes.

Selon un communiqué publié par le bureau du Premier ministre désigné, le locataire du Kremlin a félicité Saad Hariri pour sa désignation en vue de former le prochain cabinet. « Nous devons renforcer les échanges commerciaux bilatéraux, d’autant que des lacunes existent sur ce plan », a déclaré M. Poutine avant d’ajouter : « Nous devons déployer des efforts pour intensifier les activités de la commission conjointe libano-russe. »
Quant au Premier ministre désigné, il a estimé que les rapports économiques bilatéraux sont en dessous de ce qu’ils devraient être en dépit d’un léger progrès. « Nous allons progresser encore sur ce plan avec le prochain gouvernement », a-t-il assuré.


(Lire aussi : Tout le monde attend « la prochaine étape » de Hariri)


S’exprimant à l’issue de l’entretien, M. Hariri a fait savoir que la discussion a porté sur les relations bilatérales et les développements régionaux. « Nous avons longuement évoqué le retour des réfugiés syriens et l’aide russe dans ce domaine, notamment pour ce qui est de la loi n° 10 que le régime syrien devrait être poussé à mieux expliquer, pour ne pas donner l’impression que les réfugiés syriens au Liban n’ont pas le droit de rentrer chez eux », a-t-il indiqué, insistant sur l’importance de préserver les droits des réfugiés dans leur pays natal.

Sur un autre plan, le chef du gouvernement a répondu aux accusations lancées récemment dans certains médias proches du 8 Mars et selon lesquelles il serait en train de ralentir le processus de formation du cabinet. « J’aurais voulu que ce processus arrive à sa fin avant la fête du Fitr. Mais tout le monde sait que tous les protagonistes libanais sont ambitieux. Et nous dialoguons avec toutes les parties pour arriver à un résultat », a noté le Premier ministre, qui a ajouté : « Je ne crains pas un report ou un retard de la mise sur pied du cabinet. Et toutes les parties veulent leur quote-part au sein du cabinet. Mais nous devons penser à la productivité. »


(Lire aussi : Le Hezbollah aurait-il montré « trop d’appétit » ?)



La querelle CPL-FL reprend de plus belle
Dans certains milieux politiques, on interprétait hier ces propos comme une incitation à tous les protagonistes – dont le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL) – à faire des concessions à même de permettre à la nouvelle équipe ministérielle de voir le jour.
Sauf que la querelle opposant les deux alliés chrétiens semble loin de s’estomper. Quelques heures après une attaque lancée par le chef du courant aouniste, Gebran Bassil, contre le ministre sortant des Affaires sociales Pierre Bou Assi (FL ) – qui ne peut être dissociée d’une campagne menée récemment contre tous les ministres FL –, c’est le leader des FL Samir Geagea qui s’est invité hier personnellement dans la polémique pour, selon ses dires, mettre les points sur les i. Il a profité d’un entretien accordé à l’agence al-Markaziya (lire par ailleurs) pour assurer que « personne ne pourra bousculer mon parti pour le bouter hors du gouvernement afin de faire passer des marchés douteux ». S’il a affirmé déployer tous les efforts pour maintenir les rapports CPL-FL loin des comportements vexatoires, M. Geagea a souligné que les FL n’accepteront aucunement une représentation ministérielle inférieure à leur nouveau poids parlementaire issu des législatives, dans ce qui sonne comme un message direct aussi bien à Saad Hariri qu’aux aounistes.

Si cela fait dire à certains que la mission du Premier ministre désigné s’annonce de plus en plus compliquée, les milieux de Meerab semblent un peu plus optimistes. Interrogé par L’Orient-Le Jour, un cadre FL souligne que la querelle entre son parti et celui de Gebran Bassil ne serait pas à même de menacer la formation de la future équipe ministérielle, stigmatisant « une occultation préméditée du poids des FL ». Assurant que Meerab reste, au moins pour le moment, attaché aux demandes gouvernementales formulées devant Saad Hariri lors des consultations non contraignantes tenues il y a plus de deux semaines, le proche de Samir Geagea n’occulte pas la possibilité d’arriver à des « concessions dans la mesure du possible » au moyen du dialogue.


(Lire aussi : Gouvernement : La mission de Hariri de plus en plus difficile...)


En face, le parti fondé par le chef de l’État continue à accuser les FL d’amplifier leur poids parlementaire. « Le discours adopté par les FL n’est pas encourageant. Et il y a des exagérations au niveau de certaines demandes », déclare ainsi à L’OLJ Ziad Assouad, député CPL de Jezzine, qui note que « les surenchères n’aboutissent à rien, en particulier chez les partis chrétiens ».

Outre les nœuds chrétien et druze, Saad Hariri devrait défaire celui articulé autour de la représentation gouvernementale des députés sunnites ne gravitant pas dans son orbite. Si la première vision de la répartition des quotes-parts que M. Hariri a présentée lundi au chef de l’État était dépourvue, selon certains médias locaux, d’une place qui serait accordée à un sunnite du 8 Mars, ces milieux insistent sur leur droit à prendre part au cabinet, d’autant qu’à leurs yeux, le courant du Futur n’est plus le seul représentant de la communauté, comme le montrent les résultats du scrutin du 6 mai dernier.


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